révolutionnaire qui se démarque de l’ultra violence qui a suivi. Il ne reste plus aucun survivant de cette première génération, ils ont tous disparus, ceux qui ont été arrêtés se sont “soi disant” suicidés en prison. Les autorités sont à l’origine de la radicalité de la RAF. Cette histoire est encore d’actualité car des membres des générations suivantes continuent de purger leur peine.
Faire le portrait de ces terroristes, c’est une réhabilitation? Space Invader. Je ne vou
ais pas prendre position. Mais en me documentant j’ai été très intéressé par leur histoire. Le but des tableaux est d’éveiller la curiosité du public. La Bande à Bader prend sa place dans la généalogie des
Bad Men, cependant à l’intérieur de cette famille, ils n’appartiennent pas à sa branche la plus extrémiste. En regardant de près leur parcours il est facile de leur accorder les circonstances atténuantes.
Y a-t-il des points communs entre la Bande à Bader et toi? Space Invader. En optant pour la lutte armée ils ont choisi la clandestinité. Cet aspect m’intéresse beaucoup. En masquant leur visage, ils ont décidé de ne pas apparaître. Il existe très peu d’images d’eux. Space Invader, mon personnage, lui aussi se dissimule pour mieux travailler.
Comment t’est venue l’idée des Bad Men? Space Invader. L’image de Florence Rey m’a toujours fasciné. Elle avait défrayé la chronique en 1994 à la suite d’une course-poursuite sanglante. Cette adolescente avait été arrêtée, tandis que son amant et complice avait été abattu par la police. La soirée meurtrière coûta la vie à cinq autres personnes, dont trois policiers. La presse s’était emparée de l’affaire en publiant cette photo étrange. Sur le cliché la criminelle se transformait en sainte. J’ai conservé cette coupure de presse pendant des années. J’ai réalisé son portrait en rubikcube en 2005. Elle a initié la série des
Bad Men fin 2005.
A partir de quels documents réalises-tu tes portraits en rubikcubes? Space Invader. Je peux garder une photo dans le fond de mes tiroirs, utiliser des coupures de journaux, mais aujourd’hui avec internet et Google Images on dispose d’une base de travail extraordinaire. Je n’ai qu’à choisir et à transformer les images. Les seules contraintes sont celles qu’imposent les couleurs du rubikcube. Ma palette se réduit aux six faces du cube. Il faut beaucoup les combiner pour obtenir un résultat ressemblant et satisfaisant.
Comment fais-tu pour simplifier l’image avant d’en faire des cubes? Space Invader. J’abîme l’image en baissant fortement sa résolution. J’obtiens une image avec un très petit nombre de points. L’idée est que chaque points du dessin correspondra à une case du cube.
J’ai trouvé que cette nouvelle série relançais ton travail. Space Invader. Je sens bien le Rubikcubisme insuffle un nouvel élan à mon travail, c’est bien pour ça que j’y travaille assidûment. En voyant les premiers résultats, j’ai réalisé que j’ouvrais une nouvelle porte. Je travaille de manière intuitive. Mon travail n’a de sens que si je m’y investis complètement. Les invasions urbaines en céramiques sont un succès car j’ai envahi cinq continents. Cette réussite n’a été possible que grâce à un effort constant des dix dernières années. Depuis six mois j’ai ressenti le besoin de changer d’air et de me consacrer à d’autres travaux, à relever d’autres défis. Je ressens la même excitation qu’avec mes premiers
Space Invaders.
Les portraits en rubikcubes se dévoilent et se cachent dans un même mouvement. Space Invader. Le Rubikcubisme se rapproche de l’Op Art. Pour regarder une pièce il faut prendre de la distance. De près, l’image n’est qu’un amas de cubes et de couleurs, ce n’est qu’en reculant que le visage apparaît. Plus on s’éloigne du tableau, plus il paraît net. Il y a deux ans, j’ai exposé une
Mona Lisa dans la vitrine d’une galerie à Lyon. A l’entrée de la galerie, l’image était invisible. Pixelisée à l’excès. Ce n’était que sur le trottoir d’en face que les traits de la
Joconde apparaissaient. Suivant la place du spectateur les visages sont ressemblants ou informes.
Quel est l’enjeu de cette mise à distance? Space Invader. L’interaction avec le spectateur. Pour qu’il se confronte au tableau, il doit au préalable trouver une distance acceptable. Les
Bad Men de la RAF renvoient les spectateurs allemands à leur propre image. En se penchant sur leur histoire, ils touchent du doigt leur passé. Mais en collant leur nez au tableau, l’exercice proposé se retourne contre eux. Au lieu d’y lire une vérité, ils n’y trouvent qu’une imprécision, qu’un tachisme cubique. L’évidence promise n’est qu’une abstraction pixelisée. Ce n’est qu’en se reculant qu’ils remettront en place les pièces du puzzle. J’aime cette métaphore qui consiste à s’éloigner du sujet pour mieux l’appréhender. Pour ce qui me concerne, j’ai toujours hâte de terminer mon travail pour être le premier surpris et voir l’effet qu’il produit.
Parallèlement aux tableaux en rubikcubes tu développes des sculptures de plein air. Space Invader. Il est difficile de travailler en volume avec des rubikcubes de 5 cm de côté. Il en faudrait des millions. Il y a un an j’ai posé dans la rue des pièces réalisées à partir de boîtes de carton. Les résultats étaient concluants, mais j’ai continué à améliorer la technique. Pour la prochaine biennale de Bangkok, je réaliserai des sculptures géantes intégrants des cubes en plastique géants.
Un autre chantier me paraît prometteur dans ta production, il s’agit des alias. Peux-tu nous en parler? Space Invader. Un alias, dans le vocabulaire informatique, est l’adresse d’un document original. Ce raccourci fonctionne comme un routeur, il renvoie au fichier premier. Cette définition me trottait dans la tête depuis plusieurs années. Je