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ÉDITO
André Rouillé
Arrogance et délation

Numéro 176



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L’excellence, la qualité, ou tout simplement la dignité, ne sont pas de nos jours les choses les mieux partagées dans les médias. Particulièrement à la télévision où il est de plus en plus difficile de trouver des émissions dans lesquelles les spectateurs sont respectés en tant qu’individus doués de pensée, de réflexion, ou d’attention esthétique. Dans la presse-papier, les tirages des magazines «people» ont depuis longtemps écrasé ceux des journaux d’information et d’opinion. Là aussi l’émotion tend de plus en plus à se substituer à la réflexion.
Il existe heureusement en France une belle tradition de magazines culturels, notamment d’art, attachés à un haut niveau d’exigence. Mais cet héritage doit faire face aux transformations du monde de la presse, de la culture et de l’économie. La culture est de plus en plus soumise aux lois implacables de l’économie, tandis que la presse papier est bousculée, notamment par l’essor des journaux gratuits et la croissance rapide d’internet.
Dans ce contexte agité obligeant à réagir vite, à trouver sans cesse de nouvelles solutions pour maintenir le cap et rester fidèle aux orientations prises, des hégémonies vacillent, faute de savoir prendre le nouveau tempo et faire face à la nouvelle situation.

On aimerait se persuader que c’est une sorte d’inquiétude diffuse éprouvée face à la perte de ses prérogatives dans le monde de l’art contemporain, gagnées au cours de trente années d’un brillant parcours éditorial, qui a conduit la rédaction d’Art Press à terminer l’année de la pire façon : en commettant un odieux communiqué intitulé «Les vilenies de Guy Scarpetta» (déc. 2006, p. 90)
Un communiqué d’une demi-page très officiellement signé «art press», dirigé contre cet ancien rédacteur du magazine, et contre deux journaux qui n’ont en commun que le fait de publier ses textes dans leurs colonnes : le journal Particules diffusé gratuitement dans les galeries, et… «Le Monde diplomatique, journal très apprécié, comme on sait, du dictateur de La Havane»!

Ça commence très fort. «C’est ainsi : il est des esprits médiocres pour qui le monde est médiocre ; il est des âmes basses qui ne voient chez autrui que bassesse. Guy Scarpetta est une des ces âmes-là. Une feuille d’art distribuée dans des galeries, au titre judicieusement choisi, Particules (dict. Robert, particule : “très petit morceau”), nous est tombée malencontreusement entre les mains. Guy Scarpetta y tient son Journal».

Pourquoi un tel mépris et une telle suffisance, livrés dans une si piètre rhétorique? Tout simplement parce que Guy Scarpetta a osé «glisser quelques lignes» à l’encontre de la directrice et d’un responsable de la rédaction d’Art Press au sujet de leur action dans l’exposition «La Force de l’art».
Cette impudence vaut également à Guy Scarpetta de se voir opposer que tel auteur célèbre l’a traité de «chien de garde», et tel autre de «petite pointure» (Art Press cite allégrement — et élégamment — les noms de ces deux auteurs pour cautionner sa détestable démarche).

Mais ce n’est manifestement pas suffisant. Alors, le communiqué s’écharne et s’égare sur les terrains scabreux de la délation: «Comme Scarpetta n’en est pas à sa première attaque contre Richard Leydier, le moment est venu pour nous de livrer quelques informations». Cette menace, qui résonne des pires moments de notre histoire, est aussitôt mise à exécution sous la forme d’une pénible et poussive énonciation de griefs aussi dérisoires qu’inintéressants pour le lecteur.

Tout cela est à la fois inadmissible et terriblement révélateur, d’autant plus que ce communiqué n’est pas un simple dérapage de rédacteur fatigué en fin bouclage, mais l’expression assumée de la rédaction.

Le ton et l’absence de la moindre argumentation sonnent comme un désaveu cinglant de la rédaction d’Art press qui trahit là son incapacité à mener le moindre débat face aux critiques qui lui sont opposées.
On a le droit de ferrailler avec des individus, de critiquer, même sévèrement, leurs actions, leurs opinions, leurs œuvres ou leurs engagements, mais avec le devoir de le faire dans le plus grand respect.

Respect également pour le lecteur qui est entraîné dans cette dérive infernale. Je ne connais pas Guy Scarpetta, sauf par ses écrits, mais j’ai, en tant que lecteur, été profondément choqué, presque humilié moi-même, d’être confronté à tant de médiocrité, de mépris, d’indécence — d’être rabaissé au niveau des plus sinistres tabloïds. Je n’achète pas Art Press (6,30 euros/numéro) pour être ainsi plongé dans cet abîme nauséabond.

On assiste à un oubli total des plus élémentaires valeurs auxquelles un magazine de culture ne devrait pas déroger, d’autant moins qu’il est convaincu de sa supériorité. Confondant allégrement les domaines privé et public, le communiqué procède à un pur et simple règlement de compte à l’encontre de Guy Scarpetta. Pour des raisons dont le lecteur ignore tout, et dont il n’a cure. C’est l’attitude typique des petites chapelles refermées sur elles-mêmes, aveugles et sourdes à leur entourage, au monde, et en l’occurrence à leurs clients…

Le communiqué échoue à nous persuader que Guy Scarpetta a fait plus que lancer quelques pichenettes, au plus quelques petites «attaques contre Richard Leydier». En pareil cas, une rédaction respectueuse de ses lecteurs — ou incapable d’élever le débat —, laisse faire, parce que ce n’est pas si grave. Parce que publier un magazine expose fatalement aux critiques, et oblige à accepter qu’elles puissent être défavorables.
A moins d’être persuadé de sa propre infaillibilité, et par conséquent de la totale illégitimité à être égratigné par ces «très petits morceaux» de papier ou d’internet, gratuits et impertinents de surcroît, qui pointent leur nez à l’horizon.
Les pensées, les actes et les écrits de Richard Leydier sont-ils d’un degré

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