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ÉDITO
André Rouillé
La culture à l’ère de la gouvernementalité
21 févr. 2008
Numéro 225



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TOUS LES ÉDITOS
La ministre de la Culture a ouvert les «Entretiens de Valois sur le spectacle vivant» (version light du Grenelle de l’environnement) en s’interrogeant sur les raisons du «sentiment de malaise» qui, selon elle, règne dans la culture.

Son incrédulité était d’autant plus grande qu’elle s’accompagnait d’une vision idyllique de la situation : «Depuis cinquante ans, notre pays connaît un développement culturel sans précédent… Le réseau est aujourd’hui dense, divers, solide. C’est un des tout premiers réseaux en Europe et probablement au monde… Nous avons un réseau, nous avons des artistes et des professionnels, nous avons aussi un public».

Une telle autosatisfaction ne préparait guère à comprendre le malaise et à entendre la grogne…

Car ça grogne de plus en plus dans la culture. La ministre ne devrait pourtant pas s’en étonner, elle qui avait qualifié son budget 2008 de «budget d’austérité», et qui déclarait à l’ouverture même de ces «Entretiens de Valois» (11 février) : «Je ne vous dirai pas que c’est un budget facile».

 

Comme souvent, ça grogne pour des raisons de restrictions budgétaires. Mais pas seulement. Le malaise est plus profond. «On arrive à la fin d’un cycle», reconnaît justement la ministre.

Les réactions sont venues des Espaces culture multimédia (ECM), qui ont été créés en 1998 afin de «développer et valoriser la dimension culturelle des technologies de l'information et de la communication». Cela en accueillant des artistes et des chercheurs, en organisant des soirées, des projections, des performances, des expositions, des festivals à destination des publics les plus larges.

 

Mais voilà, après dix ans d’activité, près de 70 salles labellisées ECM vont cette année devoir annuler ou revoir à la baisse leurs projets, licencier leurs salariés, ou pire, fermer. Une pétition a été ouverte, une fédération s’est créée, des réunions et coordinations se multiplies.

 

Ça grogne et ça résiste d’autant plus fort que l’incompréhension règne. Alors que la ministre de la Culture a reçu en août 2007 pour mission principale de développer la «démocratisation culturelle», c’est-à-dire de concentrer son action sur les «publics» et la diffusion plutôt que sur la création ; alors que cette priorité était explicitement raccordée à «la révolution numérique qui doit être l’occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine»; alors que les Espaces culture multimédia n’ont, précisément, cessé de faire cela au cours des dix dernières années. Alors… on comprend mal pourquoi ils sont aujourd’hui directement menacés dans leur action et leur existence.

 

Le malaise vient du fait que la réduction de la part de l’État dans le financement de la culture se conjugue avec un objectif plus vaste consistant à introduire dans le champ de la culture un ensemble d’institutions, de procédures, d’analyses et de réflexions, de calculs et de tactiques, permettant d’imposer des normes de comportement aux différents acteurs du champ.

Il s’agirait donc, pour le gouvernement, de soumettre la culture à une nouvelle rationalité politique, ce que Michel Foucault a désigné par le terme de «gouvernementalité». Cela afin d’exercer une forme spécifique de «pouvoir qui a pour cible principale la population, pour forme majeure de savoir l’économie

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4 réactions


Joelle Ferly
I mean business…I’m in business (© Artist Joëlle Ferly)
Londres, UK Feb. 2008
Londres… la capitale européenne de la culture serait peut-être un exemple à mieux comprendre en ce qui concerne la stratégie adoptée pour financer l’Art.

Du secteur de l’éducation aux ventes des œuvres d’art imprimées sur les mugs (tasses de thé populaires) des Art shops soigneusement placés à la sortie de toute exposition institutionnelle, il y a du business !
Or si business il y a, ce n’est pas juste pour ces fat cats comme on veut souvent le crier… Les artistes qui ont décidé de vivre de plein gré par cette stratégie y trouvent aussi leur compte, et même mieux… leur liberté.

Un Damien Hirst enrichi devient à son tour collectionneur et curator. Cette position privilégiée lui permet alors de créer ses propres expositions (voir la Serpentine Gallery) sans craindre la censure de ses commanditaires (puisqu’il n’en a virtuellement pas, capitalisant sur son propre nom).
Une Tracey Emin est elle aussi in business, en transformant son statut d’artiste en celui de… columnist en publiant régulièrement pour le journal, The Independant.

Depuis 20 ans la culture en Angleterre a été basée sur les financements reçus par le Arts council et autres organismes primant l’aspect démocratique : ces derniers s’assurant de trouver dans les dossiers de demandes un maximum de cases cochées «tick the box» pour encourager des projets répondant aux priorités fixées par le gouvernement.
Ainsi, un artiste faisant participer son public, celui-ci étant composé de personnes handicapées, de jeunes, d’enfants, d’adultes, de personnes vivant dans des zones défavorisées, etc. avait plus de chance de recevoir des subventions qu’un autre artiste désirant créer de façon égoiste, c.à.d., sans faire du social…
C’était l’époque du compromis, et pire, de l’auto-censure, puisque la dépendance des aides octroyées par des Arts council et compagnie, auprès desquels il faut savoir montrer pattes blanches avait forcément des conséquences sur la pratique de l’artiste.

Cette discrimination positive – puisqu’il s’agissait bien de cela - a cependant eu pour résultat de permettre l’émergence d’artistes issus de groupes sociaux peu connus du public. Après deux décennies de formation, d’intégration, d’échange et consultation, ces groupes sont aujourd’hui à même de mettre en place leurs propres structures, opérant en parallèle avec les institutions.

Question qualité : si elle n’était certes pas toujours au rendez-vous dans le passé, le public peut aujourd’hui apprécier des œuvres d’intérêt réel, plastiquement et intellectuellement novatrices. Car autour de ces artistes subventionnés, s’est mise en place une politique de former des spécialistes de l’art pour ces structures émergentes: des critiques, des commissaires, des écrivains mais surtout des professionnels du Art management via les grandes écoles d’art qui attirent à Londres la plupart des jeunes artistes étrangers qui prennent leur carrière au sérieux.

Ainsi, les premiers centres d’art alternatifs et viables se mettent aujourd’hui en place, dans une Angleterre qui sort de sa période de discrimination positive, pour entrer dans une ère de pur business, où tout se monnaie, y compris la signature de l’artiste.
Parmi eux : Le Bernie Grant Art centre et Rivington Place, tous les deux dédiés en grande partie à la culture noire. Toutefois, pour ce qui est de ce dernier, le propos est simplement rangé sous la thématique générique d’art contemporain.
Du site créé par un architecte africain aux décisions prises par un comité présidé par un illustre sociologue antillais, Rivington Place offre une alternative heureuse dont l’équipe peut-être fière, puisque s’ouvre aujourd’hui pour eux la possibilité de faire des partenariats outre Manche, outre-Atlantique et outre-Monde, en n’ayant qu’un public à qui rendre des comptes.

En France, ce genre de centre serait grossièrement qualifié d’«ethnique» et leur propos nous ramènerait certainement aux thématiques réductrices décidées par des commissaires continuant aveuglément à mettre les artistes dans des cases en proposant au public blasé des œuvres renvoyant à un «art de l’exil», une «esthétique de la mémoire», une «culture de la créolité», une «exposition de la diaspora», des «artistes de l’oubli», et autres belles thématiques dont la poésie pauvre nous fait oublier que l’artiste se doit comme tout le monde de payer son loyer et nourrir sa famille…

Dans un monde où les lois ont changé, où l’économie devient la principale préoccupation, ce serait un leurre de vouloir faire croire aux artistes qu’ils peuvent continuer de vivre d’amour et d’eau fraîche.
Etre businessman n’enlève rien à son statut d’artiste.

I mean business… I’m in business © Joëlle Ferly – Londres, UK Feb. 2008

24 févr. 2008

Jean
la culture à l'ère de la gouvernementalité
Les décisions de Mme Christine Albanel de ne pas systématiser la distribution des subsides aux assistés de longue date est une bonne chose.
Mais ne nous leurrons pas, d'autres prendront ces déformations d'aller manger à la gamelle des pouvoirs publics tout en les critiquant, si l'on continue dans un assistanat d'État.
Mais nous, artistes indépendants, peintres,nous avons besoin d'une réorientation Juridique facilitant l'accés plus large à la manne privée, la seule qui nous permet d'exister. A bon entendeur salut.
PS. André Rouillé oriente l'opinion par le choix de ses éditos, mais il n'énonce jamais de solutions aux problèmes qu'il évoque.
24 févr. 2008

formacolor
In limine litis
Bonjour à tous
Y compris aux galériens de la création artistique et culturelle, pour certains dans des situations intenables, maintenant obligés de s'adapter (si tant est qu'ils puissent le faire, car créer ce n'est pas faire n'importe quoi, n'est ce pas ?)
A L'OFFRE: le mot qui sent l'ultra libéral à vue de nez est lâché, la "cible" (vous aurez reconnu les pauvres termes de l'economie d'entreprise et du marketing) étant le public consommateur payant solvable.
Nous ne nous laisserons pas diluer dans ce type de mélasse, PARCE QUE NOUS AVONS TOUT A Y PERDRE: A COMMENCER PAR NOTRE AME !!!
23 févr. 2008

Billy REnoir
La réflexion sur l'Art de Billy Renoir Peintre illustrateur
Pour réagir je vous soumets ma réflexion sur la situation actuelle de mes confrères en mal de commandes et d'expositions. Texte déjà envoyé à Pierre Souchaud à la M des A et à art Absolument.
Cordialement
BR
site web www.billy-renoir.fr



Ma conception théorique très personnelle de la situation du milieu artistique (section dessin, peinture, je n'ai pas d'infos pour la sculpture ) est que les instances politiques culturelles nationales et internationales ont depuis -1980-1990, tout remis à zéro. A savoir que les artistes antérieurs moyennement connus, seraient encore tolérés, auraient toujours une valeur marchande sur le marché de l'Art (ventes aux enchères), à la condition cependant d'avoir eu au moins une certaine notoriété, un produit négociable et fait commerce de leur Art de leur vivant.
Je constate qu'au troisième millénaire la peinture de chevalet, la sculpture classique disparaissent;

La peinture exposée dans les musées ne s'arrêterait pas définitivement avec le POPART, Basquiat ou Bacon, la figuration libre et narrative etc mais... Pour tous les artistes peintres actuels seraient supprimés les tickets d'entrée déjà réduits dans le circuit à un cénacle très fermé . Seraient tout de même privilégiés les artistes de certains pays à condition d'avoir le label post "quelque chose" ( ex rideau de fer, dictature ou autre avec prédilection pour une approche sociétale, littéraire ou phlosophique ).

N'oublions pas non plus le choix du prince ou le booster médiatique ( collectifs ou groupes sortis ou non du purgatoire Tags, provoc, performance, livre des records..." peu importe ce que l'on présente, l'important est d'appartenir à un mouvement subversif ou en rupture, habilement médiatisé et sponsorisé" ).

Autre cassure brutale, la géniale trouvaille du concept exposition, installation, véritable casse-pattes pour les jeunes créateurs frais émoulus des écoles d'Arts, réduits à la chasse au sponsor pour présenter ces mises en situations éphémères à valeur marchande très aléatoire et vouées à la décharge après démontage, ne pouvant être stockées sans dégradation.

50 à 100 artistes seraient agréés comme emblème de chaque pays.
On trouve d'ailleurs dans le commerce un répertoire regroupant les artistes vivants représentant la France , titre :100 artistes (qu'est - ce que l'Art contemporain édition Beaux-Arts couverture jaune, au prix de 20 € où figurent les "pointures" exposées en priorité dans les biennales du monde entier).

Ce qui fait que le marché a été étranglé et appauvri, les galeries de taille moyenne ayant péréclité et laissé la place à des loueurs de murs, trop heureux de se rémunérer en amont en exposant des amateurs désireux d'avoir leur quart d'heure de célébrité ( dixit Andy Warhol ) ou des collectionneurs soucieux de maintenir la cote de leurs achats ainsi que les prétendus marchés d'Art Contemporain loueurs de stands à quiconque susceptible de payer son espace, sans se poser la moindre question quant à la nature qualitative et professionnelle ou non des autres exposants (par exemple : Vendeurs de bijoux et bagues de pacotilles).

Signe plus inquiétant les espaces prestigieux, châteaux, parcs, centres culturels municipaux sont presque exclusivement réservés aux expositions à dominante conceptuelle, videos scolaires floues et sans son , vides de sens, installations baclées, performances, danses, hip hop...
En province les galeries ont pratiquement toutes disparu, exception faite des villes côtières aux éternels marines et champs de lavandes à touristes.

Ceux qui maintenant s'obstinent à faire de l'Art leur profession sont assimiilés à des micro-entreprises dont on loue la prestation et que l'on jette ensuite.
A charge pour eux de trouver les moyens financiers, par le truchement d'entreprises, pour supporter les importants frais techniques et logistiques de la dite prestation et leur permettre de subsister.

Ce qui fait que l'artiste reconnu pour honorer une commande publique importante a tout intérêt à créer une société et à régler ses charges sociales au travers de cette société. Une fois la prestation réalisée ou l'œuvre livrée ( du monumental ou grande installation ) et commission remise " à qui de droit ", il liquide la société et s'inscrit aux chômage.

Autre conséquence les élus politiques pourront quand ils le souhaitent détruire une oeuvre dans un lieu public afin de la remplacer par du mobilier urbain, une artère nouvelle ou une opération imobillière,...
La notion d'oeuvre classée à valeur artistique, historique, marchande, impérissable n'existant plus, le droit inaliénable de propriété artistique de l'œuvre à l'artiste supprimé de fait.

Le phénomène Picasso starisé et devenu monstre sacré ne serait ni possible ni acceptable, place à l'artiste éjectable.


NB

L'État a proposé des ateliers d'artistes avec nécessité pour l'artiste de trouver des subsides pour de payer son loyer, sa facture téléphonique, son électricité, ses charges sociales... à condition de ne surtout pas mettre son nez dans les affaires des instances culturelles, le gâteau n'étant pas pour lui.
(je reçois déjà la lettre Paris Art



22 févr. 2008

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