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ÉDITO
André Rouillé
De la politique dans l’art : l’île Seguin et Le 104
31 janv. 2008
Numéro 222



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se manifeste au contraire dans des manières de faire, de voir et de faire voir qui s’actualisent dans des dispositifs.
L’Ile Seguin est un dispositif de visibilité des œuvres. Le 104 également, mais différent. Et c’est par leurs différences esthétiques que ces deux dispositifs s’opposent politiquement.

Le «jardin de sculptures» est réactionnaire. Non pas à cause des œuvres qu’il pourra rassembler, ni du soutien d’un Président de droite, mais parce que ce projet est arc-bouté aux conceptions les plus passéistes concernant des questions et des pratiques aussi vives que l’art, les œuvres, les spectateurs, le regard, etc. C’est par ses dimensions esthétiques que le «jardin de sculptures» est politiquement réactionnaire.
Quant au 104, il n’est pas plus socialiste que l’Ile Seguin n’est UMP. Mais il est progressiste par sa façon de considérer l’art et la création dans des termes renouvelés, en résonance avec les pratiques et les débats esthétiques les plus avancés d’aujourd’hui.

Alors que le «jardin de sculptures» trahit, dans sa dénomination même, un repli caricatural sur le passé, les responsables du 104 sont, eux, résolument à la recherche de directions inédites, ouvertes vers l’avenir. «Nous voulons poser la question de la recherche artistique» parce que, précisent-ils, «il nous était devenu impossible de travailler comme nous le faisions auparavant» (Art Press, fév. 2008).

C’est pour faire face à cette situation que le 104 a été conçu comme «un outil adapté aux conditions de la création contemporaine». Un outil pour agir avec et sur la création contemporaine, c’est-à-dire pour contribuer à l’invention d’une «proximité entre le destinataire  et les artistes», pour remettre en cause le marché comme «ultime étalon de la création», ou pour redéfinir le périmètre des œuvres en considérant que «le cheminement de la recherche est déjà de l’œuvre».

Les édiles municipales ont bien compris les bénéfices politiciens qu’elles pouvaient retirer de ces dynamiques esthétiques éminemment politiques, au sens non politicien d’une reconfiguration, par l’art, de nos manières de voir, de sentir, de faire, et de considérer le monde.


André Rouillé


-------------------
Les propos de Frédéric Fisbach et Robert Cantarella, directeurs du 104, sont extraits de leur interview parue dans Art Press (fév.

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VOS RÉACTIONS
4 réactions


r.labrunye
Propos caricaturaux
Votre propos est caricatural à souhait! le prisme politicien (la gauche c'est bien la droite c'est réac) par lequel vous analysez ce sujet est ridicule.

Vous avez pu voir le projet de l'ile Seguin défendu par l'UMP à Boulogne dans le Figaro de vendredi dernier. Ca n'a rien d'une jardin des sculptures!

http://www.pcbaguet.com/PDF/080215lefigaroun_projet_altern.pdf C'est un ensemble d'activités liées à la Culture et aux médias, mêlant équipements publics et investissements privés.
20 févr. 2008

Yvain Bornibus
2 remarques
Deux remarques à propos des projets pour l’île Seguin.

1/ La sculpture dans un espace public est la plus démocratique des formes de diffusion de l’art. Offerte aux regards de tous, elle ne fait pas de discrimination dans le public. Quel que soit son prix et son financement initial elle sort l’œuvre du ghetto de l’argent et du marché. Pour la collectivité, elle n’engendre pas de frais d’immobilier et de personnel. Elle inscrit l’art au cœur du quotidien. La forme du Parc est différente, elle suppose une démarche volontaire du public. Des parcs de sculpture sont courants dans de nombreux pays occidentaux et depuis longtemps, rares en France. L’immobilité et le silence de l’œuvre dans la vie de la cité, la contemplation du regardeur, l’exposition aux saisons, à la lumière naturelle et à la durée sont-ils réactionnaires ?
Les œuvres de commande réalisée pour une institution aux mains des petits marquis de la culture, seconds couteaux des grandes écoles, laquais du pouvoir politique ou financier, un diplôme d’histoire de l’art en accessoire comme sésame pour s’octroyer les postes de direction des équipement de diffusion au profit d’une caste d’artistes cooptés qui tournent en rond dans le circuit fermé international, sont-elles progressistes ?

2/ « Rendre visible l’invisibilité du processus de création » me semble un leurre dangereux. On ne s’intéresse plus qu’aux coulisses. L’atelier de l’artiste est un sanctuaire, ce qu’il y met en jeu ne saurait être donné en spectacle et quoi qu’il en soit ce qu’on y verrait ne saurait rapprocher le regardeur de l’œuvre, mais au contraire installer la confusion. Ce projet relève du mauvais côté de l’animation culturelle, celui qui détourne le public d’une expérience et d’un travail intime à partir de l’émotion du contact avec l’œuvre pour y substituer un discours explicatif, de communication, univoque. On délaisse la question du sens de l’œuvre, du pourquoi, pour la remplacer par celle du comment. Les œuvres d’art posent des questions auxquelles chacun ne peut répondre qu’à partir d’une expérience personnelle et d’un vécu unique, c’est ce qu’elles créent par ce lien individuel, par le champ de questions qu’elles ouvrent en chacun, qui justifie leur place et leur importance. On peut ensuite se demander comment elles opèrent pour ouvrir ce champ nouveau, qui nous appartiendra en propre définitivement et, par ce travail, contribuer à notre émancipation. Mais, expliquer où rendre accessible le processus créateur n’a rien à voir avec se demander comment elles opèrent en nous. Le spectacle de la conception de l’œuvre est en grande partie anecdotique, il relève du divertissement, pour peu qu’il s’accompagne d’un discours officiel explicatif, il est aliénant par ce qu’il entretiendra l’illusion d’une connaissance, d’un savoir et donc, éludera les vraies questions évoquées précédemment.

Les péripéties du comment, vous ne cessez de les commenter, avec talent, dans vos éditoriaux et elles sont l’occasion de réflexions pertinentes sur l’état de notre société. Heureusement il y a des projets qui échappent, avec le temps, aux enjeux qui les ont vus naître. La sculpture est conçue pour voyager dans le temps. Ce qui devient rare à l’époque d’un art de plus en plus éphémère, prisonnier de technologies obsolètes au bout d’un lustre, accès sur le commentaire, la chronique au jour le jour et l’anecdote courtisane.Les productions les plus en vues passent des l’ateliers aux plus grandes collections privées après un détour dans un lieu institutionnel qui les labellisent et tentent d’ imposer à tous ce qui n’est que le (mauvais) goût des riches et devient avec la complaisance d’un pouvoir politique et médiatique à leur service, le modèle.
Cordialement
Yvain Bornibus
02 févr. 2008

Marie
réaction
Attention cependant de ne pas ingérer et recracher (sans le remettre en question) tel quel le discours des futurs directeurs du 104 sur l'aspect hyper novateur du projet. Cette initiative n'est ni nouvelle ni isolée: n'est ce pas plutôt un compromis entre la Friche Belle de Mai et la Villa Médicis?
01 févr. 2008

peutimporte
Arretons d encenser le 104
Il faut arreter d'encenser un lieu, le 104, qui serait la forme la plus aboutie et pertinente de l'art contemporain a Paris.
Nous n'avons pour l'instant que de beaux mots et de grandes déclarations de la direction de cet établissement. L'histoire du 104 appellerait plutôt qu'il puisse être le fossoyeur de l'art.
01 févr. 2008


 



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