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INTERVIEW
Jean-Michel Othoniel

L’exposition «Dessins 1996-2006» permet à Jean-Michel Othoniel de présenter “dix ans d’obsession”. Ces papiers présentent les différentes facettes de ses projets. A chaque étape, la proposition révèle son incertitude, sa fragilité. La prise de risque est présente à chaque étape. Les corps absents s’estompent plus visiblement dans les aquarelles que dans l’aluminium des installations. C’est tout ce jeu de cache-cache qui est dévoilé après dix ans de silence.


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Jean-Michel-Othoniel-<i>Bottle-of-Tears<-i>-2005-Eau-verre-51-x-37-x-34-cm-Courtesy-galerie-Perrotin-Paris

Jean-Michel-Othoniel-<i>Le-Petit-theatre-de-Peau-d-Ane<-i>-(detail)-2005-Verre-bois-soie-120-x-150-x-100-cm-Courtesy-galerie-Perrotin-Paris

Jean-Michel-Othoniel-<i>La-Couronne-du-coeur-a-l-envers<-i>-2005-Dessin-a-l-aquarelle-Courtesy-galerie-Perrotin-Paris

Jean-Michel-Othoniel-<i>L-Arbre-aux-colliers<-i>-2003-Verre-de-Murano-Installation-permanente-dans-le-jardin-de-sculptures-Sidney-Besthoff-New-Orleans-Museum-of-Modern-Art-Courtesy-galerie-Perrotin-Paris

Jean-Michel-Othoniel-<i>Le-Collier-infini<-i>-1998-Verre-de-Murano-acier-450-cm-de-haut-Courtesy-galerie-Perrotin-Paris

Jean-Michel-Othoniel-<i>Sans-titre<-i>-2005-Perles-en-verre-de-Murano-110-x-45-x-20-cm-Courtesy-galerie-Perrotin-Paris

  
Pierre Douaire: Comment est née l’idée d’exposer vos dessins?
Jean-Michel Othoniel: Avant «Crystal Palace», à la Fondation Cartier; je n’avais jamais présenté mes dessins préparatoires, je n’y avais même jamais pensé. Tout simplement parce qu’au départ ils n’étaient pas destinés à être vu. L’exposition «Dessins 1996-2006», à la galerie Perrotin, a été motivée par le projet d’un livre regroupant toutes ces ébauches. Sans cette certitude de pouvoir les conserver, je ne les aurais jamais
vendues. L’exposition présente dix ans de dessins. Avec 12O aquarelles, c’est presque la moitié des travaux qui sont offerts au public.

Comment est conçu le livre?
Le livre comptera dix dessins supplémentaires par rapport à l’expo. Il sera en deux parties, la première présentera les aquarelles, tandis que la deuxième sera illustrée par des photos des réalisations.

Vous avez demandé à Christine Angot d’écrire sur votre travail. Pourquoi?
J’aime beaucoup lire Christine Angot. J’apprécie tout particulièrement ses écrits sur l’art. Elle va au cœur de l’œuvre. Je l’ai rencontrée par l’intermédiaire de Sophie Calle. Elle lui avait consacré un très jolie texte dans Beaux-Arts Magazine. J’avais envie qu’elle dévoile des choses cachées, qu’elle me mette à nu. Après avoir gardé pendant aussi longtemps ces dessins, je voulais montrer mon intimité. Le texte qu’elle me consacre participe à ce dévoilement, c’est une déposition écrite autant qu’une déposition de corps. Il est incarné, introspectif, il va au cœur de mon travail. Je l’aime beaucoup.

L’écriture d’Angot est très clinique, à l’opposé de votre baroque.
C’est vrai son écriture est très carrée. J’avais envie de l’utiliser pour montrer comment mes dessins fonctionnent, opèrent. L’idée était de tirer un bilan sur la création. Pour reprendre le titre d’un de ses romans, on peut dire que le texte est Une partie du cœur.

Quel est la logique de l’accrochage?
L’exposition s’organise par séries tout comme le livre. Il était très important de ne pas casser cette ossature. C’est à partir d’elle que l’on comprend ma démarche. Les dessins exposés sont des réminiscences des expos passées. Ils rappellent certains moments aux spectateurs fidèles. J’éprouve une très grande difficulté à les définir, car ils n’ont jamais été conçu pour être montrés . Leur statut est ambigu. Sont-ils seulement des dessins? des projets? ou des œuvres à part entière? Après réflexion, force est de constater qu’ils ont une vie autonome. Il a fallut pousser loin l’investigation pour réussir à trouver ce qu’il représentait.

Justement que représentent ces dessins pour vous?
Ils représentent une obsession de dix ans. Ce sont des étapes du processus d’élaboration. Ils permettent de mesurer l’évolution d’un projet. Ils sont pratiques et abstraits à la fois. Parfois ils engendrent véritablement l’œuvre, en ce sens qu’ils génèrent de l’envie auprès des commanditaires ou des artisans. Ils permettent aux techniciens de comprendre ce que j’attends d’eux. Grâce à eux je n’ai même plus besoin de parler ni d’expliquer. Ils deviennent évident pour les exécutants. Comme des notices, ils se révèlent très utiles, mais réussissent néanmoins à déborder de leur cadre de travail. Ils provoquent de la rêverie et incitent à l’utopie. Un tiers des projets sont ainsi passés à la trappe et n’ont jamais vu le jour. Pour leur donner vie il faudrait qu’un riche mécène s’intéresse à eux. Par contre je ne montre pas les dessins véritablement techniques, car ils arrivent vraiment au dernier stade de la création, ils sont les ultimes marches du projet.

Quel bilan tirez-vous de ces dix ans de dessin «obsessionnel»?
J’ai été surpris en les voyant au mur. J’ai eu beau les avoir regardés fréquemment pendant dix ans, je ne parviens pas à croire à leur homogénéité. Ils s’étalent sur plusieurs années mais gardent un fil directeur, une cohérence. Je suis le premier surpris. Je suis un intuitif mais ils donnent l’impression d’avoir été croqués en seulement quinze jours. La constance des thèmes s’accompagne d’une constance formelle. C’est très curieux à observer. Grâce à cette mise à plat j’ai découvert que j’abordais mon travail d’une façon obsessionnelle. J’ai beau ne pas savoir où je vais, il n’empêche que ce parcours trace un chemin cohérent et obsessionnel. Le titre de la sculpture de Louise Bourgeois, Obsession/Conclusion, me définit assez bien je crois.

Pourquoi fabriquer des maquettes?
Les dessins ne sont pas des fiches techniques en soi, alors que les maquettes permettent de visualiser le projet en volume. Elles donnent l’idée des matériaux. Les projets peuvent s’arrêter à n’importe quel moment de la démarche. Les dessins et les maquettes sont les paliers successifs d’un long processus. C’est bien qu’ils puissent exister en tan que tels. Malheureusement beaucoup de projets n’existent qu’en petit. Mais bon, ils existent quand même, même si je préférerais les voir en grand.

Vous ne vous privez pas de montrer des nouveaux projets également.
J’ai joué pleinement le jeu de présenter dix ans de création. Ce cahier des charges rempli, j’avais aussi l’envie de montrer des projets en bascule. A l’inverse de tous les autres dessins, j’avais envie de montrer un projet avant sa réalisation. Le collier de neuf mètres de haut va bel et bien exister pour la Collection Peggy Guggenheim. Il sera présenté dans un mois à Venise mais, malgré tout, rien n’est jamais sûr. C’est toute cette fragilité qu’il fallait présenter au public. L’incertitude plane au dessus de chaque projet. Ceci est encore plus vrai pour la proposition à Reims. La réalisation dans la cathédrale reste complètement incertaine. J’avais envie de faire comprendre la prise de risque qu’il existe dans chacun de mes travaux.

Il y a beaucoup de larmes d’Eros dans vos dessins.
Mon

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