DESIGN | EXPO

Volumes et dérivés

05 Mai - 07 Juil 2018
Vernissage le 05 Mai 2018

Classer les œuvres de Bastien Joussaume et son exposition "Volumes et dérivés" dans la catégorie 'Design' est un peu usurpé. Car si foncièrement attentif aux objets, à leurs fonctions initiales, Bastien Joussaume les détourne et leur donne une vie autre. Un geste artistique et anti-design.

Maison d’édition (estampes notamment) et atelier d’impression, la maison Eric Linard possède un vaste espace à la Garde-Adhémar. Ancienne filature située à mi-chemin entre Valence et Avignon, dans la Drôme, l’espace Eric Linard inclut notamment une galerie d’art et design. Soient trois-cent-cinquante mètres carrés dévolus aux expositions collectives ou monographiques d’artistes contemporains. À l’instar de l’exposition actuelle, consacrée au travail de Bastien Joussaume. L’accrochage « Volumes et dérivés » réunit ainsi plusieurs dizaines d’œuvres récentes, explorant les limites. Objets s’émancipant de leurs fonctions, Bastien Joussaume attrape des éléments, pour leur redonner une autre vie. Œuvres abstraites et colorées, composées de fragments de papiers, céramiques, tissus… Les éléments collectés par Bastien Joussaume sont souvent issus d’histoires familiales individuelles. Fasciné par les déterminismes (familiaux, sociaux), son geste génère de la bifurcation.

Exposition « Volumes et dérivés » de Bastien Joussaume : entre poésie et détournement

Là où la plupart des choix sont conditionnés par la somme de tout ce qui précède, Bastien Joussaume introduit de l’altérité. Un geste qui replace les objets face à leur constitution matérielle. Formes, couleurs, matières… En se focalisant sur les objets dans leur infinie présence, il convoque le paradoxe des libérations par le non-choix. Les chemins pré-tracés par la société sont ici remplacés par une matérialité sans passé. Et quelque part entre ces deux géants que sont la Nature et la Culture, les œuvres de Bastien Joussaume existent réellement, sans double. Énigmatiques quant à leurs fonctions, leur passé, leur devenir. L’exposition « Volumes et dérivés » permet ainsi de croiser des êtres aux noms étranges et poétiques. Des surfaces lumineuses aux contours géométriques… Un carré lumineux strié rappelant les œuvres de Daniel Buren… Un torchon quadrillé évoquant la rencontre incongrue entre Piet Mondrian et le ready-made de Marcel Duchamp…

Formes, couleurs, matières : des objets du quotidien face à leur réalité sans double

Ces projections (de références artistiques) sur les pièces de Bastien Joussaume ne sauraient être une fin en soi. Esquivant le phénomène d’illusion biographique (chère à Pierre Bourdieu), Bastien Joussaume se garde de réécrire le récit des œuvres. Bien plutôt livre-t-il des pièces oscillant entre blocs composites et éléments en perpétuel devenir autre. Objets de récupération du quotidien, sa démarche relève presque de l’observation participante. Matériaux pauvres, voire déchets, les morceaux s’assemblent sans autre prédétermination que le sens poétique de Bastien Joussaume. Un sens qu’il cultive en s’orientant vers le détachement. L’exposition « Volumes et dérivés » attrape ainsi les objets du quotidien pour leur imprimer une autre temporalité. Loin de leur utilité ou fonctions initiales, les pièces recomposent un espace-temps radicalement singulier. Pour une exposition qui questionne les notions de déterminisme et de fonction.