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ÉDITO
André Rouillé
De la politique dans l’art : l’île Seguin et Le 104
31 janv. 2008
Numéro 222



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Les grands projets culturels de Georges Pompidou ou de François Mitterrand n’étaient évidemment pas dépourvus de visées politiques. Depuis la défection de François Pinault, le sort de l’Ile Seguin va et vient au gré des situations politiques. D’un autre côté, qui pourrait croire que le Maire socialiste de Paris soutient pour le seul amour de l’art «Le 104», ce gros projet de 37 000 m2 en cours d’achèvement dans les anciennes Pompes Funèbres, situées à l’est de la capitale, au 104, rue d’Aubervilliers ?
On sait qu’avec la Pyramide du Louvre et les colonnes de Buren, François Mitterrand avait littéralement planté les formes les plus avancées et les plus contestées de la modernité au cœur des lieux sacrés de la haute tradition architecturale et artistique française.Le message et la provocation étaient clairs, les réactions ne se sont pas fait attendre, où les arguments de culture cachaient mal la polémique politique à coloration droite-gauche.

Sur l’Ile Seguin, c’est une lutte droite-droite qui se joue depuis le départ de François Pinault. Pour laver l’affront administré à l’État par un grand patron collectionneur d’art contemporain, ami du Président de la République d’alors, il a été décidé au plus haut niveau de lancer un nouveau projet dans lequel se sont, aussi mécaniquement que caricaturalement, reflétées les luttes en cours à l’époque au sommet de l’État.
Au Premier ministre Dominique de Villepin, favorable à un «Centre européen de création contemporaine», Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et président du Conseil général des Hauts-de-Seine, opposait un «jardin de sculptures».
A une vision contemporaine, ouverte sur la notion panoramique et interdisciplinaire de «création», s’opposait un projet refermé sur une conception étriquée de l’art, réduit à un seul genre, la sculpture, épuisé pour avoir été très malmené tout au long du XXe siècle par les assauts conjugués des artistes modernistes.

En période de chiraquie chancelante, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, avait bien tenté de défendre cette (trop) belle utopie de «Centre européen de création contemporaine», mais les élections présidentielles ont eu raison de ses louables efforts. La rupture a frappé. A bas le centre ! Adieu la création européenne ! Ce sera un jardin-musée dévolu à la sculpture. Confirmation apportée par Georges-Marc Benamou, zélé conseiller du Président pour la culture et l’audiovisuel, après avoir été un confident docile des derniers moments de François Mitterrand.
Mais pourquoi ce choix ? Réponse du conseiller : «C'est un rêve ancien de Nicolas Sarkozy quand il était président du Conseil général des Hauts-de-Seine» (Le Monde, 26 janv. 2008). Belle justification ! Alors que la firme Sony déborde d’ingéniosité technologique pour réaliser nos rêves les plus fous («Vous l’avez rêvé, Sony l’a fait»), le Président de la République replie les plus beaux projets — et budgets — publics sur ses tout petits rêves à lui…

Alors que les tractations et crocs en jambes vont bon train autour de l’Ile Seguin — sur le très riche, et politiquement très droitier, flanc sud-ouest de la capitale —, la Mairie socialiste est, elle, sur le point de faire aboutir, avec «Le 104» installé dans le très populaire nord-est, un projet basé sur une conception diamétralement opposée.
On assiste ainsi à une opposition géographique, politique, sociale et esthétique si parfaite qu’elle pourrait faire douter ceux qui, au nom de l’«aventure pour moderniser la France» (Georges-Marc Benamou, Libération, 23 janv. 2008), feignent de croire en la disparition miraculeuse des frontières, des conflits d’intérêts, des disparités de situations, des rapports de forces et des luttes de pouvoirs, sinon de classes.

Aux antipodes du «jardin de sculptures», les deux directeurs du 104, Frédéric Fisbach et Robert Cantarella, proposent un espace expérimental pluridisciplinaire animé par l’ambition de réinventer la place des spectateurs dans les œuvres, et de «rendre visible cette invisibilité» qu’est le processus de création (Art Press, févr. 2008).

La césure politique entre Le 104 et l’actuel projet de l’Ile Seguin passe par une série de disparités esthétiques entre les types d’œuvres proposées, et surtout entre les manières de les produire, de les faire fonctionner, et de les faire voir.
La politique dans l’art ne passe pas par des contenus explicites supposés engagés, mais toujours menacés de s’épuiser en de plates et dérisoires déclamations. La politique

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VOS RÉACTIONS
4 réactions


r.labrunye
Propos caricaturaux
Votre propos est caricatural à souhait! le prisme politicien (la gauche c'est bien la droite c'est réac) par lequel vous analysez ce sujet est ridicule.

Vous avez pu voir le projet de l'ile Seguin défendu par l'UMP à Boulogne dans le Figaro de vendredi dernier. Ca n'a rien d'une jardin des sculptures!

http://www.pcbaguet.com/PDF/080215lefigaroun_projet_altern.pdf C'est un ensemble d'activités liées à la Culture et aux médias, mêlant équipements publics et investissements privés.
20 févr. 2008

Yvain Bornibus
2 remarques
Deux remarques à propos des projets pour l’île Seguin.

1/ La sculpture dans un espace public est la plus démocratique des formes de diffusion de l’art. Offerte aux regards de tous, elle ne fait pas de discrimination dans le public. Quel que soit son prix et son financement initial elle sort l’œuvre du ghetto de l’argent et du marché. Pour la collectivité, elle n’engendre pas de frais d’immobilier et de personnel. Elle inscrit l’art au cœur du quotidien. La forme du Parc est différente, elle suppose une démarche volontaire du public. Des parcs de sculpture sont courants dans de nombreux pays occidentaux et depuis longtemps, rares en France. L’immobilité et le silence de l’œuvre dans la vie de la cité, la contemplation du regardeur, l’exposition aux saisons, à la lumière naturelle et à la durée sont-ils réactionnaires ?
Les œuvres de commande réalisée pour une institution aux mains des petits marquis de la culture, seconds couteaux des grandes écoles, laquais du pouvoir politique ou financier, un diplôme d’histoire de l’art en accessoire comme sésame pour s’octroyer les postes de direction des équipement de diffusion au profit d’une caste d’artistes cooptés qui tournent en rond dans le circuit fermé international, sont-elles progressistes ?

2/ « Rendre visible l’invisibilité du processus de création » me semble un leurre dangereux. On ne s’intéresse plus qu’aux coulisses. L’atelier de l’artiste est un sanctuaire, ce qu’il y met en jeu ne saurait être donné en spectacle et quoi qu’il en soit ce qu’on y verrait ne saurait rapprocher le regardeur de l’œuvre, mais au contraire installer la confusion. Ce projet relève du mauvais côté de l’animation culturelle, celui qui détourne le public d’une expérience et d’un travail intime à partir de l’émotion du contact avec l’œuvre pour y substituer un discours explicatif, de communication, univoque. On délaisse la question du sens de l’œuvre, du pourquoi, pour la remplacer par celle du comment. Les œuvres d’art posent des questions auxquelles chacun ne peut répondre qu’à partir d’une expérience personnelle et d’un vécu unique, c’est ce qu’elles créent par ce lien individuel, par le champ de questions qu’elles ouvrent en chacun, qui justifie leur place et leur importance. On peut ensuite se demander comment elles opèrent pour ouvrir ce champ nouveau, qui nous appartiendra en propre définitivement et, par ce travail, contribuer à notre émancipation. Mais, expliquer où rendre accessible le processus créateur n’a rien à voir avec se demander comment elles opèrent en nous. Le spectacle de la conception de l’œuvre est en grande partie anecdotique, il relève du divertissement, pour peu qu’il s’accompagne d’un discours officiel explicatif, il est aliénant par ce qu’il entretiendra l’illusion d’une connaissance, d’un savoir et donc, éludera les vraies questions évoquées précédemment.

Les péripéties du comment, vous ne cessez de les commenter, avec talent, dans vos éditoriaux et elles sont l’occasion de réflexions pertinentes sur l’état de notre société. Heureusement il y a des projets qui échappent, avec le temps, aux enjeux qui les ont vus naître. La sculpture est conçue pour voyager dans le temps. Ce qui devient rare à l’époque d’un art de plus en plus éphémère, prisonnier de technologies obsolètes au bout d’un lustre, accès sur le commentaire, la chronique au jour le jour et l’anecdote courtisane.Les productions les plus en vues passent des l’ateliers aux plus grandes collections privées après un détour dans un lieu institutionnel qui les labellisent et tentent d’ imposer à tous ce qui n’est que le (mauvais) goût des riches et devient avec la complaisance d’un pouvoir politique et médiatique à leur service, le modèle.
Cordialement
Yvain Bornibus
02 févr. 2008

Marie
réaction
Attention cependant de ne pas ingérer et recracher (sans le remettre en question) tel quel le discours des futurs directeurs du 104 sur l'aspect hyper novateur du projet. Cette initiative n'est ni nouvelle ni isolée: n'est ce pas plutôt un compromis entre la Friche Belle de Mai et la Villa Médicis?
01 févr. 2008

peutimporte
Arretons d encenser le 104
Il faut arreter d'encenser un lieu, le 104, qui serait la forme la plus aboutie et pertinente de l'art contemporain a Paris.
Nous n'avons pour l'instant que de beaux mots et de grandes déclarations de la direction de cet établissement. L'histoire du 104 appellerait plutôt qu'il puisse être le fossoyeur de l'art.
01 févr. 2008

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