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Charlotte Szmaragd


I wish you good luck ! / Lucky You, un film de Curtis Hanson

Et pourtant tout commençait bien… le bel Eric Bana, solitaire tourmenté, dans un blouson de cuir noir sur une moto rutilante dans un Las Vegas nocturne et électrique. On se serait cru dans L’Homme à la moto d’Edith Piaf !
Le film se met en place. «Non, rien de rien. Non, je ne regrette rien…». La formule du film est simple. Un jeune flambeur de poker, Huck Cheever, gagne, perd, puis gagne. A cela vous ajoutez les assaisonnements de rigueur : une histoire de trahison père/fils, une romance amoureuse presque platonique et l’éternelle happy end moraliste : le pardon est la seule voie vers la sagesse, l’argent n’est que faux semblant, et l’amour, toujours l’amour.
D’accord, un peu de sérieux ! Je dois bien ça à Robert Duvall, dont la performance du vieux père manipulateur au grand cœur est la seule chose selon moi à retenir. Le jeune Huck Cheever (Eric Bana) entretient une vieille rancune pour son père, L.C. Cheever (Robert Duvall), qui a, lorsqu’il était enfant, volé et abandonné sa mère pour partir jouer à Vegas. Le seul terrain d’affrontement possible est celui de la table de poker, et pour le coup de grâce, la grande finale du Tournoi International de Poker duquel le Padre est deux fois champion. Malgré les défaites que lui inflige son vieux, le petit Huck, qui n’est pas mauvais du tout dans son genre, parviendra-t-il à regarder son père dans les yeux et à lui pardonner ? Dans le même temps, il rencontre une jeune fille simple et douce, Billie (Drew Barrymore), dont la fraîcheur et l’honnêteté transpercent le cœur du rockeur. L’issue du tournoi aura ainsi un double enjeu pour Huck, retrouver le respect de son père et prendre le cœur de la belle. Quel suspens… !
Au cœur des casinos et des cartes à jouer, le réalisateur de L.A. Confidential tente d’initier le spectateur au monde du poker professionnel. Malgré la scène finale du Tournoi, qui pourrait certes évoquer les terribles émissions dont le câble nous assomme et auquel je ne comprend rien (suis-je la seule ??), je n’arrive pas à ressentir l’excitation que la discipline peut provoquer. En outre, le film n’a pas de caractère. On ne sait si l’on est dans une comédie romantique, un film esthétique sur le monde du poker, ou dans un drame sur un duel familial. Tout est mélangé et chaque élément, comme autant d’ingrédient d’une recette attendue, n’a pas de saveur. Pourtant, Las Vegas, quelle ville inspirante ? Les prises de vue en sont d’ailleurs soignées, mais on ne ressent pas la truculente folie d’un Casino (Martin Scorsese), d’un Las Vegas Parano (Terry Gilliam) ou récemment d’Ocean’s Eleven (Steven Soderbergh). Sur un sujet encore inexploité et au cœur de l’engouement populaire, on aurait peut-être attendu de Curtis Hanson un film qui ressemble davantage à un «exercice de style», d’oublier un peu la narration bavarde du cinéma hollywoodien, pour se laisser aller aux ambiances, aux lumières et à la psychologie du jeu.
A recommander aux fans de poker, ça peut tout de même leur plaire…

Lucky You
Sortie le 9 mai 2007
Réalisé par Curtis Hanson
Avec Eric Bana, Drew Barrymore, Robert Duvall
Durée : 2h02 min
Année de production : 2005
Distribué par Warner Bros. France

«Airs de Paris», un nouveau souffle pour le Centre Pompidou

Regroupant la crème de la scène artistique contemporaine, l’exposition «Airs de Paris» crée l’événement pour célébrer les trente ans du Centre Pompidou. Après la présentation monolithique et sans surprise d’Yves Klein, on retrouve une exposition pluridisciplinaire et vivante reflétant le dynamisme de la création actuelle. «Airs de Paris» réunit cinquante-neuf artistes et dix-sept paysagistes d’horizons et de pratiques différentes, avec pour seul dénominateur commun Paris, comme lieu de résidence, de travail ou de réflexion, autrement dit comme point de départ d’une réflexion sur le concept d’«urbanité». La métropole est pensée comme le centre de synergie des idées et des passions face au mouvement de mondialisation. Véritable manifeste, cette exposition remet Paris sur son piédestal artistique et, au travers de la capitale, c’est le Centre Pompidou qui est au cœur d’une vraie effervescence.
Réunissant une sélection d’œuvres pour la plupart spécialement conçues pour l‘événement, le Musée National d’art contemporain nous propose enfin une vrai réflexion sur l’art d’aujourd’hui. Le titre choisi en correspondance avec l’œuvre éponyme de Marcel Duchamp, Air de Paris (1919), exposée pour la première grande exposition monographique du Centre en 1977, symbolise l’orientation de l’exposition : traduire par des œuvres fortes l’ouverture du champ artistique toujours plus pertinent. A l’image d’un MacVal mais sur le champ international, elle révèle peut-être une nouvelle politique pour le Centre Pompidou qui, au delà de faire le bilan sur les grandes tendances d’un 20e siècle bien résolu, s’engage avec détermination dans le 21e avec un esprit d’expérimentation. L’exposition n’est plus seulement le lieu d’un discours uniquement esthétique ou historique. C’est un véritable microcosme qui doit plus que jamais refléter les problématiques sociologiques, économiques ou psychologiques de la vie moderne, à l’image des pratiques contemporaines.
A partir d’un forum ouvert sur Internet un an plus tôt (mai 2006) et mené par des acteurs extérieurs au monde de l’art – le philosophe Elie During et le sociologue Laurent Jeanpierre -, les thèmes de l’exposition ont émergé sur les bases d’un dialogue qui rythme la scénographie. Séparé en deux sections, Art d’une part, Design, Paysage, Urbanisme et Architecture d’autre part, eux-mêmes divisés en chapitres, l’exposition pose les bases de réflexion sur des thèmes variés tels que les nouveaux langages publics, les biotechnologies ou l’intimité. Le visiteur est ainsi amené à se perdre avec délectations dans les méandres des différentes salles thématiques où les commissaires, Valérie Guillaume, Christine Macel et Daniel Birnbaum, sont parvenus à mêler les œuvres dans un accrochage audacieux et dynamique, créant de véritables installations muséographiques à l’échelle du Musée. Sur 2000 m², l’exposition est conçue comme un médium qui, loin d’imposer le regard très orienté du ou des commissaires, révèle davantage la liberté créatrice des artistes. On regrettera néanmoins une sélection d’artistes déjà confirmés et encensés ; peut-être une nouvelle étape vers la découverte de talent ?

«Airs de Paris», du 25 avril au 15 août 2007
au Centre Pompidou, Paris

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



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