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INTERVIEW
JR (Art urbain)

JR appartient à cette nouvelle génération d’artistes qui pratiquent la rue en l’envahissant. Venant du graffiti, il a, par le biais de la photographie, trouvé sa place dans le plus grand musée du monde à ciel ouvert. Son travail de portraitiste urbain est d’abord photocopié en noir et blanc pour être ensuite affiché ici et là. Troisième portrait des artistes urbains consacré par paris-art.com.


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JR-<i>Sans-titre<-i>-(le-graffiteur-Hermes-vu-par-JR-tunnel-sur-la-ligne-3-du-metro)-2003-Photo-tirage-argentique-©-JR

JR-tournage-pour-les-Kourtrajme-d-une-session-Snow-2004-Photo-numerique-©-JR

JR-serie-expo-2-rue-(photos-de-Freestylers-exposees-rue-du-commerce-a-Paris)-2003-Photo-numerique-©-JR

JR-<i>Sans-titre<-i>-(Rol-K-vu-par-JR-toit-de-Bastille-lors-de-la-manifestation-contre-le-Pen)-2002-Photo-tirage-argentique-©-JR

JR-<i>Sans-titre<-i>-serie-Breaker-2003-Photo-photocopie-©-JR

  
Interview
Par Pierre-Évariste Douaire

paris-art.com ouvre ses colonnes à une longue série d’interviews consacrée aux artistes urbains. La succession des portraits permettra de découvrir les visages et les pratiques de ces artistes qui transforment la ville en galerie à ciel ouvert.

JR est apparu en l’an 2000 sur les murs de nos villes, juste après les impulsions novatrices de Zevs et Space Invader. Il correspond en France à une période où les graffeurs et les tagueurs ont c
mmencé à se remettre en question. Face à la montée en puissance des moyens pour les contrer (nettoyage systématique, surveillance renforcée, sanctions juridiques élevées), une partie d’entre eux a choisi la sédition urbaine totale, d’autres, nourris d’expériences et d’influences transdisciplinaires, se sont adaptés aux nouvelles contraintes de la ville et ont proposé des pratiques différentes et inventives.
JR a raccroché ses bombes de peinture, non pas pour prendre sa retraite, mais pour se consacrer à des “Expo 2 rue”. Photographe de la vie urbaine underground, il a offert aux passants deux séries de portrait sur les graffeurs et les breakeurs parisiens. Il affiche ses ambitions avec de la colle et de l’énergie. Ses tirages argentiques sont de modestes photocopies noir et blanc qu’il affiche avec détermination sur tous les murs qu’il rencontre.

Pierre-Évariste Douaire. Depuis quand et comment interviens-tu dans la rue ?
JR. Depuis sept ans environ. J’ai d’abord commencé gamin avec les tags, je suis rentré dans la mentalité graffiti où tu veux poser ton nom à gauche à droite. C’est en 2000 que j’ai commencé à photographier mes compères graffeurs. J’étais intéressé d’aller dans des endroits où personne n’allait, dans les tunnels et sur les toits. Je m’intéresse aux “communautés de style” qui graffent, dansent, skient. J’essaie de comprendre leur mentalité pour ensuite la retranscrire en photographie. J’expose mes photos dans la rue pour faire partager cette expérience à un maximum de monde.

Pourquoi travailler avec des photocopies ?
Les coûts sont minimes, pour les coller sur les murs je ne suis pas limité. J’ai réussi à garder la qualité photographique dans les photocopies qui conservent un grain. En plus, si on me demande des images, je peux en donner sans problème.

Tu aimerais passer de la photocopie A4 à des panneaux d’affichages ?
J’ai toujours envie d’exposer plus grand. Souvent je colle plusieurs fois la même image pour ainsi m’approprier l’espace urbain. Le prix d’un tirage 4 x 3 m est trop coûteux, c’est pourquoi j’envisage de faire des pochoirs géants de mes photos.

Tu as envahi Paris, tu veux envahir le monde ?
Je fais ça partout, autant dans le centre de Paris que près des portes périphériques, je ne suis pas sectaire. J’expose mes photos où j’ai l’opportunité de le faire. Là où je vais j’expose. Plus j’ai l’opportunité de voyager, plus j’expose. L’année prochaine je pars pour New York et je vais exposer, mais si j’ai l’opportunité de m’introduire dans des “communautés de style” — lesquels, je sais pas encore —, je le ferai volontiers. Dans un premier temps, si je peux leur faire découvrir mon travail, et ensuite présenter le leur ici, pourquoi pas. Le fait de n’avoir à prévoir qu’un bout de feuille et deux trois bouts de scotch, ça me permet de pouvoir exposer à l’autre bout de la terre. Après, mes photos, elles restent ou pas dans la rue, c’est pas grave, ce que je fais c’est de l’art éphémère.

Tu te définis comme un “photograffeur”, à la fois photographe et graffeur, pourquoi utiliser la photo dans ton travail ?
Le graffiti ne s’adresse qu’aux graffiteurs, c’est un langage de tribu à tribu, alors que la photographie s’adresse à tout le monde, elle parle à tout le monde. Exposer des photographies dans la rue c’est peu commun, et peut-être que les gens vont y prêter attention.

Tu exposes ton travail dans la rue, pour ensuite le montrer en galerie ?
Non. D’abord la rue parce que c’est le plus ouvert, ensuite les galeries, pour un projet spécifique qui me tient à cœur, et qui ne serait pas réalisable dans la rue.

Tu te sers de la rue comme d’une vitrine ? C’est un tremplin ? Tu te fais ta propre pub ?
Non pas du tout. Je reste anonyme, je ne signe pas, je ne laisse pas de contact. Je ne vends rien, je veux juste montrer mon travail. Ensuite, les retours viennent ou pas, mais c’est pas important. Il y a des gens qui stickent avec des envies de retours, mais je te dirais que ce n’est pas vraiment dans mon intérêt parce que la galerie ne pourra pas m’offrir ce que la rue m’offre.

Ta rencontre avec la photographie s’est faite par hasard, tu as trouvé un appareil dans la rue, puis un flash. J’aime cette idée de rencontre, c’est très surréaliste. Dans L’Amour fou Breton et Giacometti trouvent au marché aux puces des objets qui reflètent leur inconscient. J’ai l’impression que le hasard est présent dans ta démarche, comme les personnages de Dumas qui, dans Les Mohicans de Paris, suivent un chemin en suivant une plume.
Cet appareil photo a été égaré par des touristes allemands sur le quai du métro. Le flash incorporé était tellement puissant qu’il me permettait d’éclairer tout un tunnel, et comme les graffiteurs travaillent la nuit, il m’a été d’un grand secours, c’est un hasard heureux. Le hasard, c’est également l’emplacement où je colle mes affiches. On me reparle souvent d’une photo qui a été collée au fin fond de Paris, dans une petite ruelle. Le hasard c’est autant l’endroit où je pose mes photos que la rencontre qu’elles provoquent avec les flâneurs au coin d’une rue. Tout est une suite de hasards, je n’ai pas de programme. Ma rencontre avec les breakeurs c’est aussi le hasard d’une rencontre.

Plutôt que “photograffeur”, je te définirais plus facilement comme photo-reporter. Tu as

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