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INTERVIEW
Yvan Salomone
Yvan Salomone, Maquis (Le Plateau)



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Yvan-Salomone-<i>Sans-titre<-i>-Aquarelle-©-Yvanb-Salomone

Yvan-Salomone-Sans-titre-2002-Aquarelle-sur-papier-cadre-bois-104-x-145-cm-Photo-paris-artcom-Courtesy-Galerie-Praz-Delavallade

Yvan-Salomone-Sans-titre-2002-Aquarelle-sur-papier-cadre-bois-104-x-145-cm-Courtesy-Galerie-Praz-Delavallade

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tels sujets. Je ne les évite pas, mais je sais que je peux être plus léger par ailleurs. J’examine comme un journaliste, dans le sens du journal intime, une actualité diverse. Un hôpital en Afrique, un bateau en Israël, un bus en Italie, une place déserte à New York...

Public: Il n’y a personne?
Il n’y a pas d’individu arrêté... Il n’y a pas d’individu visible. Personne puisque ces zones sont désertées pour des raisons de révolution économique (raisons de valeurs d’assurance- vapeurs d’échange). Zones post-industrielles, zones vastes où l’individu y figure dans une rupture d’échelle qui le fait disparaître. Il n’y a personne parce que les zones portuaires se ferment, se protégent. A l’encontre de ce que certains artistes du XVII e et XVIIIe siècle ont pu dépeindre. C’est-à-dire des zones où toute la population venait chercher la vie, l’activité ou des rencontres. Des dérives y étaient possibles. Les quais sont devenus des lieux de danger, donc des lieux légalement interdits au public. Pour la plupart de ces endroits, notamment à New York, j’ai été obligé de feinter pour y pénétrer, à défaut d’autorisation. C’est assez surprenant dans des villes comme Dunkerque, Le Havre, Marseille, où le port est en contact avec la ville, mais interdit à sa population. Ça ressemble au désert mais aussi à la guerre. C’est pourquoi je cherche à habiter ces lieux, en intention, en intensité, par projections, par l’appareil de prise de vue, par l’appareil psychique, par ces surintensités qui peuvent signaler une humanité, des individus, des histoires.

Eric Corne: Il y a une sorte d’achronie qui se retrouve dans ton travail, un temps étal, sans début ni fin. Elle te permet une sorte d’utopie, de mettre sur le même principe d’équivalence une zone portuaire, un hôpital, ou en même temps de citer, involontairement ou volontairement, Piero della Francesca. Par exemple, dans cette aquarelle qui représente la maison rouge...
Ou ici, plus particulièrement, Warhol, les Drawing by numbers. Il y a des déplacements qui font se rencontrer des choses qui n’ont rien en commun. Je ne m’interdis pas ces collisions car je pense qu’elles sont la vitalité de ces peintures. Je n’ai pas connu les souffrances, la menace tendue. Je n’ai pas eu à subir directement cette peine. Néanmoins, à chaque fois que j’allume la radio, je fais la grimace. Au moment où nous parlons, là, dans cette salle, il a des hommes massacrés par d’autres. Des menaces de bombardements d’un pays par l’autre. La grimace est permanente et ces peintures sont ces convulsions hautes en couleurs... Je les relève un peu à la façon des masques enfantins. Ce qui crée une ambiguïté, un entredeux... On pourrait aussi s’arrêter à une sorte de faux-semblant, sur une sorte de joie à décrire des paysages sans conséquence. Par exemple, ce paysage bleu qui se froisse de trop d’eau dans sa partie inférieure...

Public: C’est une forme d’ironie?
Non, je ne pense pas que ce soit ironique. Je provoque des grimaces en utilisant la couleur, et parfois c’est douloureux. Il n’y a pas d’ironie. Souvent, je dis que je fais l’idiot avec le paysage. Et c’est vrai qu’il y a le burlesque, le grotesque. Il y a peut-être un renversement proche de celui de Keaton, où le rire se confond avec les pleurs et vice et versa. Ça me confond. Un rideau de larmes... Ces chroniques ont un statut particulier puisqu’elles sortent très occasionnellement de l’atelier. Au With de Witte, Chris Dercon m’avait proposé une exposition: j’ai envoyé une aquarelle chaque semaine pendant huit mois. Elles ont été montrées dans le même cadre et ont été changées chaque semaine. Là, j’ai trouvé l’exposition idéale celle qui convient parfaitement à mon travail. Le fonctionnement journalistique y trouvait sa température idéale, et j’aurais voulu que ce soit sans fin... La chronique sortait de l’atelier, passait par Rotterdam et revenait à Saint-Malo. La suite avait lieu. Le déplacement et la condensation aussi. Je pense que c’est une des meilleures façons de montrer mon travail. Autrement, Je montre un ensemble de chroniques relayé par les éditions en noir et blanc que j’édite à chaque exposition. Sorte de tragique rébus, qui permet de remonter, si l’on peut s’en donner la peine, les cases du jeu de l’oie que je construis petit à petit.

Eric Corne: Pour cet accrochage, tu as choisi vingt-deux chroniques, deux fois onze? C’est aléatoire?
Vous m’avez offert un mur dont les dimensions me permettaient de le faire. Ni plus ni moins. Il y a juste deux rangées. Certaines aquarelles trouvent mieux leur place en bas et d’autres en haut. A part cela, je fais un accrochage libre.

Maëlle Dault: Ça serait donc une chronique sans chronologie?
Il n’y a pas un récit qui se construit, je ne suis pas un romancier, je suis un chroniqueur.

Eric Corne: Il n’y a pas d’actualité?
Il y a une actualité, mais point par point. Chaque semaine est le récipient d’événements. Une mise au point. Je me laisse imbiber par des événements privés et publics qui font de mes aquarelles ce qu’elles sont: des cibles. On peut imaginer les événements qui habillent ou qui déshabillent la réalité au point de la montrer comme ça. Cible et projections. Voile et Dévoilement. Masque et mise à nue...

Eric Corne: Et pour les onze?
Le chiffre onze... Mot de onze lettres pour symboliser et cristalliser cette oralité secrète, retenue, impossible... J’ai choisi d’accompagner chacune de ces aquarelles d’un sous-titre, un point de mémoire (l’ensemble des soustitres défile sur le générique qui est sur le prompteur qui est là, derrière vous). J’avais choisi dix lettres au tout début, puis l’addition d’une onzième lettre m’a donné plus de liberté pour condenser, faire des motsvalises plus attachants. Onze ans après, j’ai plus de quatre cents «comédiens» dont les noms défilent sur ce «générique»... Il ne s’agit pas d’une œuvre, c’est

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