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DANSE | CRITIQUES
Béatrice Massin
La Grande Leçon de danse
13 mai 2008
Pantin. Centre national de la danse
Grâce à Béatrice Massin, le mouvement baroque renaît, dépouillé de ses artifices, et inscrit la danse dans son histoire. Une révélation édifiante sur la genèse du corps culturel occidental. 


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Par Sophie Grappin-Schmitt

« Monstration plutôt que démonstration de danse » selon la formule employée par Anne-Marie Reynaud (directrice de l’Institut de pédagogie et de recherche chorégraphique du CND), mise en lumière des « coulisses de l’exploit », Les Grandes Leçons de danse révèlent au public le travail d’une personnalité de la danse.

Ce trimestre, le CND invite Béatrice Massin, interpète de danse contemporaine convertie à la danse baroque après sa découverte de la notation Feuillet. Le système d’écriture, qui réunit sur une même partition l’espace de la danse et la musique, a permis en France, depuis les années 1980 (et le travail de Francine Lancelot), d’exhumer la danse baroque de l’oubli, en procédant à des reconstitutions de pièces entièrement notées à l’époque de leur création.

La reconquête de ce vocabulaire chorégraphique apparaît aujourd’hui comme un préalable essentiel à la compréhension de l’histoire de la danse — et tout particulièrement des formes dites classiques ou romantiques —, mais aussi comme un fabuleux laboratoire de recherche. Ainsi, à la manière de l’archéologie expérimentale, le travail de Béatrice Massin et de ses danseurs s’attache avant tout à comprendre, à travers la pratique de ce vocabulaire, comment se sont mises en place les techniques de corps. Révélation, en quelque sorte, d’une genèse de notre habitus occidental.

Durant cette grande leçon, on apprendra donc que la demi-pointe et son élévation résultent d’une orientation du coude vers le sol, elle-même issue de la nature coercitive des costumes de l’époque, qui empêchaient la mobilité de l’épaule et ne laissaient libres que les coudes et les poignets.
Ces costumes justement, volumineux, — qu’on imagine aussi encombrants que les créations d’Oskar Schlemmer  —, devaient être vus et étaient déplacés par le truchement d’une marche cadencée, amenant le centre du corps dans toutes les directions possibles, selon un jeu de transfert de poids, d’une jambe sur l’autre, entraînant bien des prises de risques… Pour ajouter toujours plus de volume à ces sculptures en mouvement, coudes et poignets faisaient naître des gestes circulaires au lieu de simplement se fléchir.
Enfin, la musique commandait les jambes — bourrée, rigaudon, gaillarde, passacaille, menuet, courante, pavane, allemande, gigue, gavotte — laissant toutefois la part belle à l’improvisation, le corps venant poursuivre la musique au lieu de simplement la ponctuer, selon un jeu de polyrythmie entre les différents interprètes (musiciens et danseurs).

Face à cette belle analyse des constituants de la danse baroque, le spectateur contemporain peut entrevoir la matière même de ce style, dégagé de l’ornement des décors, des costumes, ainsi que d’une diégèse. Il en résulte une impression cocasse : similitudes et rapprochements avec l’autre « danse des moulinets », la tecktonik, qui fait fureur chez les jeunes depuis déjà plus d’un an. Le spectateur se surprend alors à commencer seul cette nouvelle étude, à réfléchir à la façon dont les mouvements de la tecktonik ont pu voir le jour, et en quoi ils diffèrent grandement de ceux du baroque : jambes enracinées dans le sol, le plus souvent fléchies, épaules aux oreilles, tête basculant par-dessus le menton, et prise en charge littérale des rythmes de la musique…
La leçon est toujours belle lorsqu’elle vous enseigne à regarder et à apprendre.

Œuvre(s)
Horaire : 19h
Tarifs : 12 €, 10 €, gratuit pour les abonnés

— Conception, interprétation : Béatrice Massin
— Claveciniste : Freddy Eichelberger
— Photographie : Sarah Zhiri

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