participer au choix de mon successeur. La raison invoquée c’est que cela ne se faisait pas. Les directeurs du Palais de Tokyo étaient dans le jury pour choisir leur successeur. J’ai à ce moment là senti trop de règlements de compte, une petite curée. Je me souviens de ce responsable d’institutions qui avait eu le plaisir de me souhaiter BON VENT. Je subissais la France névrosée des petits marquis et baronnes, des Tartuffes et des Harpagons. Je préfère toujours Cyrano, plus dangereux, mais plus
assionnant. Si je n’avais pas trouvé d’emploi aux beaux-arts de Genève je n’aurais rien eu en France. Je me souviens d’une de mes candidatures pour être professeur aux Beaux-arts de Toulouse, le directeur a eu plaisir à me retourner mon dossier avec ma lettre de motivation sans un mot. Je n’étais retenu à rien. Pas un appel. L’année dernière a été très dure, violente, j’ai failli craquer plusieurs fois en découvrant beaucoup de petites lâchetés. Pour le Plateau, je pensais toujours à la pièce d’Ibsen,
Un ennemi du peuple, et ce qu’il faut toujours négocier entre l’idéal et une réalité brutale. Mais le niveau en France c’est plutôt Sept morts sur ordonnance de Rouffio ou les scénarios d’Audiard, ces histoires de la grande bourgeoisie provinciale. Une France avec une classe prévaricatrice qui refuse de partager le pouvoir. C’est par l’étranger que je me suis reconstruit, que j’ai repris confiance. Je suis maintenant en forme et bien décidé à aider mon pays aussi!
Quels sont aujourd’hui vos nouveaux projets? J’ai plusieurs projets en cours. A Paris, au parc de la Villette, je suis en train de travailler sur la création d’une piste de skateboard avec Vito Acconci et j’y suis aussi commissaire d’une exposition, «Envoyer/ Promener, les limites du regard». Je travaille sur une belle aventure autour de la création d’un livre sur l’œuvre du grand architecte, Hans-Walter Müller. J’écris des textes de catalogue sous forme de lettres. Cela me permet d’être au plus près de l’artiste et de son œuvre. Je vais souvent à Belgrade, je mets toute mon énergie pour ce petit pays abattu par son histoire contemporaine, j’y fais des workshops sur les métiers de l’exposition, des conférences, des visites d’atelier. C’est mon Plateau balkanique. J’ai plein d’amis à Belgrade, je leur dois beaucoup, et j’ai découvert des artistes formidables que je rêve de présenter en France. J’attends la réponse pour un projet que je leur ai soumis : Les mariages improbables pour le salon d’octobre 2006. Nous souhaitons inviter des artistes à se mettre en relation et à réagir en partant vraiment de la donnée de la ville, de l’espace public, de l’architecture. L’idée est à nouveau d’essayer de recréer de l’économie en redonnant une image à cette ville et de réaliser des mariages impossibles entre la Bosnie et la Serbie. Je vais peut-être partir vivre quelques mois à Berlin, je rêve aussi d’y construire un nouveau Plateau pour continuer ce que j’avais commencé à faire ici… Je crois qu’il ne faut pas s’enfermer mais, au contraire, penser l’Europe directement. Chaque exposition doit avoir sa réponse dans un autre pays européen. Il ne faut pas continuer à enfermer les artistes. Pour donner écho à mes convictions, j’ai présenté ma candidature avec Gaël Charbau, directeur de Particules, pour la direction du Palais de Tokyo.
Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre proposition comme candidat à la nouvelle direction du Palais de Tokyo? Ce projet était un manifeste, résolument européen, nous pensions à 2007, les cinquante ans de l’Europe et nous voulions créer de nombreux évènements à Paris et déborder du Palais, autour de la création contemporaine européenne. Souvent oubliée, la notion de temps est pour moi primordiale. Notre projet était de faire cohabiter trois temps dans un lieu unique. Un temps très rapide pour les jeunes artistes, avec un renouvellement très fréquent, sur des expositions d’une durée maximale d’un mois. Il me semble très important de montrer le travail des jeunes artistes de travailler avec eux, de leur donner confiance. J’aime cela, c’est un peu ma mission aux Beaux-arts de Genève en temps qu’artiste curateur. En parallèle, nous proposions un temps très long pour un artiste qui pouvait développer un projet ou une ou plusieurs monographies sur six ou huit mois. Mettre en place un processus de transmission d’une œuvre avec ses contradictions, ses complexités. Et bien sûr un temps intermédiaire pour des expositions monographiques ou autour d’une idée. Le Palais de Tokyo comme lieu du projet de l’artiste. Nous sommes arrivés en deuxième position, pas si mal pour des outsiders, mais notre projet est en adéquation avec notre époque dans sa mobilité. Il y était aussi prévu des bureaux, celui des artistes, des critiques et des centres d’art en région. Nous voulions rassembler toutes les énergies, après ces misérables luttes d’influence qui nous épuisent, et ne font plus rire personne. Mon inquiétude serait que maintenant les artistes vivant en France soient présentés au Grand-Palais et les artistes internationaux au Palais de Tokyo (trop de palais, pas assez de centre). Notre projet était celui de la mixité des propositions artistiques et du décloisonnement. Mais nous souhaitons bonne chance à Marc-Olivier Wahler. Le palais de Tokyo est un lieu crucial pour la création contemporaine.
Aujourd’hui, même sans le Palais de Tokyo, nous ne reculons pas pour réaliser notre projet à Paris.
Une chose favorable, de ne pas avoir Tokyo, me laisse un peu plus de temps pour ma peinture, là aussi je ne renonce pas. On subit dans ce pays un tel conservatisme que l’on me regarde comme une bête curieuse, artiste ou curateur il faut choisir, avec la même évidence que boire ou conduire. Ma vie est ainsi, j’aime monter des projets à la marge de l’esthétique et du politique, j’aime travailler avec les artistes, j’aime faire de la peinture-totalement. J’aime la vie tout simplement avec tous les êtres