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DANSE | CRITIQUES
Claudia Triozzi
Fais une halte chez Antonella
09 juin 2008
Paris. Fondation Cartier
Performance présentée dans le cadre de l’exposition consacrée à Patti Smith, Fais une halte chez Antonella nous permet d’aborder le travail vocal de Claudia Triozzi en dehors de tout dispositif plastique, soit en tant qu’œuvre autonome et singulière.   


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Claudia-Triozzi-<em>Fais-une-halte-chez-Antonella-<-em>2008-Performance-sonore-cr-eacute;-eacute;e-en-2006-nbsp;-Courtesy-Fondation-Cartier-©-Sophie-Grappin-Schmitt

Haco-portrait-2008-Courtesy-Fondation-Cartier-©-Hideto-Uchiike

Michel-Guillet-portrait-2008-Courtesy-Fondation-Cartier-©-Christophe-Jallais

  
Par Sophie Grappin-Schmitt

Inclassable et donc à la pointe d’une tendance désormais bien installée, Claudia Triozzi fait figure de proue d’un phénomène de ‘déterritorialisation’ qui éradique tout naturellement l’idée même de cloisonnement entre les arts. Danseuse de formation, interprète chez Odile Duboc, François Verret, Georges Appaix, et plus récemment Alain Buffard ou Xavier Le Roy, Claudia Triozzi a esquisé en quelques pièces les formes personnelles d’un genre nouveau, proche des performances dada ou futuristes.  Fais une halte chez Antonella, présenté dans la catégorie musique/ poésie par la Fondation Cartier se tient ainsi  à mi-chemin entre deux arts qu’on n'a pourtant pas l’habitude de séparer : pas simplement de la musique, peut-être avant tout de la poésie. Pas vraiment de la chanson, mais le déploiement vocal d’une poétique.

Avec Claudia Triozzi la voix devient l’organe d’une mise à nu plus radicale que n’importe quel striptease. En se substituant au corps anatomique, elle dessine les mouvements d’une danse libérée de toute enveloppe charnelle. Ici le corps se réduit au grain. Ce grain de la voix, tel une synecdoque, véhicule l’empreinte corporelle, et par-là même toute l’histoire personnelle et le vécu du corps de l’interprète. Le texte et sa mélodie s’effacent alors devant cette présence évanescente, suspendue à l’onde sonore, comme une apparition.

En privilégiant le poème phonétique du type Ur Sonate ainsi que l’usage des langues étrangères, Claudia Triozzi contraint le public à se concentrer sur le timbre et sur l’infra verbal. L’accent joue alors un rôle prépondérant, redoublant parfois le sens des mots, comme lorsqu’elle miaule d’un anglais nasillard que "tous les soirs il y a du bruit derrière ses murs, des cris de chat …"

Ces bribes d’images se superposent à celles qu’on peut percevoir sur son visage tandis qu’elle chante : grimace, rictus, regard extatique, sourire illuminé, Claudia Triozzi fixe son public avec un aplomb et une sûreté qui impressionne durablement.
Tandis que dans Stand ou Opera Shadows elle se tenait à l’écart de la scène pour accompagner de son chant les images photographiques ou les tableaux de lumière qu’elle avait composés, elle occupe ici le devant de la scène. Debout ou assise sur une chaise, le corps affalé, les jambes écartées dans un abandon lascif, presque sexuel, Claudia Triozzi chante tantôt avec ses tripes, sa vulve, sa bouche ou ses muscles. Elle nous autorise ainsi à suivre le parcours de sa voix au travers des différents lieux de l’intime, quelque part « entre le fil et la gaine de (s)es pensées ».

Œuvre(s)
— Interprétation : Claudia Triozzi
— Musique : Haco, Michel Guillet, Claudia Triozzi (voix et textes)
 

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