Against Nature
Marguerite Pilven | 20 mars 2008 | 23:42
De passage à Leeds lors d’un voyage prolongé en Angleterre qui m’a tenu éloignée de ce blog, je suis allée visiter le Henry Moore Institute. Titre et sujet de l’exposition en cours : Against Nature: The hybrid forms of modern sculpture.
Contrairement à ce que vous êtes en droit de vous attendre, je ne parlerai pas essentiellement de l’exposition, mais d’un sujet auquel elle m’a fait indirectement penser :
Bien que le centre Pompidou soit l’un des endroits qui me manque le plus depuis que je vis à Glasgow, je suis de plus en plus déçue par les expositions - pas celles des galeries situées côté cafeteria mais dans les étages, côté bibliothèque - Et pourquoi ? Parce qu’elles sont souvent trop longues, qu’elles me donnent chaud, mal à la tête et aux pieds, soif et finissent par m’énerver car je n’arrive plus à rien voir. J’en ressors généralement avec la sensation désagréable d’avoir été gavée d’informations et cours boire un verre de vin chez Ariane pour me remettre de ces maux.
Evidemment, nous ne sommes pas obligés de tout voir. Cela m’est d’ailleurs physiquement impossible car je suis beaucoup trop lente. Généralement en milieu de parcours, une voix céleste m’annonce qu’il faut « regagner la sortie ».
Ces échecs répétés « à tout voir », conséquence de ma limitation physique et intellectuelle, m’ont incité à rechercher des alternatives :
Alternative A. La moins satisfaisante > Choisir soi-même les œuvres que l'on regarde et zapper le reste, ce que je fais. Une solution insatisfaisante car il me semble que le commissaire d’exposition n’a pas bien fait son boulot. J’attends d’un commissaire qu’il sache faire de vrais choix, articulés autour d’une thématique forte et bien définie. J’attends de lui qu’il exerce ses facultés critiques et intellectuelles pour retenir et écarter les œuvres, distinguer l’essentiel de l’anecdotique, éviter les oublis, certes, mais aussi les redondances. J’attends que le regroupement des œuvres, le circuit de l’exposition et la scénographie expriment cette thématique par elles- même, sans l'appui constant de cartels explicatifs.
Alternative B. La plus intéressante > Des billets valides pendant deux journées
Ce serait un geste fort politiquement qui équivaudrait à dire : nous savons que l’appréciation d’une œuvre d’art requiert du temps et de la disponibilité, ce qui est impossible dans la précipitation. Nous vous donnons donc deux jours. Nous souhaitons nous distinguer des logiques marchandes ( ou spectaculaires) de style : on va faire payer cher l’entrée donc il va falloir « en mettre plein la vue » pour que les gens « en aient pour leur argent ».
Alternative C > la plus rigoureuse > Que l’on pense enfin au catalogue d’exposition comme à un vrai outil de réflexion. Certaines personnes pourraient me dire qu’il est important d’être exhaustif pour des raisons scientifiques. C’est justement le problème du centre Pompidou qui prétend tout expliquer sur un sujet en une exposition. Il y a en général des tonnes de choses à lire, des vitrines avec des publications, des lettres, des croquis vous livrant les « dessous de la création, les pensées secrètes des artistes, leurs doutes etc. » Mais c’est confondre deux choses : le temps de l’exposition et de la découverte des œuvres puis le temps de la réflexion et de l’analyse approfondie d’un thème ou d’une période.

Pourquoi ne pas plutôt se concentrer sur un choix d’œuvre restreint qui permette de se faire une idée claire du propos sous-tendant l’exposition (et de les apprécier tranquillement) PUIS publier dans le catalogue des œuvres non nécessairement exposées pour livrer du sujet un aperçu plus complet et donner à ceux qui le souhaitent les informations nécessaires à une étude approfondie de l’exposition (son thème, son objet, son artiste...)
Et l’exposition à Leeds dans tout ça ? Eh bien, elle m’a fait repenser à cette question car elle se conforme exactement à ce principe que je trouve le plus intelligent :
Il y a peu de sculptures, mais elles sont très bien exposées. Elles ont chacune un espace suffisant pour être vues dans de bonnes conditions, pour que l’on puisse tourner autour sans avoir à éviter les murs et aussi, pour qu’elles se répondent entre elles. Les photographies ne font malheureusement pas état de cet aspect scénographique qui est particulièrement réussi. Il n’y a pas de cartel explicatif, rien d’écrit si ce n’est le nom de l’artiste et le titre de l’œuvre. En revanche, le catalogue est fourni et contient beaucoup d’informations et de reproductions d’œuvres qui auraient pu trouver leur place dans cette thématique.
A l’heure où l’on ne cesse de nous rebâcher les oreilles avec la « médiation », la « sensibilisation » du grand public à l’art contemporain, je persiste à penser que l’un des axes à privilégier serait d'aménager de vrais espaces (où les paramètres physiques et temporels soient pris en compte) d’appréciation des œuvres qui invitent à rompre avec les logiques de « zapping » ou de « marathon » auxquelles on est souvent encouragé, si ce n’est contraint dans la vie quotidienne.
(Dans les musées, certains passent d’une œuvre à une autre, comme d’un maillon de la chaîne à un autre. Ils vivent sans le savoir la "morne expérience du Même"…)
Images
- Masque de Fernand Knopff (platre peint) expo Against Nature, courtesy Henry Moore Institute.
- Photographie de Pierre Huygues
- Vue de l'exposition Against Nature, courtesy Henry Moore Institute.
- Idem
- Oeuvre photographique de Roni Horn












rss "messages"