DANSE | SPECTACLE

Balanchine / Teshigawara / Bausch

24 Oct - 16 Nov 2017

Avec Balanchine / Teshigawara / Bausch, ballet tripartite en forme d'hommage à la musique d'Igor Stravinsky (1882-1971), l'Opéra Garnier propose un spectacle triptyque. Agon, de George Balanchine, ouvre le bal. Puis se déploie Grand Miroir du chorégraphe Saburo Teshigawara. Et Sacre du printemps, de Pina Bausch, clôt cette réunion intense. Un hommage intergénérationnel, entre danses classique, contemporaine et moderne, pour un spectacle ne redoutant pas la densité.

L’Opéra Garnier présente un nouveau spectacle en forme de triptyque, articulé autour de la musique d’Igor Stravinsky. Balanchine / Teshigawara / Bausch, un titre sobre, énonçant les noms des trois chorégraphes réunis. Le spectacle débute par le ballet de George Balanchine, Agon. Créé en 1957 par le New York City Ballet, Agon est né en 1950 au fil d’une conversation entre Igor Stravinsky, George Balanchine et Lincoln Kirstein. S’ensuit Grand Miroir du Chorégraphe Saburo Teshigawara. Puis le Sacre du printemps, par Pina Bausch, tel un climax chorégraphique. À la fois tant attendu et terriblement lucide.

Balanchine / Teshigawara / Bausch : première partie, Agon (George Balanchine)

L’agon, qui donne sa racine à l’agonie, correspond à cette notion grecque de lutte, rhétorique ou dansée. Dérogeant à l’attendu d’une joute duale, Agon, de George Balanchine, se structure en trois parties. S’inspirant des danses de la cour de France au XVIIe siècle, Agon a été écrit pour douze danseurs. Avec la plus grande rigueur, les représentations d’Agon se conforment aux normes établies et fournies par le Balanchine Trust. Selon les termes de George Balanchine : « L’œuvre a été planifiée par Stravinsky et moi-même pour douze de nos techniciens les plus qualifiés. Elle n’a pas d’argument sinon la danse elle-même : c’est moins un combat ou une compétition […] qu’une construction dans l’espace rendue possible par des corps en mouvement accordés à certains schémas ou séquences de rythmes et de mélodies. »

Balanchine / Teshigawara / Bausch : deuxième partie, Grand Miroir (Saburo Teshigawara)

Dans cette même dynamique trinitaire, le ballet Balanchine / Teshigawara / Bausch se compose de trois moments. Le chorégraphe Saburo Teshigawara, présente ainsi sa création Grand Miroir, sur une musique pour violon composée par Esa-Pekka Salonen. Entre George Balanchine et Pina Bausch ; entre Agon et Sacre du Printemps, Saburo Teshigawara rebondit à partir d’une position réflexive et immanente. « La musique est le point de départ de cette création. Je connais le travail d’Esa-Pekka Salonen depuis un certain temps. […] Pour moi, la musique est un lien entre la vie et l’univers. Et la danse est quelque chose qui forme une nouvelle vie. On parle beaucoup des notions d’espace et de temps mais, de mon point de vue, la plus importante est la notion de vie. » Comme le laissent supposer ces propos de Saburo Teshigawara, Grand Miroir puise son energie dans l’articulation organique danse-musique.

Balanchine / Teshigawara / Bausch : troisième partie, Sacre du Printemps (Pina Bausch)

Avec le Sacre du Printemps, c’est la chorégraphe Pina Bausch qui reprend l’interprétation dansée de cette pièce musicale d’Igor Stravinsky. Crée en 1975 par le Tanztheater Wuppertal, elle renverse alors le ballet de 1913. La vie organique passe par la terre. Des protagonistes humains, entre argile, lutte et survie, surgissent dans l’espace scénique. Le Sacre du printemps de Pina Bausch se joue sur un sol couvert de terre, avec des danseurs énergiques, entre rituels et agonie. Entre sauvagerie cruelle et rites civilisateurs, la barbarie se trouve des exutoires dans la mise en scène. Tandis que le groupe se choisit une victime à sacrifier pour survivre à son angoisse, les rythmes accomplissent une mise en ordre, donnent un sens. Pina Bausch, à la suite de Vaslav Nijinski, Mary Wigman, Maurice Béjart, John Neumeier, Paul Taylor, Martha Graham… présente un Sacre du printemps lucide.