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INTERVIEW
Taysir Batniji



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Taysir-Batniji-<i>Gaza-journal-intime<-i>-2001-video-5-minutes-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Sans-titre<-i>-1997-Empreintes-de-clefs-sur-toiles-roulees-20-elements-de-30-cm-de-longueur-chacun-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Sans-titre<-i>-Paris-2002-Installation-projection-d-146;un-diaporama-de-58-photographies-prises-dans-Gaza-et-100-photographies-sur-bande-adhesive-noire-et-papier-noir-mate-Pas-de-dimensions-specifiees-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Voyage-impossible<-i>-Berlin-2002-Sable-et-projection-video-1-tonne-de-sable-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Inflammable<-i>-1997-pochoirs-sur-toiles-roulees-Pas-de-dimensions-specifiees-©-Taysir-Batniji

  
peu de cela, mais pas au final. Pour la résidence à Joal, la décision est revenue au directeur financier qui fut coopérant en Palestine et puisque le projet parlait d’universel: " Pourquoi ne pas intégrer le travail d’un artiste palestinien? ". L’idée d’universel rejoignait ici l’idée du politique. Le directeur artistique est ainsi parti à la recherche d’artistes en Palestine; sans succès. Il m’a alors contacté pendant que je séjournais à Marseille. Après avoir vu mon travail, sa vision a chang
, je crois.

Et d’une manière générale, comment es-tu perçu par les professionnels de l’art contemporain?
D’une manière générale, je suis avant tout perçu comme un artiste palestinien. Soit les commissaires d’exposition et les artistes s’intéressent à mon travail parce que je suis Palestinien, soit le contraire: ils essayent de me mettre à l’écart. C’est à double tranchant. Mais je ne peux éviter que les professionnels s’intéressent à mon travail à cause de ma nationalité et parce qu’il est en rapport avec la Palestine. Je suis content quand mon travail parvient à sensibiliser les gens par rapport à la Palestine. Ma gêne est née de l’acceptation immédiate de toutes mes œuvres : aucun jugement n’est réellement porté sur mon travail ou sa valeur artistique pour le simple fait que je suis Palestinien. Je ne suis pas que Palestinien, je suis aussi artiste. Je souhaite que mon travail soit compris et accepté parce que c’est un travail artistique. Les autres te regardent à travers ce préjugé, ce prisme nationaliste et historique du Palestinien que tu es. J’ai même été appelé "propagandiste", alors que mon travail ne se situe pas du tout dans la démonstration d’une vision politique. Je fais des choses parce que je les ai vécues et les vis. Il m’est impossible de m’en détacher. C’est ma façon de faire face à cette réalité.
Depuis deux ou trois ans, et l’exposition réalisée à Paris, le travail en vidéo facilite la diffusion de mes œuvres. J’ai donc eu beaucoup de retour. J’ai participé à plusieurs manifestations qui n’ont rien à voir avec la solidarité ou avec le fait d’être Palestinien.

Quel était justement le projet de la Représentation arabe contemporaine à la Biennale de Venise en 2003 et à laquelle tu as pris part?
L’idée de la RAC est de mettre en jeu la représentation arabe elle-même. Pour Catherine David, la représentation était prise au sens large et pouvait atteindre le politique, le culturel et le littéraire. Dans le projet, il y avait des architectes, des écrivains, des intervenants politiques, et le choix artistique même reposait sur l’ambiguïté de la "représentation arabe". Par exemple, un artiste présentait un "pseudo fond documentaire", une fondation arabe pour l’image, travaillant l’idée de fiction, d’autres ont traité les frontières, la ville, la mémoire. Mon travail reposait sur des prélèvements photographiques des murs et portes de Gaza. Ce sont des tracts, des photocopies collées, représentant des portraits de martyrs palestiniens, ou d’autres affiches et slogans. Cinq écrans étaient suspendus dans la salle sur lesquels étaient projetés cinq travaux dont mon diaporama réalisé en 2001 à Gaza.
Il revient à Catherine David le courage d’avoir tenté cette expérience délicate dans un contexte hostile au monde arabe. D’où l’importance des curators. Je pense que le projet visait à exprimer que le monde arabe n’est pas toujours une source de bouleversements: il existe aussi une vie culturelle et artistique, certes minoritaire sur le plan international, mais qui a une certaine ampleur. Force est de reconnaître que d’autres événements et priorités viennent souvent couvrir cette réalité. Le Pavillon de l’Arsenal où se situait la RAC montrait une autre facette, différente de celles diffusées par les médias. C’est une des raisons de ce projet: faire face aux images et clichés sur le monde.

"Quel est le devenir de l’identité palestinienne face à cette disparition de l’inexistant?", c’est une question qui t’obsède? Quel est cet inexistant, cette absence que tu évoques dans tes œuvres?
C’est une question qui reste en suspens. Q’est-ce qu’on va devenir? Cela reste une question ouverte, comme un arrière-fond qui est là, surtout aujourd’hui lorsque l’on voit son existence grignotée d’un point de vue physique et territorial, mais aussi spirituel. En Palestine, tu es déconnecté, tu n’arrives pas à maîtriser ton temps: exister dans le temps et dans l’espace en même temps, c’est un défi impossible. Tu es soit dans l’un ou dans l’autre ou bien en dehors des deux, comme l’affirmait Mahmoud Darwich et le titre de la biographie d’Edward Saïd, En dehors de l’espace. C’est ça l’existence palestinienne, en dehors de l’espace et du temps: ne pas maîtriser l’histoire, une existence en devenir et pourtant en suspens.

Certaines de tes œuvres de jeunesse sont devenues par la suite la matière première d’installations, sous la forme de toiles peintes enroulées portant sur elles des pochoirs?
Quand j’ai quitté le champ de la peinture, au sens traditionnel, c’était justement avec cette série de travaux parce que la pratique picturale limitait l’expression de mes idées. De plus j’étais toujours taxé d’être influencé par l’art occidental des années 50 à nos jours. Alors que je n’ai eu qu’un regard encyclopédique sur ce dernier.
J’avais envie de retourner à la source, de sortir de moi-même parce que la peinture reste, à mon sens, un moyen d’expression très personnel et de l’ordre de l’impulsion plus que de la réflexion.
J’avais besoin de réfléchir à mon vécu et je me suis trouvé dans une situation de confrontation identitaire et culturelle au sens constructive de terme. Soit tu te fonds, " tu t’intègres ", soit tu t’affirmes et tu prends position. J’avais donc besoin de me situer: d’une part, en rapport à l’art en occident, et d’autre part, à la situation politique.
J’ai commencé par ces travaux qui

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