Andres Serrano

Andres Serrano

Andres Serrano — né le 15 août 1950 à New York (USA). Vit et travaille à New York.

Andres Serrano est un artiste contemporain américain. Ses photographies couleur donnent de l’espace aux corps : portraits, dépouilles, mises en scène reprenant des motifs religieux catholiques… Andres Serrano explore les traces du sacré jusque dans l’improbable : les cadavres et les excréments. En France, son œuvre la plus connue reste probablement Immersion (Piss Christ), de 1987. La photographie d’un Christ en croix, baigné d’une lueur dorée. Il s’agit en réalité d’un crucifix immergé dans de l’urine. Cette photographie a été vandalisée en 2010 lors de l’exposition « Je crois aux miracles » en Avignon (Collection Lambert). Et en 2011, des associations intégristes catholiques ont exigé sa censure pour cause de « blasphème ». Mais pour autant, il serait réducteur de voir en Serrano un provocateur potache s’en prenant frontalement au christianisme.

Andres Serrano : donner pleine chair

L’ambiguïté du rapport au sacré, chez Serrano, dépasse la plaisanterie pour glisser vers le consensuel. Dans les œuvres d’Andres Serrano une aura se dégage, même de l’excrémentiel. Immersion (Piss Christ) ; Freudian Shit (Shit) en 2007 ; Magdalena (Holy Works) en 2011… Avec Andres Serrano la chair et ses émanations surgissent en gros plan. Que ce soit via un plan rapproché de déjection ou via un plan rapproché du ventre plein d’une femme enceinte, le regard ne saurait se détourner. Dans la série The Morgue (1992), Serrano propose des photos, très calmes, de cadavres. De morceaux de corps autopsiés. Des morts certes, mais des personnes, encore. Plus proches d’un sommeil sans rêve que de la pulsion des visions d’horreur. Ainsi, les portraits d’Andres Serrano traque la personne jusque dans le fragment.

Photographier hors du verbal

Sa série America (2001-2004) est une série de portraits d’Américains. Présentée comme étant une réponse aux attentats du 11 septembre 2001 à New York, America singularise des personnes, sans autre forme de discours. Comme une manière de chercher l’incarnation d’un pays. Depuis la fin des années 1960, Andres Serrano explore ainsi les images du désir, de la mort, de la psychanalyse et du religieux. Éros et Thanatos ou la Passion du Christ : des noms différents pour une même chair, avec ses lois propres. Ce qui frappe dans le travail de Serrano, c’est probablement cette précision, cette maîtrise à travailler au-delà du verbe. Cette forme de savante « immédiateté » qui est l’un des éléments les plus déstabilisants du travail de Serrano. Par ailleurs tant sujet à controverse.