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INTERVIEW
Mié Coquempot
Mié Coquempot
11 févr. 2008
Engagée dans un duo sonore avec un piano ou un flutiste, en corps-instrument muni de capteurs électroniques, la chorégraphe Mié Coquempot explore la relation entre la danse et la musique. Rencontrée suite à son intervention au colloque de Paris X-Nanterre consacré à la danse contemporaine (décembre 2007), elle revient sur son parcours et présente ses projets à venir. 


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Mi-eacute;-Coquempot-Portrait-©Sandra-Piretti

Mi-eacute;-Coquempot-<em>Trace-Piano<-em>-©Agathe-Poupeney

  
Céline Piettre. Vous avez étudié le piano et la musique pendant 10 ans, au Conservatoire de Genève. Cette formation est-elle à l’origine du lien entre la danse et la musique dans votre travail chorégraphique ?
Mié Coquempot. La musique et la danse sont systématiquement associées, depuis toujours. Même si elles se distinguent, en tout cas d’un point de vu social, la musique étant compri

Le créateur :
  • Mié Coquempot


    L'interview :
  • Mié Coquempot


  • e, intégrée par tous. Ce qui est différent pour la danse.
    Du fait de mon parcours, de ma formation musicale, je ne peux pas utiliser la musique comme un socle, comme une illustration ou de façon atmosphérique. Je me dois de proposer un regard exigeant sur la musique, qui interroge davantage la structure, l’analyse, la composition que j’aime rendre proche de « l’écriture » chorégraphique. Même si je n’apprécie pas ce terme « écriture ». Je lui préfère le mot « langage ».

    Avec Piano solo, en 2001, vous jouez une partition chorégraphique sur un piano, au moyen de votre corps ? Cela fait-il de vous une danseuse ou musicienne ?
    Mié Coquempot. Les deux. Dans ce travail, qui prend forme en 2000 avec Solo table et aboutit, en 2005, à la version concert de Trace/Piano, j’ai cherché la fusion entre la musique et la danse, pour qu’elles soient (enfin !) équivalentes à tous points de vue. Pour éviter l’assujettissement de l’une sur l’autre. Et aussi pour additionner les spécificités de l’une à l’autre.
    Au départ, j’ai écris puis appris cette partition sur une table, confrontant ma danse à un espace restreint. Les sons et la rythmique produits par l’impact de mon corps avec cet objet me semblaient musicaux. J’ai voulu approfondir l’expérience, en passant de la table au piano, de la percussion pure à la mélodie, augmentant par là les potentialités de composition musicale. J’ai donc fini par danser cette partition au piano ou jouer au piano cette danse. Tout dépend de la façon dont on l’appréhende. Voir la musique, entendre la danse, c’est finalement ce que j’ai recherché.

    En 2005, vous créez Sans Objet, une pièce fabriquée sur un mode aléatoire en étroite collaboration avec l’œuvre musicale de Earle Brown, Tracking Pierrot.

    Mié Coquempot. Pour moi, Sans Objet est l’aboutissement de mes recherches précédentes sur le renouvellement des relations entre la danse et la musique. La structure de la représentation est construite d’après et avec la partition musicale de Earle Brown. Les musiciens - l’ensemble 2e2m en France et Contrechamps en Suisse - sont les interprètes de la pièce au même titre que les danseurs. La relation entre eux est primordiale. Tous sont soumis à une partition et aux suggestions du chef d’orchestre.
    Les danseurs réagissent à la musique selon une partition chorégraphique et spatiale, les musiciens modifient leur interprétation en fonction des réponses chorégraphiques des danseurs. Á chaque nouvelle présentation, le corps de l’oeuvre varie selon les « directions » que le chef d’orchestre engage - chronologie, tempi, durées, déclenchements.

    Cela oblige les interprètes à une écoute attentive de l’autre. Qu’en est-il du public ?
    Mié Coquempot. Dans Sans Objet, les danseurs ne sont pas en monstration. Ils n’ont pas le temps de l’être. Quand nous sommes sur scène, c’est impossible pour nous de penser à notre relation au public, à ce que nous sommes en train de construire dans l’espace. On interprète ce que l’on entend pour influencer à notre tour la partition musicale. Tout ça doit se faire en une fraction de seconde. C’est une expérience vraiment spécifique, qui fait appel aux réflexes des exécutants, à une réactivité immédiate, presque inconscience. Le public décèle, petit à petit, les accidents de parcours qui laissent apparaître "l'action vraie". De là naît une complicité, le rire, l’émotion.

    Et pour le danseur, c’est éprouvant ?
    Mié Coquempot. Á la fin de la représentation, nous sommes épuisés. On est des survivants, au sens littéral du terme, c'est-à-dire qu’on a vécu quelque chose d’hyper vivant. L’interprète est dépassé par lui-même, il se surprend lui-même et c’est ce qui m’intéresse. C’est de la vie dont il est question ici, avec ces accidents et ses imperfections, son imprévisibilité qui force l’homme à s’adapter continuellement.
    Ce travail m’a permis d’atteindre un degré d’interprétation de l’ordre de l’exceptionnel. Je pense que l’on peut arriver aux mêmes sensations avec une écriture chorégraphique classique. Mais moi je n’y parviens pas. Moi, j’ai besoin de cette contrainte.

    Avec Pulse, en 2007,

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