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DANSE | CRITIQUES
Gisèle Vienne
Kindertotenlieder
24 avr. - 29 avr. 2008
Paris. Théâtre de la Bastille


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Par Nathalie Rias

garçon suicidaire, conversent, exposent leurs désirs profonds et ne font qu’un, dans cette volonté de mort. Ces bipolarités se retrouvent dans la figure du Perchten qui, dans la tradition, est tantôt monstrueux, tantôt innocent. La définition de « l’heimlich » telle que décrite par Freud suit également ce modèle. « L’heimlich » en allemand signifie « familer » et par opposition « l’unheimlich » est le non familier, mais aussi « l’inquiétante étrangeté ». Or, tout ce qui n‘est pas familier n’est pas pour autant inquiétant. Freud fait des recherches linguistiques à propos de ces termes et découvre dans les définitions des frères Grimm que « l’heimlich » est le familier, le confortable, donc aussi ce que l’on protège et qui devient intime, ce qui devrait rester dissimulé. Cette définition coïncide avec son contraire puisque « l’unheimlich » est aussi ce qui doit rester caché.

Mais voilà, dans ce dialogue entre le garçon meurtrier et le garçon suicidaire vient se greffer une troisième figure, conforme à leurs désirs : un fantôme qui cherche à faire tomber leurs illusions. Cette union du meurtrier et du suicidaire crée cette troisième figure du fantôme qui est assez déceptive, comme nous le sommes en tant que spectateur, déçus, au bord de l’ennui, lorsque la pièce ne nous saisit plus dans cette inquiétante étrangeté, lorsque nous avons compris que les silhouettes sont des poupées et ne marcheront pas comme des hommes ou lorsque l’on ne se laisse pas prendre à la marche mécanique d’une danseuse et encore moins au sang dégoulinant et épais d’un poignet entaillé qui touche presque au grotesque, jusqu'à ce que le bras ensanglanté entre dans une lumière blafarde et  nous apparaisse d’une beauté effrayante, que l’on n’aurait soupçonnée possible qu’au cinéma. Ces allers-retours entre l’évocation d’un au-delà et l’artificialité de la scène, l’extraordinaire et le familier sous-tendent la pièce. Et si nous nous laissons prendre à l’inquiétant, nous retombons bientôt comme des pantins sur nos fauteuils de spectateur, comme étrangers à ce qui se déroule devant nos yeux.

Œuvre(s)
Horaires : 21h, relâche le dimanche

— Conception
: Gisèle Vienne
— Texte et dramaturgie :  Dennis Cooper
— Musique : KTL Stephen O'Malley et Peter Rehberg
— Lumière : Patrick Riou
— Interprétation : Jonathan Capdevielle, Margrét Sara Gudjónsdóttir, Elie Hay, Guillaume Marie, Anja Röttgerkamp ou Anne Mousselet
— Conception robots : Alexandre Vienne
— Création poupées : Raphaël Rubbens, Dorothéa Vienne-Pollak, Gisèle Vienne assistés de Manuel Majastre
— Création masques en bois : Max Kössler
— Maquillage : Rebecca Flores
— Coiffure des poupées : Yury Smirnov
— Direction technique : Nicolas Minssen
— Régie plateau : Christophe Le Bris
— Régie son : Kenan

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