DANSE | SPECTACLE

Humanoptère

02 Fév - 17 Fév 2018

Entre danse contemporaine et cirque actuel, le jonglage de Clément Dazin s'empare de la question du travail. La pièce Humanoptère, pour sept jongleurs, déploie ainsi sur scène ses interrogations. À la lisière de l'existentialisme et de la sociologie : un spectacle poétique et terre-à-ciel.

Avec le spectacle Humanoptère, le chorégraphe Clément Dazin (Cie La Main De l’Homme) présente une pièce chorégraphique pour sept jongleurs. Entre cirque actuel et danse contemporaine, Humanoptère s’empare ainsi de la très sérieuse question du travail. Pour la traiter par le biais, non moins sérieux, du jonglage. « Faut-il jongler plus pour gagner plus ? Quand tout va trop vite, faut-il s’arrêter ou s’acharner ? » À l’absurde du travail contemporain, Humanoptère répond par la dextérité. Avec une pièce à la fois sombre et aérienne, où les balles peuvent parfois se transformer en projectiles. En mode David, contre le Goliath du travail. Bête de somme ou bête de foire et cirque, l’humanoptère de Clément Dazin est cette entité contemporaine qui questionne son aliénation et son émancipation. Sur une composition musicale de Grégory Adoir, où l’organique côtoie l’électronique.

Humanoptère de Clément Dazin : le jonglage chorégraphique à l’assaut du travail

La composition sonore d’Humanoptère est duale, comme le spectacle : entre électro industrielle et nappes aériennes. Une ambivalence déjà en acte dans le titre de la pièce, puisque le suffixe –ptère vient de grec pteron, pour « ailes » (comme dans diptère, coléoptère, hélicoptère…). La créature Humanoptère : un humain ailé, tel l’infatigable Icare défiant la mise en garde de son père, Dédale ? Ou un jongleur qui ne peut s’envoler qu’à la condition d’avoir les pieds bien ancrés dans le sol ? Martellements répétitifs et gracieuses envolées composent ce spectacle à la fois terrien et aérien. Travail acharné pour quelques instants de suspension, de grâce : le jeu en vaut-il la chandelle ? Entre esclaves et insectes ailés, les jongleurs d’Humanoptère auscultent ainsi l’absurde du travail. L’effet de la répétition sur les corps, et la violence qui se transmet par le martellement hargneux, toujours plus rapide et stroboscopique, des rythmes industriels.

Poétique de l’absurde : le cirque et la danse, entre aliénation et envol

Déployant tour à tour sur scène les figures de l’individu ou du groupe, Humanoptère compose des espaces par le biais de la lumière, notamment. Volumes isolants où la pénombre côtoie de brèves illuminations par flash, la lumière y compose un décor mi-mélancolique, mi-inquiétant. Une émeute de travailleurs, une armée de jongleurs, une meute d’Icares dévorés par le désir de fuir au soleil… La pièce livre ainsi une myriade d’évocations possibles. Poétique sombre sans être sordide, avec Clément Dazin le jonglage s’offre une dimension existentielle. Et comme dans les pièces de Samuel Beckett, l’atmosphère d’Humanoptère est empreinte d’une élégante mélancolie interrogative. Ou pour le dire avec les mots de Clément Dazin : « Humanoptère n’est pas une réponse, mais une tentative de sublimer notre effort au travail et ainsi questionner notre engagement dans nos métiers, nos fonctions sociales, comme individu et comme groupe ».