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DANSE | CRITIQUES
Rachid Ouramdane
Loin...
12 mars - 15 mars 2008
Paris. Théâtre des Abbesses
Des fragments de récits intimes et des images volées accompagnent Rachid Ouramdane dans son voyage à travers les tréfonds de la mémoire. La petite histoire rejoint la grande, le vécu le mythe ; la réalité se consume dans le subjectif. Et la danse nous enveloppe de son incroyable douceur, parvenant à mettre à distance le tragique des guerres de tous et des combats de chacun.


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Rachid-Ouramdane-<em>Loin<-em>-2008-Solo-Courtesy-theatre-des-Abbesses-©DR

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Par Nathalie Rias

Lors d’un voyage au Vietnam, Rachid Ouramdane se découvre une « nouvelle » identité, qui diffère symétriquement à prime abord de celle à laquelle il était jusque là assigné : le fils d’un colonisé. Le défunt père de Rachid Ouramdane était algérien ; lors de la guerre d’Indochine, il est enrôlé au côté de l’armée française. t au Vietnam, Rachid Ouramdane est considéré comme le fils d’un colon militaire.

Voilà une cocasserie, la question de l’identité est d’emblée mise à mal. Elle serait l’empreinte laissée par l’histoire dans la mémoire de chacun, désignant l’autre selon une représentation approximative, ignorant la complexité. La construction identitaire est le fait politique et personnel de chacun dans le labyrinthe de l’histoire. Rachid Ouramdane a passé trois mois au Vietnam en compagnie d’un vidéaste, suivant le trajet des villes inscrites dans le carnet militaire de son père ; il entre en dialogue avec des personnes qui, comme lui, ont évolué dans des contextes multi-culturels.

Rachid Ouramdane entre sur le plateau dans le noir, on devine des formes au sol, la voix chevrotante d’une femme se fait entendre, celle de sa mère, elle se remémore son mari, fait allusion à la guerre d’Indochine. Sur un écran noir, des formes blanches, mystérieuses, vibrent. Debout, Rachid Ouramdane oriente avec sa main une petite lumière dirigée vers son visage, les vacillements sur l’écran se font flous et c’est son visage que l’on voit apparaître, en partie grimé de noir. Des ombres ? Les parties absentes de son visage ?

Loin
commence là. La mère se souvient du père qui disait : « ce que j’ai souffert, je l’ai gardé pour moi ». Comment l’absence du récit personnel conduit-elle au mythe ? Cette question se trouvera plusieurs fois évoquée. Un vietnamien exilé un temps aux Etats-Unis raconte comment, pendant longtemps, il s’est construit en se définissant par rapport à ce qu’il identifiait provenir de la culture vietnamienne. Il avoue finalement que ce n’était qu’un mythe, il n’avait que très peu de souvenirs du Vietnam, son appartenance n’était qu’illusoire et mimétique. Le même ou un autre (peu importe finalement) raconte qu’il n’a que très peu de souvenirs du Vietnam, ceux-ci se mélangeant aux rêves, ils ne sont plus fiables. Il s’est senti libéré lorsqu’il a fini par totalement oublier, il envisage l’amnésie comme un nouveau départ.

Rachid Ouramdane nous fait faire le voyage avec lui. Lorsque sa mère finit de parler, il se baisse et se relève consécutivement avec beaucoup de douceur, les yeux fermés, il entre dans la mémoire et nous plongeons dans la béance noire du plateau, loin. Le noir nous absorbe, l’écran noir absorbe la vidéo, la scène se fait l’écrin de velours qui nous fait accéder aux tréfonds de l’intimité.
C’est alors que Rachid Ouramdane laisse aller son corps dans un équilibre entre émotion et maîtrise, sa posture sera celle-ci tout le long de la pièce, entre exploration de l’inconnu et attitude réfléchie. Dans cet enlacement de témoignages fragmentaires, la parole de Rachid Ouramdane se fait subjective. Il adopte une parole poétique, des bribes dites rapidement dont on ne surprend que quelques éclats, il parle en lui-même, il « slame » au dedans. On attrape au vol « les dreads logs bourgeoises »  et autres sentences qui ne sont pas sans rappeler les questions soulevées par la théorie du post-colonialisme.

Les temps les plus revendicatifs — rock and roll — seront des prises de paroles directes, mais celles-ci restent distanciées et profitent des dispositifs technologiques : la voix d’un Vietnamien dit « nous avons perdu la guerre » ; Rachid Ouramdane répond, le micro à la main : « non, nous avons perdu » ; la voix répond : « non, nous avons perdu » et Ouramdane surenchérit. Il utilise un autre dispositif de distanciation lorsqu’il s’adresse au public par le biais du filtre de la reprise, il s’avance et chante, la voix comme le reste, toujours mesurée, les paroles d’une chanson des Stranglers :

Whatever happened to all the heroes?
All the Shakespearoes?
No more heroes any more
No more heroes any more

Des nombreuses heures de vidéo tournées, il n’en gardera que des images typiques du pays, une cascade immuable, une suite de logos lumineux croquant la ville, une vue paisible de la campagne, la kitcherie allégorique du voyage initiatique a été subtilement évincée. Les représentations humaines sont absentes, on entend les voix des interviewés, on ne les voit pas. De même, Rachid Ouramdane se trouvera sans visage à la fin de la pièce, son tee-shirt noir enveloppant sa tête.

Et pour finir, « ici tout va bien », etc. On reconnaît la formule carte postale, l’écart effroyable entre un vécu

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