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INTERVIEW
Jérôme de Noirmont

Ancien antiquaire, Jérôme de Noirmont s’est installé avenue de Matignon pour profiter des riches collectionneurs étrangers de passage à Paris. Après dix ans d’activité, la reconversion est un succès. Il est un des rares à publier régulièrement des catalogues d’exposition pour rendre plus visible l’art de notre temps. Il permet à un public large d’acquérir une émotion. Pour lui l’art est un échange. Il se définit comme un passeur.


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Bettina-Rheims-<i>Blanca-Li-(etude)<-i>-Serie-<i>Heroines<-i>-Fevrier-2005-Tirage-couleur-157-x-125-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-Bettina-Rheims

Pierre-et-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Eaux-Profondes<-i>-2005-Photographie-peinte-119-3-x-92-cm-Modele-Layke-Anderson-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-Pierre-et-Gilles

McDermott-et-McGough-<i>Now-After-All-Those-Things-You-Told-Me<-i>-2006-Huile-sur-toile-de-lin-152-4-x-122-cm-Courtesy-galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-McDermott-et-McGough

Eva-et-Adele-<i>Rote-Liebe<-i>-Serie-<i>Transformer-Performer<-i>-2005-Huile-et-technique-mixte-sur-toile-200-x-300-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-Eva-et-Adele

Yi-Zhou-<i>The-Red-Thin-Line<-i>-2005-Installation-avec-fils-rouges-et-video-animation-aleatoire-transferee-sur-DVD-Dimensions-variables-Video-Duree-illimitee-Courtesy-galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-Yi-Zhou

Benjamin-Sabatier-<i>Peinture-en-kit-BRJ-2269<-i>-2002-Punaises-boite-en-carton-et-manuel-de-montage-Diametre-76-cm-Courtesy-Noirmont-Prospect-Copyright-Benjamin-Sabatier

David-Mach-<i>Lynx-(serie-Animal-Matchheads)<-i>-2003-Assemblage-d-allumettes-14-x-16-x-24-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Copyright-David-Mach

Keith-Haring-<i>Untitled<-i>-1983-Encre-noire-sur-papier-97-x-127-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-The-Estate-of-Keith-Haring

Keith-Haring-<i>Untitled<-i>-1983-Encre-noire-sur-papier-97-x-127-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris-Copyright-The-Estate-of-Keith-Haring

  
Propos recueillis par Pierre-Évariste Douaire

Pierre-Évariste Douaire. Que faisiez-vous avant de créer votre galerie?
Jérôme de Noirmont. Avant d’ouvrir la galerie en 1994, j’ai été pendant dix ans antiquaire. J’achetais des objets de toutes les époques. J’étais chineur.

Pourquoi l’art contemporain?
Je côtoyais beaucoup d’artistes et j’avais envie de travailler avec eux. Je voulais exposer et défendre l’art de notre époque, présenter la création actuelle.


Pourquoi s’installer avenue Matignon ? Quartier chic, mais éloigné des pôles artistiques contemporains?
En 1994 le marché de l’art sortait d’une très grande crise. Toutes les grandes villes étaient touchées de New York à Londres en passant par Paris. Il n’existait pas encore de quartiers clairement consacrés à l’art contemporain. La Bastille était à ses balbutiements et la rue Louise Weiss n’existait pas encore. A l’inverse j’avais besoin de travailler très rapidement, et de rémunérer les artistes que j’embarquais avec moi. Le VIIIe arrondissement s’est imposé car il avait l’avantage de drainer une clientèle étrangère, grâce à ses grands hôtels et ses commerces de luxe. Dès le départ les collectionneurs étrangers descendus à Paris au Bristol, situé au coin de la rue, passaient devant la galerie avant de se rendre avenue Montaigne pour leur shopping. C’est anecdotique mais ce sont des petits détails qui comptent. Parfois le succès tient à peu de chose!

Dès le début vous aviez l’intention de vous tourner vers l’international?
Depuis l’antiquité l’art est international. C’est un échange perpétuel. L’art s’est toujours affranchi des frontières. Les Romains achetaient des statues aux Grecs, la Chine et la Hollande ont toujours commercé. L’aspect marchand d’une oeuvre d’art est trop souvent négligé à mon goût. Sa valeur, son prix, lui permettent de voyager. C’est grâce à eux qu’elle pourra affronter le passage du temps. Sa survie est liée à son prix. Je suis un propriétaire provisoire de ce que je possède. Mon rôle de galeriste se résume à la fonction de passeur. Au final il n’y a que les œuvres qui nous survivent.

Vous vouliez axer votre stratégie sur des collectionneurs internationaux?
Tout à fait, nous avions un but précis. Nous voulions présenter des artistes étrangers, ce qui avait pour corollaire de tisser des liens avec des collectionneurs étrangers. Les Français n’étaient pas pour autant oubliés. Je ne voulais pas faire de prosélytisme pour une catégorie d’artistes. J’étais plus intéressé par les questions et les interrogations des artistes que par leur nationalité. Le message primait plus que le passeport d’origine. La création était la maîtresse de nos destinées. La création contemporaine m’intéresse quand elle permet de s’accepter et d’accepter les autres.

Vous avez dès vos débuts exposé de grands noms de l’art contemporain.
Dès 1997 Jeff Koons a exposé à la galerie. C’était sa première exposition en France. Aucun autre lieu, même institutionnel, n’avait franchi le pas. Nous avons eu la chance de faire la même chose avec Shirin Neshat. En 1999 nous avons produit un de ses tout premiers films. Il est maintenant projeté dans le monde entier et c’est une grande fierté pour nous.

Comment avez-vous réussi à les convaincre de venir à Paris?
Grâce à un mélange de culot et de flan. Je les ai démarchés personnellement. Je leur proposais de les défendre directement en France. Ils étaient parfois surpris, mais à force de conviction on finissait toujours par lier des contacts.

Quels étaient les arguments que vous mettiez en avant pour les convaincre?
Je leur vantais Paris, un endroit extraordinaire, une cité dédiée aux arts. J’insistais sur l’éclatement des foyers artistiques dans le monde. Plus aucune ville ne peut se prévaloir du monopole des arts plastiques.
Paris demeure une place importante par son histoire et par son actualité, il était important pour eux de ne pas la négliger, car elle reste un endroit artistiquement et culturellement attirant. L’attrait financier ne les poussait pas à venir travailler ici. Les collectionneurs français n’étaient pas encore assez nombreux pour les intéresser. Il fallait pouvoir leur donner des garanties financières. La production d’œuvres était un argument qui permettait d’emporter leur décision. Le contact privilégié avec l’artiste est tout aussi important que les propositions d’expositions et de monstration que vous lui proposez. Amener des projets permet d’exciter sa curiosité, son envie de travailler avec vous sur des commandes publiques ou privées.

Être capable de monter une œuvre monumentale comme celle de Jeff Koons à Avignon permet de surmonter les résistances les plus dures j’imagine?
Solange Auzias de Turenne, la commissaire de l’exposition les «Champs de la sculpture», avait commandé Split Rocker. Mais le projet a avorté pour des raisons techniques et le coût d’installation de la sculpture végétale. La pièce était tellement lourde et si difficile à mettre en place sur l’avenue des Champs-Élysées, que ces complications et le manque de temps ont eu raison de notre enthousiasme.
Mais grâce à Jean de Loisy, le commissaire de la Beauté in fabula, qui a eu vent de l’état d’avancement de la production en cours et de l’impossibilité de terminer dans les temps les travaux à Paris, nous avons pu la réaliser en Avignon. Il nous a laissé choisir l’emplacement dans la cour du Palais des Papes.
L’événement était de taille, pour la France, car elle avait l’exclusivité mondiale de cette réalisation, et pour Jeff Koons, qui avait à sa disposition un lieu fabuleux. Le résultat était à la hauteur de nos espérances. Split Rocker trônait dignement dans la cité papale, il était le point d’orgue de la manifestation. La fondation Pinault l’a acquis avant l’inauguration.

C’est

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