ART | EXPO COLLECTIVE

Deadly Serious

23 Sep - 14 Nov 2008
Vernissage le 25 Sep 2008

Parallèlement au Printemps de Septembre, Exprmntl Galerie propose une sélection d’artistes internationaux dont les oeuvres manifestent un esprit de contestation affirmé.

Communiqué de presse
Carlos Aires, Ruyta Amae, Vincent Bergerat, Olivier Blanckart, André Bour, Shadi Ghadirian, Frances Goodman, Dominic McGill, John Isaacs, Kahn & Selesnick, David Nicholson, Yoshua Okon, Ronald Ophuis, Léopold Rabus, Samuel Rousseau, Andres Serrano, Stephen J. Shanabrook, Gavin Turk
Deadly Serious

Exprmntl Galerie propose pour cette rentrée 2008, en parallèle au Printemps de Septembre, une sélection d’artistes internationaux en collaboration avec Jérome Jacobs (Aéroplastics). Les oeuvres présentées manifestent un esprit de contestation affirmé et proposent aux visiteurs des visions et expériences physiques, troublantes, de l’art actuel.

Cette exposition dénonce à sa manière les paradoxes d’une société bâtie sur la raison du plus fort, les intérêts trop évidents, les mensonges flagrants, les raisonnements viciés, l’omniprésence des guerres dont l’argent est l’unique moteur… Un monde dans lequel les trois quarts de la population meurent de faim et où le dernier quart fait le régime.

Ainsi ces artistes dressent un portrait décadent et violent autour de problématiques liées à l’environnement politique et social où l’art même, soi-disant engagé, est pourtant parfaitement conforme à la pensée ambiante.

Toutefois ce simulacre n’échappe pas à certains artistes qui condamnent ces faux-semblants. Gavin Turk explore la signification du statut de l’artiste, interroge les notions d’auteur, d’authenticité, d’originalité et de valeur. Au moment où les Young British Artists, tels Damien Hirst, Tracy Emin ou Sarah Lucas, se propulsaient au rang de stars, Gavin Turk entreprenait de parodier le culte de la personnalité et la primauté de la signature d’un artiste sur la valeur de l’oeuvre d’art.

Carlos Aires aborde la création lui aussi avec humour et dérision avec sa série de vieux vinyls découpés qui dessinent des personnages dans des postures sexy ou violentes.

Les pratiques de ces artistes, et plus particulièrement celles de Dominic McGill et John Isaacs témoignent d’une excentricité typiquement anglaise à travers laquelle se croisent humour et rigueur. Dominic McGill aborde des thèmes sensibles comme la guerre, les armes nucléaires, les religions à travers d’immenses et complexes paysages dans lesquels le spectateur est invité à voyager à la recherche du détail, du mot qui le touchera.

L’apparente simplicité de l’oeuvre de John Isaacs laisse transparaître une sensation de malaise et d’anxiété, indiquant que notre vie moderne et ses conceptions ont quelque chose de faussé, de disjoncté. Moraliste des temps modernes, John Isaacs fait appel à notre sentiment collectif de culpabilité par rapport à la discordance entre la réalité du monde et ce que nous voudrions qu’il soit.

Andres Serrano et Yoshua Okon poussent les limites de l’acceptable, le premier en s’emparant d’images souvent pornographiques, religieuses ou violentes, régulièrement censurées aux Etats-Unis, le second en dressant un parallèle entre une jeunesse bourgeoise blasée et une population issue des favelas poussant à l’extrême sa condition de vie.

Jouant avec les extrêmes et les tabous de la norme contemporaine, cette exposition révèle un certain nombre de vérités désagréables comme l’enjeu réel des guerres et l’obédience des hommes sur les femmes. Ainsi, Shadi Ghadirian fait poser des femmes voilées avec des aspirateurs ou des cannettes de Pepsi. Etre photographe en Iran exige du doigté. Pas question d’aborder les problèmes de la société iranienne en ignorant la multitude d’interdits édictés par les Mollahs depuis la révolution islamique de 1979. Pour Shadi Ghadirian, rien n’est plus stimulant que les contraintes. La jeune femme se livre à une critique en règle de la condition féminine dans son pays avec l’arme redoutée par tous les régimes autoritaires : l’humour.

Olivier Blanckart aussi se plait à contester par ce biais, non sans risque non plus, si l’on sait le scandale causé par sa sculpture de Jacques Chirac en centaure incontinent. Ainsi sa vénus sous les traits de Catherine Millet truffée de vulves et triomphant du haut de ces 3 mètres, fera t-elle la couverture d’un futur Artpress ?

David Nicholson sera invité cet été avant l’exposition pour réaliser des peintures en résidence à Toulouse. Nicholson théâtralise des images de façon réaliste qui évoquent la technique, l’habilité et le sensationnalisme des sujets de Delacroix, Gros et Gericault. Les sujets sont souvent proches des portraits du 19e siècle mais aussi des scènes allégoriques qui dépeignent sa femme et muse en pute brillante ou en sorte d’ange déchu néo-goth. David Nicholson dépeint une notion d’idéal de beauté cher à nos sociétés contemporaines avec cette mise en avant de la pornographie.

Frances Goodman s’approprie des expressions ou des impressions, telles des maximes, qu’elle brode sur des tissus précieux, provoquant ainsi un décalage entre le texte et la pratique typiquement féminine de la broderie.

André Bour et Stephen J. Shanabrook dénoncent la violence du monde par l’utilisation de matières soyeuses et raffinées. La sculpture de Stephen J. Shanabrook On the Road to Heaven the Highway to Hell est en chocolat et représente le moulage des restes d’un kamikaze. Paradoxalement, le traitement classique de l’oeuvre donne à voir une scène paisible dans une des plus abominables formes d’autodestruction.

De son coté la peinture de Ronald Ophuis est bien moins attractive qu’elle n’y paraît lorsque que l’on apprend que ces magnifiques fleurs peintes à grands renforts d’épaisses couches d’huile évoquent les massacres en Bosnie-Herzégovine.

Autant d’artistes qui mettent en avant ce besoin de contestation et de dénonciation pour lutter et conserver une part de liberté que seul l’art peut encore (se) permettre et qui reste toutefois le dernier rempart contre une société perverse, destructrice et aliénante. Le travail vidéo de Samuel Rousseau rejoint également cette vision avec l’installation vidéo/sculpture Montagnes d’incertitudes.

Ryuta Amae, Vincent Bergerat, Léopold Rabus et Nicolas Kahn & Richard Selesnick nous guident vers plus de subtilité et de poésie. Ryuta Amae et Vincent Bergerat fabriquent des images grâce à de subtiles manipulations numériques. Ces mises en scène élaborées avec précision et un souci esthétique proche du romantisme sont d’une richesse qui transcende notre regard et étire sa temporalité. Ces photographies, telles des rêves éveillés, questionnent avec acuité les rapports qu’entretiennent l’image enregistrée et la mémoire.

Les grandes vues panoramiques de Kahn & Selesnick sont de véritables contes photographiques. Ils créent un monde onirique, qui renvoie à une renaissance du monde après un chaos. L’oeuvre de Léopold Rabus, peuplée de personnages proliférants, renvoie à l’univers de Jérôme Bosch, Edgar Poe, Francis Bacon, Pat Andrea, Marcel Duchamp, à un monde grotesque d’une beauté surnaturelle.
.