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ÉDITO
André Rouillé
La culture à l’ère de la gouvernementalité
21 févr. 2008
Numéro 225



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politique, pour instrument technique essentiel les dispositifs de sécurité» (Michel Foucault).

 

Les formes de la nouvelle «gouvernementalité» ont été très nettement stipulées à la ministre de la Culture dans la lettre mission qu’elle a reçue le 1er août 2007. Il lui a ainsi été explicitement notifié que sa «première mission est de mettre en œuvre l’objectif de démocratisation culturelle. Celle-ci ayant globalement échoué parce qu’elle ne s’est appuyée ni sur l’école, ni sur les médias, et que la politique culturelle s’est davantage attachée à augmenter l’offre qu’à élargir les publics».

Dans ce cadre, elle devra concevoir les «modalités d’un partenariat pérenne» avec le ministère de l’Éducation nationale, et «proposer les modifications souhaitables de structures» aux chaînes de France Télévisions.

Mais la ministre a surtout été invitée à procéder à une inversion complète de la politique menée depuis plusieurs décennies par son ministère en privilégiant désormais «les publics» (la population) plutôt que les créateurs («l’offre»). Notamment en «veillant à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public».

 

L’État continuera certes à soutenir la création, mais avec pour critère «les attentes du public» (la population), avec pour condition que «chaque structure subventionnée rende compte de son action et de la popularité de ses interventions», et avec pour règle celle qui consiste à «fixer des obligations de résultats et à empêcher la reconduction automatique des aides et des subventions».

 

A la différence de la création, qui est d’ordre qualitatif, le public se mesure, se calcule, se compte («La question des chiffres de fréquentation sera l’un des thèmes de travail», annonce la ministre aux Entretiens de Valois). De la création au public, on passe de la qualité à la quantité. On place la politique et les choix culturels sous les fourches caudines de l’économie politique, c’est-à-dire sous le pouvoir d’un savoir extérieur à la culture. C’est cela la «rupture».

 

A «l’ère de la gouvernementalité», la culture est soumise aux valeurs de l’entreprise, du marché, de la marchandise, de la concurrence. Désormais, martèle la ministre, «l’État n’a pas vocation à intervenir partout et à tout niveau. L’État n’a pas vocation à participer de façon pérenne à tous les projets».

Cette situation, qui a pris forme au cours des dernières années, est devenue, avec la dernière élection présidentielle, la règle régissant en profondeur l’activité de la culture en France. Il ne s’agit pas seulement pour l’État de faire des économies, comme on l’entend souvent dire, mais d’«exercer une forme bien spécifique, quoique très complexe, de pouvoir» (Michel Foucault).

 

Les institutions culturelles publiques ou subventionnées sont désormais contraintes de trouver par elles-mêmes des ressources qui leur venaient auparavant de l’État. Ces ressources, elles doivent apprendre à les recueillir, soit auprès des collectivités territoriales, soit auprès des entreprises privées par le biais du mécénat, soit par la création de services, de produits ou d’activités commerciales propres.

 


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