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ÉDITO
André Rouillé
Sophie Calle. Petits arrangements avec les événements
03 avr. 2008
Numéro 231



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L’exposition Prenez soin de vous que Sophie Calle a présentée à la dernière Biennale de Venise est désormais visible à Paris, dans un tout autre cadre: la belle salle Labrouste de l’ancienne Bibliothèque nationale, rue de Richelieu. Là, les images rencontrent le monde des livres, comme elles le font toujours chez Sophie Calle qui les tisse aux mots de ses fictions.
L’œuvre est née, on le sait, d’une rupture amoureuse aussi brutale qu’inattendue dont Sophie Calle a été victime — l’homme concluait un bien désinvolte mail d’adieu d’un simple «Prenez soin de vous»L’exposition Prenez soin de vous que Sophie Calle a présentée à la dernière Biennale de Venise est désormais visible à Paris, dans un tout autre cadre: la belle salle Labrouste de l’ancienne Bibliothèque nationale, rue de Richelieu. Là, les images rencontrent le monde des livres, comme elles le font toujours chez Sophie Calle qui les tisse aux mots de ses fictions.
L’œuvre est née, on le sait, d’une rupture amoureuse aussi brutale qu’inattendue dont Sophie Calle a été victime — l’homme concluait un bien désinvolte mail d’adieu d’un simple «Prenez soin de vous». C’est en réaction au choc produit par l’événement de cette rupture que Sophie Calle a conçu le principe de l’œuvre consistant à demander à cent sept femmes de formations et de professions différentes — actrices, historiennes, philosophes, linguistes, philologues, chanteuses, juges, criminologues, etc. — de commenter, d’interpréter ou d’analyser la lettre.

Cette façon de transférer à d’autres son désarroi sentimental, sa faiblesse et sa solitude de femme «larguée», de les faire partager, et de les convertir en une série d’images et de textes distanciés produits par des femmes solidaires a permis d’inverser la situation subjective. L’homme fort d’avoir pris l’initiative de la rupture s’est ainsi trouvé confronté à une convergence de savoirs techniques d’un groupe de femmes qui ont soumis son geste, son attitude et sa lettre à l’épreuve de leurs analyses croisées. La solitude a changé de camp, et la victime repris l’avantage.

En concevant et réalisant son œuvre, Sophie Calle a ainsi «refroidi les choses», et aboli la violence impromptue de l’événement de la rupture en lui substituant un événement artistique. Cette œuvre-ci de Sophie Calle et la plupart des autres sont ainsi conçues comme des événements artistiques servant, en quelque sorte, à colmater les effets douloureux des événements de sa vie.
Telle est sa manière:  Sophie Calle se «sert de l’art pour mieux vivre les situations difficiles» en «faisant quelque chose pour oublier, s’en sortir». Sans toutefois faire de sa vie le sujet de son art, ni transformer l’art en thérapie, sa vie lui sert de matériau artistique — «Tout, enfin presque tout, de ma vie peut devenir un matériau» —, et son art de moyen d’affronter les aléas de sa vie.

Sa vie et ses affects ne sont pas le sujet des œuvres de Sophie Calle, mais seulement le site des événements déclencheurs des processus créatifs. A l’inverse des postures subjectives et psychologiques, c’est aux événements — et non aux sentiments et aux affects qui leur sont liés — que réagit l’œuvre. Cette sensibilité de Sophie Calle aux événements plutôt qu’aux sentiments et aux affects explique assurément sa «capacité record à [se] remettre des séparations amoureuses», et cette lucidité sur elle-même qui lui fait dire : «Je suis peut-être beaucoup quittée, mais je m’en remets vite».

Dans une sorte d’obsolescence continue, un événement chasse l’autre qui vient pimenter le cours ordinaire de la vie. Et quand les événements viennent à manquer, Sophie Calle les fabrique à partir de sa propension à être «obsédée par la dernière fois», par ces ultimes instants des choses où le temps acquiert l’intensité et la singularité rares qui font les événements. Alors que certaines de ses œuvres comme Prenez soin de vous consistent à refroidir l’intensité des événements subis, d’autres visent au contraire à fabriquer, par réchauffement en quelque sorte, de l’événement dans le morne flux du temps ordinaire.
Sophie Calle raconte ainsi comment elle a tout fait pour être la dernière cliente de la mythique Coupole, juste avant qu’elle ne soit absorbée par une grande chaîne de restauration. Ou comment elle essaie toujours d’arriver dans les fêtes au petit matin, à l’extrême fin.
«La dernière fois, ça va de choses extrêmement idiotes à la mort de ma mère», dit-elle en référence à cette vidéo qu’elle a réalisée en

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3 réactions


rosita
Prenez soin de nous
Il faut arrêter de se moquer de nous. Ce que nous ressasse Sophie Calle depuis 20 ans sent la vieille sauce réchauffée. Basta les renvois d'ascenseur.
Le pauvre Poivre d'Arvor arrive après la bataille de la grande époque. On avait dû lui raconter le coup du lit en haut de la tour Eiffel. Ignorait-il qu'un coup médiatique n'est pas de l'art ?
Quelle honte à la Biennale ! Il fallait entendre le public étranger se gausser ou bâiller devant les écrans bavards de notre pauvre germanopratine larguée et ses copines du Flore.
Au fait qui remplace OPDA à CulturesFrance ? Dans deux ans ils vont nous trouver qui pour représenter LA FRANCE à la biennale?
Rosita
06 avr. 2008

Joelle
Prenez soin de l'art contemporain francais!
La France décide de se faire représenter avec des œuvres pauvres au contenu grotesque qui font EVENEMENT?
Car oui, le cul, et surtout les histoires de cul, ont toujours eu bonne presse, ça on le savait! Ou est-ce là une nouvelle expression de l'esthétique de la Relation? Soyons sérieux!

Déjà un président qui lance le «people à la mode franco-française», en plus, une Sophie Calle, REPRESENTANT LA FRANCE (ouaille manman!) avec un catalogue d'exposition ayant tiré TOUT le budget de la culture (il pèse trois tonnes, est en deux volumes pour ceux qui veulent tous les détails des histoires de...)! Dame Calle avait pourtant avait toute mon estime il y a quelques années.

Malheureusement, sa récente gloire ne fait qu'affirmer le déclin de l'art contemporain français... Quant à une Sophie Calle filmant les derniers moments de sa mère: on a connu mieux, plastiquement, avec un Bill Viola...(cela fait combien d'années d'ailleurs?).

Que la France ne s'etonne pas d'être percue par le reste de l'Europe comme arriérée... n'ayant aucun désir de promouvoir sa diversité, de renouveler sa créativité, préférant ressasser ses vieilles pointures s'asseyant sur leurs propres lauriers (distribués d'ailleurs par copain-copine, coucherie et Cie, cela s'entend)... HAS BEEN la Calle, moi je vous dis! Ouvrez les yeux!

Récemment, un Buren s'est fait lui aussi remarquer à la Lisson Gallery de Londres pour son culot à présenter des œuvres médiocres, mal installées et de peu d'intérêt. Si au moins il avait pu entendre les remarques des étudiants de la Goldsmith University, de la Slade school of Art ou de la University of the Arts London, venus nombreux voir le travail de la star de l'art moderne: il en aurait eu pour son Anglais! Encore un tombé bien bas dans mon estime...

La France glorieuse de la scène artistique et culturelle ne fait que perdre en crédibilité.
J'en prends pour preuve, la perte du contrat des JO 2012: et cela ne fait que commencer...

Espérons que la critique, elle, continuera de critiquer. A vous l'honneur Monsieur Rouille!
De Londres
Joëlle Ferly
04 avr. 2008

naki
Sa mère ????
Au sujet de sa mère, vous dites qu'elle a filmé sa mort. Or dans l'exposition à la BNF il y a une lettre de sa mère en réaction à cette rupture amoureuse.
Est-ce sa vraie mère ou une comédienne, la lettre est-elle antérieure...
(Il me semble aussi que Sophie Calle avait demandé à sa mère de la faire suivre par un détective, mais là par contre c'était il y a très longtemps...).
04 avr. 2008

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