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DANSE | CRITIQUES
Carolyn Carlson
Signes
28 juin - 14 juil. 2008
Paris. Opéra Paris-Bastille
La dernière reprise de Signes subjugue une fois encore le public de l’Opéra national de Paris. Séquences, couleurs et rythmes s’inscrivent dans un ordre idéal. Cette composition à six mains est une harmonie parfaitement aboutie, un hymne vivant à l’âge d’or. Retour sur ce dialogue subtil entre la musique, la peinture et la danse.


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Par Marianne Rapegno

Comme posé en image sur les vers des Correspondances de Charles Baudelaire,  Signes apparaît — et cela en dépit de l’absence lyrique — comme une œuvre d’art total où les échos se confondent, « les couleurs et les sons se répondent ».

La peinture d’Olivier Debré — instigateur du projet —  se révèle dans sept tableaux abstrats inspirés de paysages naturels. La nature a souvent été le lieu de décantation du réel, les montagnes de Murnau l’ont été pour Kandinsky, les arbres et la jetée sur la mer pour Mondrian. Dans les décors peints de Signes, Olivier Debré nous fait voyager dans l’abstraction en se réappropriant les paysages du monde. Il nous plonge dans des territoires picturaux aux couleurs tantôt solaires et profondes, tantôt tendres et mouillées. Nous sommes ainsi transportés des bords de Loire aux monts chinois, des terres du Maduraï jusqu’aux confins de la Baltique.

La scène devient une fresque évolutive où s’anime le corps de ballet de l’Opéra de Paris. Les danseurs, portés par la chorégraphie de Carolyn Carlson, sont enveloppés des costumes crées par Olivier Debré ; ils évoluent sur scène en écho aux décors peints. Comme des touches de couleur, les corps deviennent les rouages essentiels aux transformations scénographiques.

Signes est une composition plastique et vivante, « in progress », qui respire et qui vit sous nos yeux, au rythme cadencé de la partition de René Aubry. Sa musique récompensée aux Victoires de la musique en 1998, nourrit l’effet atemporel de la composition. Aux sonorités traditionnelles s’ajoutent des effets électroniques qui replacent la création dans une dimension cosmique.

Au cœur de la proposition, la chorégraphie change de climat au fil des variations esthétiques. Passant de la technicité classique à l’épure contemporaine, le travail de Carolyn Carlson pose les signes-personnages sur les signes-paysages d’Olivier Debré. Ici encore, il s’agit de dématérialiser la forme pour n’esquisser plus qu’un geste, une sensation. Á mesure que nous traversons les tableaux la danse évolue, fluide et légère, virile et enlevée puis sensuelle enfin. Au cinquième tableau, sur une variation en bleu, la chorégraphe met en scène une poétique conversation nocturne entre les deux étoiles Marie-Agnès Gillot et Kader Belarbi.

Les écritures de la danse, de la musique et de la peinture se répondent, en rimes, en échos, en contretemps, sur une partition cyclique. Signes traverse les champs poétiques en passant par l’histoire de la peinture moderne et le langage des corps.  Signes tient de cette mesure apollinienne qui nous perd dans la plus délicieuse des contemplations.

Œuvre(s)
— Chorégraphie: Carolyn Carlson
— Musique: René Aubry
— Décors et costumes: Olivier Debré
— Interprétation: Marie-Agnès Gillot, Kader Belarbi et le Ballet de l'Opéra national de Paris


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