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ÉDITO
André Rouillé
La revanche du sacré
05 juin 2008
Numéro 239



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dans leur sujet.

Tout cela crée une curieuse atmosphère de nostalgie des temps d’avant la mort de Dieu, et révèle l’immense désarroi existentiel du dernier homme, c’est-à-dire de l’homme sans Dieu. «Qu’est-ce que c’est […] l’homme, après ça ? Sans Dieu, je veux dire, et sans vie future ?», interroge Dostoïevski cité par Jean de Loisy.

Mais les enjeux esthétiques de la sécularisation de l’art et des nouveaux périmètres du sacré ne sont pas clairement pris en compte. Le Romantisme, qui sert de socle à l’édifice, n’est pas caractérisé de façon opératoire, alors qu’Alain Badiou a défini (ailleurs) de façon très pertinente le Romantisme comme une «religion esthétique» pour laquelle «l’art est la descente de l’infini de l’Idéal dans la finitude de l’œuvre», et l’artiste cet officiant sublime, créateur d’œuvres sacrées.
Faute d’une position aussi forte, il devient impossible de (faire) comprendre que la sécularisation atteint l’art du XXe siècle par la désacralisation de l’œuvre autant que par la destitution de l’artiste; impossible, également, d’apprécier comment recule, résiste et se transforme le sacré dans l’art; impossible, enfin, d’adopter une approche résolument esthétique et d’éviter l’impasse thématique.

Mais l’essentiel pourrait bien être ailleurs. Moins dans l’exposition elle-même que dans le fait qu’elle se tient actuellement, à un moment de retournement supposé de conjoncture mondiale qualifié par les organisateurs de «désécularisation», et après l’arrivée en France d’un pouvoir fortement tenté de rapprocher la politique et la religion par-dessus les lois organiques de la République sur la laïcité et la séparation de l’église et de l’État.
La très doctrinaire contribution de Mark Alizart (par ailleurs responsable de l’édition du catalogue), éloquemment intitulée «Traces du sacrilège. Grandeur et déclin du matérialisme au XXe siècle», donne le ton de ce qui pourrait bien être une très vindicative et très politique revanche du sacré.

Il faut à cet égard faire une précision qui est loin d’être anodine. Par sa partialité, ses approximations et sa brutalité rhétorique, le texte de Mark Alizart est plus un brûlot idéologique qu’une réflexion. Sans prendre la peine d’argumenter, maniant à l’excès le copier-coller, l’auteur liste des éléments disparates de pertinence discursive inégale. Plus encore, de façon méprisante pour le lecteur et scandaleuse pour la pensée, Mark Alizart cite. Ou plutôt, il recopie sans vergogne, déléguant à d’autres le soin de penser à sa place.
Dans le chapitre «Les paradoxes de la sécularisation», qui comprend 42 lignes (4200 signes), les citations s’étalent sans interruption sur 32 lignes (3200 signes); dans «Le désenchantement du monde», sur 39 lignes, 33 lignes sont des citations continues; dans «Les derniers hommes» le ratio est de 64 lignes, dont 33 lignes de citations, etc. Sous les auspices de Mark Alizart, on est tour à tour plongé dans de longs passages de Max Weber, Marcel Gauchert, etc.

Rédigé à la hussarde, sans même le souci de sauver les apparences (on appréciera la rigueur du chapitre «De Marylin à Marie»), ce texte, qui s’oppose à l’option majeure du projet de disjoindre le sacré et la religion, et qui vient conclure le catalogue, trace manifestement la ligne politique de cette exposition.
Il s’agit de soutenir que les années 1980 inaugurent un «retour du religieux» inséparable d’un «déclin de l’irréligiosité» provoqué, lui, par la défaite historique des trois principaux ennemis de la religion au XXe siècle: «L’athéisme rationaliste, hérité des Lumières, l’antireligion politique, d’inspiration communiste, et l’irréligion de fait, qui a souvent pris le nom de nihilisme».

A partir de là, Mark Alizart se met à rêver d’un monde libéré du matérialisme «sacrilège». Assurément un monde chrétien dont il souligne visuellement les contours en ouvrant et fermant son article par deux semblables portraits en pleine page, l’un de Jean-Paul II («Man of the year»), l’autre de Martin Luther.
Plus précisément, de ce monde, le protestantisme serait la force maîtresse. Lui qui, affirme Mark Alizart, a inspiré les démarches des artistes des années 1980 qui n’ont fait que «rejouer la partition du protestantisme qui structure sourdement la société moderne» (chapitre «Protestantisme et postmodernité»).

Ainsi se présente, imaginé par Mark Alizart, ce monde

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