unique qu’il était. L’architecture reflète cet état d’esprit, elle est à la fois narcissique et luxueuse.
Vous avez évoqué le parc de la Villette. Reste-t-il un chantier important à vos yeux? L’idée initiale du parc de la Villette était liée à la diversité. Le résultat devait être un mixte entre Eurodisney et Beaubourg. Les aires de jeu pour les enfants devaient côtoyer le musée des sciences. C’était très important que les sculptures puissent être visibles par le plus gran
nombre et que des publics différents se mélangent. Cette idée structure mon œuvre depuis toujours. J’ai grandi dans le New Jersey, pas dans Manhattan. Mon travail lui aussi traite de la périphérie. Mes travaux se rapportent à ma jeunesse, à mes quatorze ans. Mon œuvre, ce sont des souvenirs d’enfance comme dirait Lacan.
C’est important pour vous de travailler dans les parcs et les jardins ? La France était très avancée dans ce domaine au début des années 1980. Cela se rapprochait de ce que j’appelle «l’art du château». J’ai axé mon parcours sur votre histoire des jardins. En tant qu’invité et que résident, j’ai pu développer une veine proprement européenne, grâce notamment à l’essor des Fonds régionaux d’art contemporain (Frac). Bercé par votre littérature sur les jardins et par l’art minimal, j’ai compris que mon œuvre se situait entre ces deux influences. Le jardin à la française est l’endroit où se confronte le néo-classicisme cartésien et les anamorphoses pascaliennes. Mon art, d’une certaine manière, se situe exactement sur cette frontière. Je le dis d’autant plus volontiers que je n’aime pas ce type de jardin, je lui préfère le jardin anglais comme celui d’Ermenonville par exemple.
Mettre l’art dans la rue c’est un acte politique à vos yeux? Je pense aux Truisms Jenny Holzer collés dans Manhattan, aux Affichages sauvages de Daniel Buren, aux Posters de Pierre Huyghe. J’ai écrit le premier article sur Jenny Holzer dans Artforum, maintenant elle a été récupérée commercialement. Elle excelle dans un seul domaine, mais y reste enfermée. Il paraît que Pierre Huyghe encense mon travail, mais je ne peux pas lui retourner le compliment, même s’il est l’artiste le plus populaire aux États-Unis. Il est très sympathique, sa démarche est sincère, mais son œuvre reste centrée sur le cinéma parisien. Ce que je n’aime pas dans ses projections, c’est qu’elles s’adressent à beaucoup de monde. Il est prisonnier de sa célébrité. Nous avons bavardés ensemble lors d’une exposition collective à Copenhague. Il y avait exposé une très bonne affiche, très efficace. C’est quelqu’un de très bien, mais je n’arrive pas à adhérer à son propos, en plus il ne vend qu’aux pires collectionneurs du monde. Il est sincère contrairement à Buren qui ne pense qu’à l’argent. Je suis désolé d’être aussi méchant, mais c’est le revers de ma sincérité.
Qu’avez vous contre Daniel Buren? Buren est intelligent mais c’est un artiste mineur, il n’appartient pas à l’histoire de l’art. Ces idées viennent directement de Wladyslaw Strzeminski, le grand artiste constructiviste polonais, de Dan Flavin et de moi. Il n’a jamais été intellectuellement honnête dans sa démarche. Les miroirs qu’il utilise sont directement inspirés d’un peintre de la Renaissance, dont j’ai oublié le nom, mais qui est visible au musée du Louvre. Sa réflexion sur les musées est a-historique, mais le pire c’est qu’elle a été reprise en France comme une vérité indiscutable par les universitaires de gauche.
Vous n’avez pas aimé son exposition au Guggenheim? L’exposition de Buren au Guggenheim de New York en 2005 était affligeante. Je suis outré qu’il attaque de cette manière Dan Flavin, qui était bien meilleur artiste qu’il n’est. Son œuvre est décorative et très intellectuelle à la fois. C’est très français. C’est pour cela que dans le conflit l’opposant à Dan Flavin, vous vous rangez derrière lui et que vous le supportez. Dan Flavin a été l’un des premiers à le démasquer. Il a finement observé que son art devait tout à la décoration intérieure. Buren se confond avec cet art mineur. Vous avez un vrai problème en France et Buren en est le parfait exemple. Je reste persuadé que les meilleurs artistes de France ne sont pas français. Picabia par exemple était bien meilleur que Duchamp.
Vous aimez quand même bien quelque chose chez Buren? Contrairement à Flavin il est dépourvu d’humour. C’est très important d’en posséder. Toute grande œuvre est basée sur l’humour. Vous aurez compris que je ne l’aime pas, mais j’ai la sincérité de penser qu’il a fait de grandes œuvres, comme celle du Palais Royal par exemple. Quand il lui arrive d’être bon, il se rapproche de Matisse. Il faut reconnaître qu’il a de temps en temps de grands succès. Mais il reste à mes yeux représentatif de l’art monumental et égocentrique des années Mitterrand.
Paris vous rend souvent hommage, comme en 2000 où une rétrospective vous était consacrée au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris... L’exposition à l’Arc est l’une de mes plus mauvaises de ma carrière. Elle était nulle car la directrice, Suzanne Pagé, ne m’a laissé aucune liberté de mouvement. Je n’ai rien pu faire. Pour une de mes œuvres j’avais besoin de lumière on m’a relégué au fond d’un cagibis, et à l’inverse pour montrer mes vidéos j’avais besoin d’une lumière tamisée et j’ai eu droit à des sunlights. La bêtise a été jusqu’à augmenter l’intensité de la lumière dans la salle Raoul Dufy. Suzanne Pagé déteste le skateboard et donc elle a détesté mon projet de
Skate Park! Elle est si conservatrice, si rigide que l’expérience a été épouvantable.
Vous pensez que Paris brille par son conservatisme? Je suis content de travailler avec les gens de la galerie Marian Goodman de Paris. Ils sont très ouverts d’esprit. Je suis libre de faire ce que je veux, comme à l’époque où je