responsables d’Almine Rech, afin de permettre aux gens de circuler entre nos trois espaces. Je suis très content car tout c’est très bien passé.
Cette deuxième année d’existence débutait sous de bons auspices. J’avais une idée précise des expositions que je voulais faire. Les artistes retenus étaient non-conventionnels, ils ne faisaient pas partie du sérail. Je voulais affirmer une identité forte. La programmation s’axait sur deux thématiques : le sexe et la subversion. Le c
oisement s’obtenait à travers deux visions différentes mais complémentaires : une nord-américaine avec Larry Clark et une autre japonaise. Les deux expositions étaient des coups de poings, elles étaient des cris.
Un cri aux accents de «porno chic». Je ne voulais pas être l’apôtre de la culture trash, mais j’aimais beaucoup ces photographes. A l’époque, ils étaient très peu visibles en France. Ils étaient historiquement importants mais ils brillaient par leur absence sur la scène artistique. Le public ne s’y est pas trompé en ne cessant de nous remercier de présenter des artistes cultes mais invisibles.
Le seul regret qui me reste c’est de ne pas avoir finalisé le livre avec Larry Clark. Il est tellement perfectionniste que le projet a capoté, il m’a juste dit : «On verra plus tard». Dommage. Pour finaliser quelque chose avec lui, il faut constamment rester en sa présence, sinon il oublie. Je l’ai appris par la suite ; j’ai su qu’il aurait dû faire un livre qui ne s’est jamais fait et qui devait s’appeler
Heroïne.
Ta manière de travailler est intéressante, je pensais que tu avais beaucoup de relations, beaucoup de contacts. En fait, tu montres des photographes mythiques mais peu visibles. Stephen Shore — à l’image d’Araki et de Clark — était très peu exposé. Son nom était connu mais pas son travail, ce qui est un paradoxe pour un photographe. J’ai l’orgueil de penser que son livre, édité par nos soins (Édition Mennour) a contribué à donner l’envie à d’autres d’éditer cet énorme livre retraçant l’ensemble de sa carrière. Je pense que nous avons été à la base de cette impulsion. Par le biais de la Réalité objective, il était seulement connu en Allemagne, alors qu’en France et en Grande-Bretagne, rien. Le livre a permis de contrebalancer cette tendance, il a très bien été distribué aux États-Unis et outre-Rhin et, à sa manière, a contribué à changer les choses. Je suis très fier qu’un petit catalogue, un petit livre de galerie, puisse être à l’origine d’un nouveau départ, d’un nouveau regard sur une œuvre. Notre travail a accouché d’un livre énorme que nous n’aurions pas pu faire. Il a été à l’origine de nombreuses expositions dans le monde, à commencer par New York.
Découvreur d’anciens talents ? Nous avons été les premiers à montrer Moriyama en France. Jamais avant nous, un Français n’avait pu voir son travail dans l’Hexagone. Je l’ai rencontré par l’entremise d’Araki car ils sont très amis.
Tu es arrivé à un moment où la photographie avait le vent en poupe. Les institutions la reconnaissait enfin, dans les salles de vente, les tirages de Gursky battaient tous les records, cela t’a-t-il aidé ? Je crois beaucoup en ma bonne étoile, si tu veux tout savoir. Il est évident que cet engouement soudain pour la photo a été bénéfique, les mentalités ont changé ; désormais la Fiac et la Foire de Bâle accueillent plus de photos. C’est vrai également que Paris Photo est une chance mais pourquoi n’y a-t-il pas plus de galeries qui s’intéressent à la photo ?
A y regarder de plus près, il n’y en a pas tellement sur la place de Paris. Si c’était aussi simple, toutes les galeries proposeraient beaucoup plus de photos. Plusieurs facteurs expliquent le succès ou l’échec d’une entreprise, cette vague dont tu me parles n’est qu’un facteur parmi d’autres.
Tu sembles assez fin pour percevoir les grandes tendances. Les débuts de ta galerie coïncident avec l’émergence du «Porno chic» dans la mode, et du «Trash» en photo. Maintenant, je suis passé à autre chose. Je montre beaucoup moins ces travaux. On peut toujours coller une étiquette aux gens, mais je pense qu’un galeriste réagit à l’air du temps. Plus exactement, il vit dans son temps et a envie d’y inscrire un message.
Avec Adel Abdessemed, Kader Attia et Jota Castro, je travaille aujourd’hui autour de la notion de la mondialisation. J’achète tous les jours le journal et je ressens les choses comme tout à chacun. J’aime à penser que je me place au-delà des tendances et des effets de mode dont tu me parles. Pour moi, exposer un artiste n’est pas un acte anodin. Cela correspond à une nécessité. J’expose des artistes car c’est nécessaire : j’ai exposé des clichés de Pierre Molinier alors qu’il était mort depuis trente ans, je l’ai fais parce que c’était primordial. J’ai contacté tous les artistes dont nous venons de parler, tous ces photographes étrangers, parce qu’ils étaient presque invisibles en France.
Tu fais le chemin inverse des galeries qui réussissent : tu commences par exposer des stars et maintenant tu te consacres à des jeunes, cette démarche est inhabituelle. J’adore cette idée. Je suis très content que tu le vois comme ça. J’ai autant d’intérêt pour Araki que pour des jeunes qui débutent. C’est sur les foires que je me suis rendu compte que je devais être en phase avec les artistes que je présentais, il fallait qu’entre-nous il puisse y avoir une convergence, un parcours commun. Etre de la même génération nous rapproche par exemple. J’aime Kader et Castro, car ils ont entre trente et quarante ans, ils ont beaucoup de choses à dire. J’aime l’idée de faire émerger des artistes, les promouvoir, et faire un bout de chemin avec eux. Ces deux là m’épatent, car ils utilisent une multitude de médiums.
La galerie abandonne la photographie comme exclusivité ? Je suis passé à autre chose grâce à ces artistes qui