ART | CRITIQUE

Dark

PCathy Larqué
@12 Jan 2008

Exit les mièvreries, out l’apologie de la sensibilité. Même si la nostalgie des 80’s a un goût d’aspartame, Riot Radio scande le groupe neo-clash, The Dead 60’s. Dark, rétorquent cinq artistes français exposés à la B.A.N.K.

La sophistication n’est pas de mise: les matières sont brutes, les sujets directs, les traits appuyés. On pénètre dans l’univers d’Aurélie Dubois comme dans celui d’une chambre de fille: c’est girly, un brin glitter, les accords d’une chanson digne de la scène finale de Cindy remonte depuis le sous-sol. Bienvenue dans le monde magique de … ?

On s’approche, on s’intrigue. La musique se répand en épaisseur, la voix fluette s’éraille. Les poupées s’envolent et c’est la femme qui les lance. Les corps nus — d’hommes ! — s’affichent sur le mur comme sur un tableau de chasse, exposés aux œillades mi-innocentes, mi-analytiques de jeunes Diane prédatrices. Un loup, un Chaperon rouge : après la traque séductrice, ces deux-là sont désormais amants.

Les murs d’Aurélie Dubois marquent une transition où l’on quitte le sucré infantile pour l’acide qui consume. «Tu seras une femme ma fille».
Les érections s’épanouissent comme poussent les arbres en forêt tropicale: rapides et multiples; leur canopée se couvre de culottes. Les apparences ne sont pas trompeuses, Lolita n’est plus aussi perverse. L’amour flirte avec la mort, un père s’affaiblit, les corps sont fragiles. C’est un jeu sans affrontement, le risque est recherché, il se veut symbiotique.

Au cœur des œuvres d’Aurélie Dubois s’intercale le terrorisme discret d’Eric Pougeau. Ses interventions iconoclastes éclaboussent des supports désuets et familiers en jouant sur les associations taboues entre l’objet symbolique (crucifix, plaque mortuaire…) et l’insulte.
Placées au premier plan, les violences verbales et écrites se plaquent sur une morale en bibelot. Les mots sont assourdissants. Il n’y a pas de provocation malsaine chez Eric Pougeau. Ses œuvres martèlent avec rage une conscience prompte à l’engourdissement.

Dans la partie opposée, les masques et les mannequins de vitrines peuplent les travaux de G.Wen. Dans la peau d’un gorille rose à Paris ou dans celle d’un Michael Myers arpentant New York sur une musique de Suicide, les performances se doublent de photos et de vidéos. S’alliant la mémoire médiatique, l’artiste déguisé et omniprésent rend peu à peu tangible l’existence de personnages fictifs.
Sorties de leur contexte, ces images sont vides, menaçantes à force d’être tenaces. Leur inexpressivité est un terrain propice à la polymorphie. Elles sont aptes à renvoyer n’importe quel reflet. Finalement, on est singé par le singe, Narcisse boit la tasse.
«To be or not to be ?», éternelle question à réponses multiples. Ici règne l’ambiguïté des intentions de ceux qui utilisent les codes claniques pour mieux* :
— a. s’en détacher.
— b. y appartenir.
*(rayer la mention inutile)

DARK est le verso d’un conte qu’illustrent un Marilyn Manson en transe ou un Iggy Pop en crise de mégalo, héros immortalisés sur la pellicule de Daniel Mielniczek. Les meubles en pain d’épice sont désormais bancals, couverts de poussière sur lesquels sèchent des rats et des os, laissés aux bons soins de Louis Pons.
Ceci n’est pas un cauchemar, un réveil seulement. En cas de panique, éteindre la lumière et libérer la version de secours : les chevaliers picolent en backstage, les princesses ne sont plus vierges, ils divorcèrent et n’eurent jamais d’enfants.

Daniel Mielniczek
Darkness, 2005. Photographie. 40×50 cm.

Aurélie Dubois
Notre Fille, 2005. Crayon, paillettes.
Hurricane, 2005. Wall-painting, sculpture, peinture, encre de chine, papier, drap. 300×200 cm.

Eric Pougeau
Asshole, 2004. Marbre, gravure et feuille d’or. 35×18 cm.

G. Wen
Femme loup-garou, 2004. Mannequin, masque, poils.