N’as-tu pas peur que les sociétés ne réagissent par une « extension de capital artistique » ?
Oui, car c’est s’ouvrir à un monde quasiment inconnu. On a toujours peur de l’étranger, de ce que l’on ne connaît pas. Le lancement de l’OPAA est simplement une prise de contact, réussie en ce qui concerne le CJD.
La deuxième étape va bien sûr plus loin qu’un simple effet d’annonce. Il s’agit de penser de réelles articulations entre artistes et entreprises. L’équilibre interne d’une entrepr
se est parfois fragile ou délicat, et il n’est pas facile de soutenir la venue d’un artiste au sein d’une PME qui peut connaître des difficultés. Le patron n’a pas forcément les bons arguments pour justifier auprès de ses salariés une expérimentation artistique qui peut être jugée hasardeuse.
Il est certain que nous allons travailler au début avec quelques entreprises seulement, peut-être plus solides que d’autres. Il faudra que ces tentatives soient des succès, encore faut-il que le notion de succès soit entendue par les deux parties. Seul le dialogue le permettra.
Il a donc fallu imaginer un cadre juridique pour ces zones de contact entre artiste et économie à travers le CJD. C’est la deuxième étape. C’est ainsi que nous travaillons depuis plusieurs mois avec Caroline Schirman, attachée juridique d’une institution culturelle, qui développe un protocole d’accord assez large et qui s’adaptera en fonction de l’artiste et du chef d’entreprise. Caroline Schirman sera présente lors des premiers rendez-vous comme un arbitre qui expliquerait les règles du jeu avant que l’expérimentation ne commence. Elle suivra le projet et interviendra quand cela sera nécessaire. On comprend bien ici les nouvelles collaborations entre droit, économie et art contemporain, comme nous pouvions comprendre les articulations entre art et architecture à travers l’art nouveau au début du XXe siècle.
Tout le projet se gère en temps réel. Il s’agit quasiment d’un jeu de rôle dans lequel l’artiste se sent étranger à la sphère économique organisée en réseau. C’est une interpénétration, une partie d’échecs où l’artiste doit se placer et déplacer en fonction de ce qui se déroule, et où l’autre en fait autant. On parle là de résistance et de stratégie. Si les sociétés réagissent par une « extension de capital artistique », le pari sera gagné.
Ton projet fédère plusieurs collaborateurs. Comment se situe l’IEP de Paris ? Toutes les informations sur les événements liés au projet seront mises en réseau sur l’extension du site internet du CJD de l’Interface art & économie. Cette articulation est gérée par l’artiste et maître de conférence à l’Université Franche-Comté, Pôle Monbéliard, Miguel Almiron. Il dirige l’articulation entre son université et l’Interface art & économie du CJD. Il travaille avec ses étudiants sur la réalisation et la mise à jour du site internet de l’Interface. Cela permet aux étudiants de se mettre en contact avec un vaste réseau d’entrepreneurs et de participer à un projet artistique.
Actuellement, je travaille avec Seloua Boulbina, maître de conférence à l’IEP Paris, marraine du projet, qui est aussi passionnée par l’art contemporain. Nous réfléchissons à une articulation avec l’école de journalisme de l’Institut, c’est en cours. Cette interface est un carrefour culturel entre monde de l’entreprise, université, instituts à travers un projet artistique.
Nous nous réunissons régulièrement au bureau national du CJD 19, avenue Georges V : jeunes dirigeants, artistes, philosophes, journalistes, etc., pour parler de ce que peut être notre environnement de demain.
A chaque nouvelle articulation avec un nouveau partenaire, le site internet se développe grâce aux élèves de Miguel Almiron, tous les acteurs sont alors en contact pour travailler ensemble. Cela veut dire que le projet tout en se développant, se décentralise. Chaque personne s’occupe et dirige son articulation. Le tout est de centraliser l’information.
L’association des Amis du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris soutient le projet. Nous essayons actuellement d’articuler le projet avec l’Allemagne, l’association Rohkunstbau (
www.rohkunstbau.de) est aussi partenaire du projet.
A présent que la première exposition a eu lieu, comment amorcer les premières OPAA ? Et bien l’OPAA a déjà été lancée il y a un an en allant proposer le projet au CJD qui est désormais soutenu ! Bien sûr il y a des événements qui ponctuent le parcours du projet. Le CJD organise régulièrement des séminaires autour des grandes questions qui se posent d’ailleurs à l’ensemble de la société.
En janvier, 300 chefs d’entreprise se sont rencontrés pour réfléchir à la question de la délocalisation. Des personnalités ont été invitées afin d’apporter leur point de vue : Gilles Leblanc, Directeur du Cerna (Centre d’études économiques de l’Ecole des Mines de Paris), Michel Albert, membre du conseil de la politique monétaire de la Banque de France, Stéphane Leneuf, chef du service économique de France Inter, Salahdinne Mezouar, Ministre de l’industrie, du commerce et de la mise à niveau de l’économie du Maroc, etc. Dans ce cadre, j’ai proposé un group show sur ce même sujet avec 14 artistes dont : Yann Toma, Rebecca Young, Emmanuel Régent, Marie Reinert, Pascal Lièvre, Katrin Gattinger, Benjamin Sabatier, etc.
Le prochain séminaire développera des réflexions autour de la question des relations de travail. Donc l’Interface proposera des expositions régulières qui permettent aux artistes de rencontrer directement des chefs d’entreprise, des responsables politiques. Les expositions sont ensuite présentées au bureau national à Paris pour un événement plus traditionnel avec un vernissage mais qui permet de mettre en place une plate forme de rencontre transdisciplinaire.
Chaque année, une grande exposition montrera les projets réalisés à travers ces zones de contact entre artiste et PME.