PARIS-ART: art contemporain, photo, vidéo, design, danse en France - Annonces et critiques sur l’actualité en France de l’art contemporain, photo, vidéo, design, danse, livres sur l’art   CONTACT : PARIS-ART: art contemporain, photo, vidéo, design, danse en France - Annonces et critiques sur l’actualité en France de l’art contemporain, photo, vidéo, design, danse, livres sur l’art   PARIS-ART: art contemporain, photo, vidéo, design, danse en France - Annonces et critiques sur l’actualité en France de l’art contemporain, photo, vidéo, design, danse, livres sur l’art
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Pink Peach
Natalia Grigorieva


Ta-daaaa!

http://expofragile.canalblog.com/ Et surtout Joyeux Noël!

Ça va émerger de partout…

Après cette longue plage de silence, je peux le dire : mon absence qui pesait, paraît-il, si lourd à mes fans que maintenant ils souffrent de déshydratation à force d’avoir pleuré toutes les larmes de leur corps, était justifiée. En effet, j’étais en pleine préparation d’une expo qui se tiendra en janvier 2007 à La Générale (19ème) et s’intitulera FRAGILE.
Et voici les artistes qui seront exposés :
Marianne Batlle
Pascal Bircher
Karine Bonneval
Rodolphe Huguet
Frédéric Léglise
Li Tianbing
Pascal Pillard
Jean-Michel Pradel-Fraysse
Zhe Fan

Je reviens dès que j’ai fini de me battre avec le plan médias.

La photo, c’est chiant

Du moins, elle le sera à Paris au mois de novembre. De passage à la Maison Européenne de la Photographie (où se tiendra dès mercredi une merveilleuse exposition de vieilles paperasses) je me procurai le dossier de presse du Mois de la Photo… Au programme : du vieux, des photographes exhumés d’on ne sait où, du déjà vu… Et quelques exceptions avec des sous-Nan Goldin et une poignée de célébrités. Je baille d’ennui rien qu’en y repensant. Soyez prêts à dégainer votre Reactine, votre Ophtacalm et votre Zyrtec ! Car autant de poussière provoquera des allergies. Henry Chapier semble déjà s’en excuser par le biais d’un texte commençant par : « De toute évidence, le Mois de la Photo à Paris 2006 est saisi par la tentation encyclopédique. » En même temps, je ne vois pas ce qu’on aurait pu trouver d’excitant sur le thème de « La Page Imprimée ».
Et puis, en règle générale, dès qu’il est question de photographie, on finit toujours par parler d’ « enregistrement », de « témoignage », de « preuve crédible de l’existence du réel »… C’est lassant à la fin…
Tout ça pour vous annoncer fièrement, ma collaboration avec Ynox, un magazine spécialisé en photographie et dont le prochain numéro de la nouvelle formule sortira début décembre. Je sais ce que vous pensez. Mais je ne suis pas à une inconséquence près.

Tsunami

On l’attendait impatiemment, ça y est : après l’exposition de cet été au musée d’art contemporain de Lyon, il est temps de découvrir la nouvelle oeuvre de Kader Attia au Magasin de Grenoble. Spécialement créé pour la « rue », c’est-à-dire l’espace central sous la verrière, Tsunami est une vague en tôle d’aluminium aux dimensions du raz-de-marée qui a endeuillé les côtes de l’océan indien en décembre 2004 : 14 mètres de largeur, 40 de longueur et 13 de hauteur à son point culminant.
Curieusement, le point de départ de cette œuvre se situe sur un autre continent. En effet, la tôle est un matériau qui s’est révélé à Kader Attia lors d’un séjour en Afrique. Alors que son avion descendait sur Lubumbashi, l’artiste fut submergé par la vision d’une marée de cases aux toitures en acier ondulé. Ses courbes et ses creux qui lui suggéraient les mouvements de la mer, Kader Attia les a multipliés et amplifiés pour édifier une vague géante.



Kader Attia
Tsunami, 2006
Tôle ondulée, néons, 40 m x 14 m x 13 m
Crédit photo : Ilmari Kalkkinen / Magasin, Grenoble

Le Tsunami se dresse dans un silence parfait, mais une fois les yeux fermés, émergent toutes ces images dont on s’est gavé des mois durant. Le cerveau restitue la boue, les cris, les cadavres, les tôles ondulées… Ces tôles qui ont joué un rôle macabre en arrachant des bras, des jambes, des têtes… On rouvre les yeux et tout est silencieux, immobile. Sur les ondulations de la vague figée jouent les rayons de soleil. Pourtant, face à ses 13 mètres de hauteur, on ne peut s’empêcher de penser à sa propre mort. Ou plutôt, à l’instant d’avant et à un drôle de sentiment parfaitement limpide où l’on comprend que c’est fini, que toute résistance serait vaine, qu’il n’y a plus que quelques secondes à attendre. Ces quelques secondes où, paraît-il, on voit défiler sa vie.



Kader Attia
Tsunami, 2006
Tôle ondulée, néons, 40 m x 14 m x 13 m
Crédit photo : Ilmari Kalkkinen / Magasin, Grenoble

Le Tsunami de Kader Attia se déploie parallèlement aux délires d’un goût douteux de Jonathan Meese. Fidèle à lui-même, ce dernier est l’auteur d’un chaos méticuleusement organisé qui occupe la moitié de l’espace du Magasin. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, les œuvres des deux artistes s’organisent en une symbiose étonnante. Si le Tsunami, au-delà du drame au quel il fait directement référence, peut être envisagé comme une métaphore du désarroi humain et de l’échec d’une certaine politique, les extravagances de Meese ne tournent qu’autour de lui-même et de ses angoisses. Ainsi, le contraste met en valeur les créations des deux artistes : la sobriété et l’élégance, l’aspect politique et social de Kader Attia sont soulignés par le déluge de formes et de couleurs, par les délires nombrilistes de Jonathan Meese. Les deux artistes sont chacun à une extrémité de l’échelle qui relie l’universel au personnel, la douleur du monde à celle de l’individu.

Un catalogue, première monographie de Kader Attia, est disponible : 112 pages, bilingue français/anglais. Editions JRP-Ringier, Zürich
Exposition du 22 octobre 2006 au 7 janvier 2007

Mieux vaut tard que jamais…

… je suis allée au Plateau voir Practice Zero Tolérance, l’exposition d’Adel Abdessemed. Je ne m’attarderais pas à la décrire scrupuleusement dans son intégralité car quelqu’un s’en est déjà chargé.
Mes sentiments à l’égard du travail d’Adel Abdessemed cultivent le paradoxe. Je mesure son intérêt, sa valeur et son importance. Le XXIe siècle sera placé sous le signe du métissage culturel et du nomadisme qui enrichiront la création artistique. En ce sens, Adel fait partie des précurseurs et je pense sincèrement qu’il aura sa place dans l’Histoire de l’Art sur le long terme. Mais émotionnellement, je me sens frustrée : un bon nombre de ses œuvres m’indiffèrent. Mais pas celle-là :



Adel Abdessemed, Pluie noire, 2006.
Installation, coproduction la Criée centre d’art contemporain, Le Plateau / Frac Ile-de-France, Galerie Kamel Mennour.
Courtesy de l’artiste et Galerie Kamel Mennour, Paris. Crédit photo : Benoît Mauras.

Pluie Noire (2006) est une version plus impressionnante de Travaux (2005) que l’on a pu admirer chez Kamel Mennour en automne dernier. 51 forets de perceuse surdimensionnés, de dimensions variables, sculptés dans le marbre se dressent comme une armée. La vision de ces tiges noires me renvoie à un passage de l’Ecume des Jours de Boris Vian, roman d’une tristesse infinie et déprimant à souhait.
Le personnage principal, Colin, est au bord du gouffre financier : lors du voyage de noces, un nénuphar s’est logé dans le poumon de sa dulcinée et la tue à petit feu. Pour réunir l’argent nécessaire pour les soins, il est contraint de travailler. Et un des boulots improbables auxquels il s’essaie consiste à faire pousser des canons de fusils.

"Un vieil homme en chemise blanche, les cheveux embroussaillés, lisait un manuel derrière son bureau. Des armes variées pendaient au mur, des jumelles brillantes, des fusils à feu, des lance-mort de divers calibres, et une collection complète d’arrache-cœurs de toutes les tailles.
— Bonjour, monsieur, dit Colin.
— Bonjour, monsieur, dit l’homme.
Sa voix était cassée et épaissie par l’âge.
— Je viens pour l’annonce, dit Colin.
— Ah ? dit l’homme. Voilà un mois qu’elle passe sans résultats. C’est un travail assez dur, vous savez…
— Oui, dit Colin, mais c’est bien payé !
— Mon Dieu ! dit l’homme. Cela vous use, voyez-vous et cela ne vaut peut-être pas le prix, mais ce n’est pas à moi de dénigrer mon administration. D’ailleurs, vous voyez que je suis encore en vie…
— Vous travaillez depuis longtemps ? dit Colin.
— Un an, dit l’homme. J’ai vingt-neuf ans.
Il passa une main ridée et tremblante à travers les plis de son visage.
— Et maintenant, je suis arrivé, voyez-vous… je peux rester à mon bureau et lire le manuel toute la journée…
— J’ai besoin d’argent, dit Colin.
— Cela est fréquent, dit l’homme, mais le travail vous rend philosophe. Au bout de trois mois, vous en aurez moins besoin. […]
— Voilà, dit l’homme. Entrez, je vais vous expliquer le travail.
Colin entra. La pièce était petite, carrée. Les murs et le sol étaient de verre. Sur le sol, reposait un gros massif de terre en forme de cercueil, mais très épais, un mètre au moins. Une lourde couverture de laine était roulée à côté par terre. Aucun meuble. Une petite niche, pratiquée dans le mur renfermait un coffret de fer bleu. L’homme alla vers le coffret et l’ouvrit. Il en retira douze objets brillants et cylindriques avec un trou au milieu, minuscule.
— La terre est stérile, vous savez ce que c’est, dit l’homme, il faut des matières de premier choix pour la défense du pays. Mais, pour que les canons de fusils poussent régulièrement, et sans distorsion, on a constaté, depuis longtemps qu’il faut de la chaleur humaine. Pour toutes les armes, c’est vrai, d’ailleurs."

Les canons de fusils naissant de la chaleur humaine et de la chair m’ont toujours interpellée, certainement à cause de la sensualité tactile dont je les imaginais dotés. Les forets d’Adel Abdessemed m’interpellent de manière similaire. Je suis partagée entre une irrésistible envie de tendre la main pour caresser le marbre lisse et froid et une peur sourde d’être contaminée par ce contact, de me figer sur place, de me transformer, moi aussi, en une de ces silhouettes sans vie. Les canons et les forets suggèrent la même idée : l’humanité engendre l’inhumanité. Des objets destinés à détruire vident l’homme de son essence, génèrent l’angoisse, laissent deviner la menace latente d’une répression sanglante.

PS : pour les petits curieux, Colin fait pousser des canons défectueux, Chloé meurt, Chick se prend une balle dans la tête, Alise plante un arrache-cœur dans la poitrine de Jean-Sol Partre et la souris se suicide. Bref, l’Ecume des Jours me fait chialer comme un veau.

Le nu et Léglise

Lorsque j’ai découvert le carton d’invitation au vernissage de "Who’s Afraid of Pink ?", la nouvelle exposition chez Deborah Zafman, j’ai failli mourir de rire (ses cartons d’invitation sont toujours très drôles et parfois même très provocants). Le peintre, tel l’homme de Cro-Magnon armé d’un pinceau, agrippe la femme aux allures de diva américaine (Deborah herself) par les cheveux et la traîne dans sa caverne pour la peindre.



(photo Michel Gouéry)

Mais une fois la crise de rire passée, je me suis demandée sincèrement ce qu’il fallait penser de la peinture, principalement des nus féminins, mais aussi quelques autoportraits, de Frédéric Léglise. Je me le demandais encore lorsque j’étais dans la galerie.
A vrai dire, je n’ai plus été aussi émue, voire troublée, par la représentation de corps féminins depuis l’exposition de Lamia Ziadé chez Kamel Mennour. Mais si cette dernière m’a eue par surprise, installant une sorte de connivence en illustrant ce que j’imaginais, je me demande de quel subterfuge a usé Frédéric Léglise pour que je pense à ses nus encore maintenant.



Frédéric Léglise
Jill, Emilie And Valentine In My Studio, 2006
(photo Alberto Ricci)

C’est tellement rose que ça devient presque caricatural, la technique est discutable… Mais ce qui est particulièrement appréciable est l’habilité avec laquelle l’artiste évite soigneusement deux dérives qui généralement menacent le thème du nu : l’agressivité et l’académisme. Ces peintures font souffler un vent de respect, de décontraction et de douceur… qui n’est pas sans présager autre chose, sans poser la question du rapport qu’entretient le peintre avec ses modèles. Et puis surtout, j’y ai reconnu l’idée que je me fais de la femme d’aujourd’hui : féminine, piquante, sûre d’elle et de son pouvoir, indépendante, intransigeante, mais qui sait également, pour le plaisir du jeu, enlever ses vêtements et se soumettre au regard de l’homme.
Cette femme sans complexes d’infériorité, à l’aise avec son corps et la réalité de celui-ci, ne cherchant pas vainement à remplacer l’homme mais à s’affirmer tout en exigeant le respect, cette femme-là me plaît énormément. Encore plus si c’est un homme qui l’a immortalisée.
Il n’y a qu’une chose qui ne va pas dans ce travail : Frédéric Léglise ne peint que des brunes et ça, c’est scandaleux…

Galerie Deborah Zafman
48, rue Chapon - 75003 Paris

So Slick !

Oyé, oyé ! Je profite de mon blog pour annoncer la toute nouvelle et toute pimpante Slick Contemporary Art Fair qui se tiendra du 27 au 30 octobre. Ça promet d’être pétillant et parfumé alors précipitez-vous sur son site internet et prenez en note sur vos agendas.

Jouons avec Tonton Dédé



Olivier Masmonteil, Stiller Sturm, 2006. Huile sur toile. 180 x 200 cm. Courtesy galerie Suzanne Tarasiève, Paris. Photo : Jean-Louis Losi.

Malgré mes bonnes intentions, le week-end n’a pas été très productif. Voilà l’unique fruit de mes efforts.
Il s'agit d'une critique de la nouvelle exposition, intitulée «Pêcher l’eau», du peintre Olivier Masmonteil à la galerie Suzanne Tarasiève (171 rue du Chevaleret, 13e). Son travail récent me plaît énormément, car, à mes yeux, il célèbre la symbiose du classique et du contemporain (phénomène que l’on n’observait pas dans ses oeuvres antérieures).
Mais la relecture de ce papier me plongea dans une certaine perplexité. Afin d'extérioriser mes émotions, j’eus l’idée d’un petit jeu pour les journalistes en herbe et, plus globalement, tous ceux qui veulent parfaire leur style. C’est un jeu en deux parties.
Première partie : Dans cet article, une règle fondamentale de l’écriture journalistique a été bafouée. Laquelle ?
Deuxième partie : Découpez l’article en plusieurs morceaux et remettez-le dans l’ordre initialement prévu par l’auteur. Le gagnant recevra un prix. Evidemment, je ne dis pas lequel.
Bref. Je ne suis pas particulièrement fière de cet article. Cela me chagrine d’autant plus que j’apprécie Olivier Masmonteil non seulement en tant que peintre, mais également en tant que personne.

J’ai peur…

A vos agendas tout le monde : demain, jeudi 14 septembre, à 19h30 précises, c’est l’intronisation de Marc-Olivier Walher au Palais de Tokyo. Et on nous promet un "ballet de mini-motos" et un "concours international de sculpture à la tronçonneuse"… J’éclate en sanglots tout de suite ou j’attends de voir à quoi ça va ressembler ? Car on ne sait jamais. Cela sera peut-être l’occasion d’une cérémonie hors du commun. Imaginez un peu :
Sous les yeux d’un public ébahi, une douzaine de motards en tutu, chevauchant des mini-motos multicolores, exécutent des stunts défiant les lois de la gravité avec, pour fond sonore, La Grange joué live par ZZ Top.
Quand tout à coup… un performer disjoncte et se met à écraser ses petits camarades un par un. Lorsque ces derniers sont tous réduits en bouillie, le motard fou réalise un triple loop arrière, puis s’immobilise au milieu de la piste. D’un geste gracieux, il se débarrasse de son casque et… Whoaaa !!! C’est Marc-Olivier Walher !! Salve d’applaudissements, tonnerre de « bravos », tourbillons de paillettes. Emu aux larmes, le nouveau directeur salue et envoie des bisous aériens pendant que Jeff Koons et Matthew Barney entonnent Like a virgin.
Puis, clou du spectacle : concours. Les participants sculptent à la tronçonneuse l’effigie de Marc-Olivier Walher en 20 minutes chrono, les yeux bandés. L’œuvre du gagnant trônera à l’entrée du Palais et les visiteurs déposeront des offrandes à ses pieds.
Bref. Demain soir j’ai envie de voir une représentation absurde, un show improbable à l’américaine, une ode au n’importe quoi, quelque chose d’une bouffonnerie navrante et d’un goût plus que douteux, du tragi-comique, du grotesque et surtout du totalement idiot. Qui aurait le mérite d’être drôle et incompris.

Un déluge de Campari plus tard…

Hier soir, vernissage sur vernissage dans tout Paris. Un feu d’artifice. On m’a vue dans le Marais où je fis quelques découvertes qu’il me semble intéressant de relater.
J’ai visité le nouvel espace d’Almine Rech (19 rue de Saintonge). C’est grand, c’est blanc, c’est beau et ça abrite une exposition de Ugo Rodinone jusqu’au 7 octobre.
Dans la rue Saint-Claude qui était intégralement sponsorisée par Campari, j’ai découvert la galerie LH qui vient d’ouvrir ses portes. Pour vous présenter ce nouveau lieu, j’ai trouvé quelque chose qui ressemble vaguement à un communiqué de presse :
« Julien Labrousse, Michaël Huard et Persephone Kessanidis sont heureux de vous annoncer la naissance prochaine de leur nouvel espace d’exposition. La Galerie LH, située au 6, rue Saint Claude dans le Marais proposera une programmation artistique essentiellement orchestrée par des intervenants extérieurs : critiques d’art, curateurs, artistes indépendants, collectionneurs, galeries étrangères invitées, ou magazine spécialisés… LH a donc la volonté de devenir une plaque tournante « open minded » ouvertes à tous les vents créatifs. »
Voilà qui est prometteur.
Pour cette exposition inaugurale, la galerie présente une sélection d’œuvres de l’artiste britannique Linder, coordonnée par Jean-Max Colard, critique d’art et responsable de la rubrique « arts » aux Inrockuptibles de son état. D’ailleurs, une brise de rock’n’roll souffle sur le travail de Linder. Je fus tout particulièrement charmée par les sérigraphies de la série « The Lives of Woman Dreaming ». J’espère lire prochainement une belle critique sur Paris-Art.com…
Mais c’est à la galerie Eric Mircher (26 rue Saint-Claude) que je to
mbai sur l’œuvre qui en ce moment, c’est-à-dire, plus de vingt quatre heures plus tard, monopolise toujours mes pensées. La voilà :



En effet, c’est un cœur et les artères qui vont avec. L’auteur est Jean-Michel Pradel-Fraysse, artiste français, né en 1963 à Ussel (Corrèze). Un cœur… Non, vraiment, j’adore. Tout d’abord, parce que l’idée d’un cœur accroché au mur me fait penser à un de ces films mi-gores, mi-comiques. C’est comme si une conquête énamourée et d’humeur mielleuse disait à l’artiste « Mon lapin d’amour, je te donne mon cœur ! » et que ce dernier, faisant fi de la métaphore, prenait cette déclaration au premier degré.
Plus sérieusement, ce cœur-trophée, ce cœur-tête-d’élan-empaillée, me touche et m’attriste presque. Car le triomphe de la consommation passe aussi par la consommation de cœurs, de corps, de sexes sans égard aucun pour leurs propriétaires, denrées de moins en moins respectées. Il faut en accumuler, en essayer de nouveaux, choisir, jeter… L’autre est aliéné de sa qualité d’humain et devient le gibier de la vanité, de la gourmandise et de la cupidité. Alors pourquoi ne pas lui arracher le cœur et le suspendre au-dessus de la cheminée ?
Cette œuvre est dotée d’une puissance de suggestion qui ne peut laisser indifférent. J’y reviendrai dans la critique de l’exposition de Jean-Michel Pradel-Fraysse qui sera en ligne sur Paris-Art.com dès que je l’aurai écrite. En attendant, je crois qu’un cœur comme ça serait parfait au-dessus de mon bureau… Mon anniversaire est le 23 octobre, si jamais quelqu’un veut me faire une surprise…

RIP Rest in Peace

Cela fait un bout de temps que je n’ai rien écrit (oui, je sais, «Houuu!!! C’est la honte!»), mais j’étais très occupée à disséquer mes pulsions patriotiques dans les rues de Genève.
Tout ceci pour dire que de retour à Paris, je me reconnecte doucement à l’actualité artistique. Et je viens de lire quelque chose qui me pique les yeux : cette année, les organisateurs des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles ont trouvé un moyen novateur d’extirper de l’argent aux photographes (qui n’en ont déjà pas beaucoup). Grâce au Photo Folio Review & Gallery, ces derniers pourront rencontrer, pour la modique somme de 220 euros (pour 2 journées, soit 10 rendez-vous; pour cinq rendez-vous supplémentaires les participants seront priés de débourser 110 euros de plus), des experts internationaux de l’image qui, durant 20 minutes précises, parcourront leur portfolio et leur fileront quelques bons tuyaux. En gros, c’est ce que faisaient des lecteurs bénévoles durant des années… le professionnalisme et la rigueur en moins selon les sources du journaliste Hervé Le Goff.
Déjà certains organisateurs de certains festivals plutôt insignifiants avaient eu l’idée de faire payer les photographes pour exposer leurs photos. Mais pour qu’ils s’entendent dire (et j’exagère à peine) «C’est très bien, continuez comme ça» ou «Mouais… Je ne suis pas convaincu», jamais.



Lucien Clergue et Jean-Claude Gautrand sont encore parmi nous, mais s’ils ne l’étaient plus, nul doute qu’ils se retourneraient dans leur tombe.
Vous ne m’entendrez pas m’exclamer «Diantre! C’était mieux avant ! », c’est contraire à ma philosophie: l’évolution est nécessaire (sinon obligatoire) et il vaut mieux parier sur l’avenir en prenant le risque d’échouer lamentablement, que de s’accrocher désespérément aux vestiges du passé. Mais tout de même… Les Rencontres se réduisent de plus en plus à des commissaires starifiés, à la démonstration en grand des prouesses de Hewlett-Packard, des noms que l’on retrouve invariablement dans tous les événements photographiques, à de la poudre aux yeux à tous les coins de rue, et j’en passe… Quant à la mythique place du Forum, elle est de plus en plus désertée au profil de super soirées et de super dîners où il est encore plus super difficile d’entrer qu’au club Le Baron un samedi soir.
Jusqu’à l’année dernière, les plus optimistes pouvaient fermer les yeux et renifler encore quelques effluves de l’esprit d’antan. Cette année, cet esprit, si cher aux fondateurs du festival, est définitivement mort avec les lectures de portfolio payantes. Heureusement que je n’y serai pas pour danser sur les cendres encore fumantes de la générosité qui caractérisait cet esprit des «rencontres»…
D’ailleurs, je réalise que je n’aime plus la photographie… J’y reviendrai dans une prochaine note

PS : A ceux qui souhaitent encore plus de critiques (constructives), je leur recommande cet article d’Hervé Le Goff sur le site Photographie.com qui publie encore des choses intéressantes malgré le fait que je n’y travaille plus…

Du beau, du lard, du bonheur…

Pour ne pas aborder la «Force de l’art» avec du préjugé, j’y suis allée à reculons. Non, je plaisante. J’y suis allée avec du préjugé plein les poches et m’attendant sincèrement au pire.
La première information qui me parvint en arrivant fut que « Adel a démissionné ». Une initiative qui se révèle plus que judicieuse une fois l’exposition visitée. Je ne sais pas qui est le joyeux défaitiste au quel on doit la brillante idée de placer cette œuvre à l’entrée, mais son sens de l’humour est délicieux.
Mais recentrons le débat. Etant donné que d’une part, il est facile de critiquer et que d’autre part c’est un exercice très pratiqué actuellement dans le microcosme de l’art contemporain, j’éviterai de :
— Lister les artistes oubliés
— Lister les artistes à reléguer dans le bac à soldes
— Attirer l’attention sur certaines redondances fâcheuses
— Pester contre la sélection indigeste de certains commissaires qui se reconnaîtront
— Regretter un fil conducteur sans lequel le visiteur le plus déterminé voit sa sagacité fondre comme neige au soleil
— Comparer l’exposition, vue depuis la terrasse de l’espace Bernard Marcadé, avec un triste amas de boîtes à chaussures
— Dénoncer les origines politiques de cet événement dont l’initiateur peut admirer son portrait au détour d’un stand. Un portrait qui, entre nous soit dit, ne l’avantage pas beaucoup.
— M’esclaffer devant l’absence d’un catalogue qui vient cruellement rappeler que cette entreprise est plus bâclée que le devoir de maths d’un cancre. Et c’est encore plus honteux lorsque l’on compare cette absence au joli catalogue avec du joli papier et de jolies reproductions de « Where are we going ? », l’expo de Mister Pinault.
— Exprimer des doutes, pinailler, rire dans ma barbe, pointer du doigt, utiliser des métaphores peu gratifiantes, soupirer, pousser de petits gémissements désespérés, multiplier les termes peu élogieux, glousser, tourner en ridicule, bombarder de critiques, condamner, m’offenser, m’indigner et ainsi de suite…
— ... et finalement, compatir avec les jeunes gens affublés de gilets rayés qui les font ressembler à des marchand(e)s de glaces Je préfère me focaliser sur le positif. Par exemple, j’ai apprécié l’espace de Daniel Soutif qui a le mérite d’être sobre, élégant et sans prétention. Les anachronismes orchestrés par Xavier Veilhan ne manquent pas d’imagination même si au final, cela donne quelque chose de trop évident. J’ai également eu du plaisir à retrouver des œuvres d’artistes qui me touchent comme Annette Messager, Paul Rebeyrolle, Ronan Barrot ou Valérie Belin. Et puis, il y a de petits détails tordants. Comme ce cri de désespoir d’un visiteur, apparemment excédé : échappant à la surveillance des vigiles, il a gribouillé rageusement « la scène contemp ! » sur le cartel de la Tour Eiffel de Bernard Buffet, signifiant ainsi qu’un peintre mort n’avait aucune raison d’être là.
Du positif, en veux-tu, en voilà. Dernier exemple : vu l’absence de catalogue, Beaux Art Magazine a amoureusement concocté une parution spéciale et celle-ci (qualifiée de feuille de choux par le Professeur Himself… ooops… ça m’a échappé) ne coûte que 9 euros. Et pour conclure, j’ai aussi appris que ce cher Emmanuel Pierrat, promu romancier et critique littéraire depuis que la lutte pour le mariage des homosexuels n’est plus au cœur de l’actualité, a refait surface et illumine les esprits au moyen de son savoir à L’Ecole de Stéphanie. Mais je ne m’étendrai pas sur le sujet afin d’éviter ses foudres et un procès (il est susceptible, le garçon). Mais je promets d’en reparler une autre fois, en lui attribuant un surnom ridicule pour qu’il ne puisse pas se reconnaître.

Faire peau neuve

Je passais devant le Palais de Tokyo, j’ai vu de la lumière, je suis entrée. Et je fus navrée par ce que j’y ai vu. J’entends, l’exposition Ultra Peau. C’était mignon tout plein et en guise de message subliminal, ça sentait bon la crème Nivea dans tous les coins. C’était plutôt divertissant et, par moments, assez instructif. Mais je n’épancherai pas les sentiments que m’inspirèrent les œuvres et la scénographie. J’éviterai d’avouer que je fus heureuse de ne pas avoir eu à payer l’entrée. Je ne m’indignerai même pas de cette photo obscène d’une contorsionniste qui se prend pour un phallus géant.



Car ce que je n’ai pas bien saisi, c’est la raison pour laquelle cette exposition se déroule au Palais de Tokyo et non à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Peut-être parce que la Villette, c’est beaucoup moins branché.
Quoi qu’il en soit, quoi qu’on en pense, Ultra Peau braque les projecteurs sur une accablante réalité : le Palais de Tokyo est un lieu en perdition. Alors en attendant que Marc-Olivier Wahler essaie d’en faire quelque chose de bénéfique pour la création contemporaine, voici quelques propositions pour tenter de sauver ce qui reste :
— consacrer une partie du bâtiment aux résidences d’artistes étrangers afin que le titre de « site de création contemporaine » puisse être justifié ;
— le reconvertir définitivement et officiellement en night-club super hype;
— l’incendier : c’est un peu radical, mais de l’Occident au Japon, on s’accorde sur les vertus purificatrices et régénératrices du feu.

Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à me les communiquer.

A méditer...

«L'art, c'est comme les femmes : s'il n'y en avait pas de laides, on n'apprécierait pas les belles» (+clin d'œil appuyé).
Sorti de la bouche d'un satyre qui s'est cru au Hustler Club, alors qu'il était à la galerie Eric Mircher.

Transduction

Manquant cruellement d’inspiration et de motivation pour livrer, en guise de première contribution à ce blog, une note très sérieuse sur un sujet très grave – comme « la femme au sein de l’Histoire de l’Art », « la dynamique de la verticale dans le format panoramique » ou La Force de l’Art -, je vous ai concocté, cher lecteur, une transduction réalisée selon les plus purs enseignements oulipiens :

L’art, opium des artistes
Le fondement de la critique anti-artistique est : c’est l’artiste qui fait l’art, ce n’est pas l’art qui fait l’artiste. Certes, l’art est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’artiste qui ne s’est pas encore trouvé lui-même, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’artiste, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du réel. L’artiste, c’est le réel de l’artiste, l’Etat, la société. Cet Etat, cette société produisent l’art, conscience inversée du réel, parce qu’ils sont eux-mêmes un réel à l’envers. L’art est la théorie générale du réel, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son comportement solennel, sa consolation et sa justification universelles. L’art est la réalisation fantastique de l’artiste, parce que l’artiste ne possède pas de vraie réalité. Lutter contre l’art c’est donc indirectement lutter contre ce réel-là, dont l’art est l’arôme spirituel. La détresse artistique est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. L’art est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un réel sans cœur, comme il est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Il est l’opium des artistes.
L’abolition de l’art en tant que bonheur illusoire des artistes est l’exigence que formule leur bonheur réel. Exiger qu’ils renoncent aux illusions sur leur situation c’est exiger qu’ils renoncent à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de l’art est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont l’art est l’auréole.

Remerciements :
Je tiens à remercier Karl (Marx) et Raymond (Queneau), des gens très sérieux et très graves, sans l’héritage desquels je n’aurais jamais pu composer cette transduction.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



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