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ÉDITO
André Rouillé
L’éternel combat de la Jeune Création

Numéro 7



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Apparemment rien ne différencie l’exposition Jeune Création, qui se tient jusqu’au 2 mars à la Grande Halle de la Villette, des meilleurs salons ou foires d’art contemporain. Ni la légitimité du lieu, ni le nombre des exposants, ni le soin apporté à la présentation, ni la dimension internationale, ni évidemment la qualité des œuvres, qui est d’un très bon niveau.

Pour autant, le salon Jeune Création se distingue de la plupart des salons d’art contemporain par un élément essentiel : le bénévolat. Non pas le bénévolat choisi, mais le bénévolat subi. La pénurie d’argent et la précarité peuvent certes stimuler l’initiative et créativité. Mais elles deviennent vite paralysantes, surtout quand elles s’accroissent de façon vertigineuse.

Un seul chiffre : en 1993, au Grand Palais, le salon durait un mois pour un coût de 60 000 francs ; en 2003, à la Villette, la somme de 1,2 millions de francs sera insuffisante pour dix jours. Trois fois plus court pour 20 fois plus cher. Autrement dit, à temps égal, le coût d’exposition a, au cours des dix années passées, été multiplié par 60 ! Les ressources et subventions ont-elles suivi la même évolution ? On peut en douter.

La différence ? Ce sont des énergies et des efforts sans compter; ce sont d’infinis bidouillages et solutions de remplacement. Mais ce sont surtout des projets abandonnés et des échanges internationaux annulés. La sécurité et l’abondance engourdissent, la précarité et le besoin endémiques rongent et éliminent en silence.

Or, ce qui est vrai pour les artistes pris individuellement l’est aussi, sur un plan plus global, pour la place de l’art contemporain français dans le monde. Disons-le, son déficit de visibilité et de présence sur le scène internationale — aussi évident que dénié par les autorités culturelles — s’inscrit dans un long processus de délabrement du tissu culturel et artistique français.
Il n’y a pas de champions internationaux de natation sans une ample politique sportive dotée des moyens nécessaires. Les artistes français ne s’imposeront pas durablement sur la scène internationale sans une vigoureuse politique d’ensemble en faveur de l’art contemporain. Pas nécessairement sous la forme pure et simple de subventions.Plus efficacement par la mise en place de conditions décentes de production, de diffusion et vente des œuvres.

La tâche est tellement grande pour faire sortir l’art contemporain du ghetto social dans lequel il est maintenu, et le bilan des responsables du monde de la culture est à cet égard si mauvais, que les artistes de l’association Jeune Création ont décidé — avec d’autres — de prendre les choses en main, de résister à certains dysfonctionnements et pesanteurs du champ artistique.

A cet éternel (et nécessaire) combat, paris-art.com s’associe parce que c’est aussi le sien ; parce que ce combat est indissociablement artistique, social, économique et politique ; parce qu’il s’inscrit dans un processus plus large de réhabilitation de la culture, de la création et de l’art dans la vie, dans toute la vie. Parce que, dans le chaos du monde, ce combat contribue à esquisser de nouveaux possibles.

On peut discuter certaines postures de Jeune Création, débattre de certaines orientations, mais cela ne met nullement en question le caractère salutaire et nécessaire de son action.


André Rouillé



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Gil Bensmana, Chutes, 2003. Installation sur la verrière de la Grande Halle de la Villette. Dimensions variables. Photo : paris-art.com.

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