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INTERVIEW
Pierre et Gilles



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Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Homo-erectus<-I>-2004-Photographie-peinte-109-5-x-82-5-cm-(chaque)-©-Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Le-Vaisseau-fantome<-I>-2004-Photographie-peinte-74-1-x-58-9-cm-©Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Vive-la-France-<-I>-2004-Photographie-peinte-125-x-101-cm-©Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Hercule-contre-l-Hydre-de-Lerne<-I>-2004-Photographie-peinte-122-5-x-92-cm-©Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>David-et-Jonathan<-I>-2004-Photographie-peinte-130-x-105-5-cm-©Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Sans-toi<-I>-2004-Photographie-peinte-72-1-x-104-3-cm-(c)-Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

Pierre-Gilles-(actifs-depuis-1976)-<i>Fleur-de-Shangai<-I>-2004-Photographie-peinte-95-5-x-69-cm-©Pierre-et-Gilles-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-Paris

  
et au cinéma.
Gilles. Non je ne partage pas votre point de vue. L’art contemporain est très important, c’est lui qui amène du renouveau dans la création, c’est lui qui alimente l’imaginaire des créatifs. La mode est suiveuse, elle récupère à son profit les inventions, mais elle n’est pas du tout pionnière. Avant tout, c’est la vie qui fait bouger les mentalités. La rue est très importante pour ça, c’est elle qui génère de l’énergie, qui fait l’art.

Vous êtes des portraitist
s ?

Gilles. Le portrait est le point de départ de tout, il est presque notre médium. Le modèle peut jouer son propre rôle, mais le plus souvent il endosse la peau d’un personnage. En cela notre travail se rapproche plus du cinéma et du théâtre que du portrait.

Vos photos sont toujours le fruit de rencontres ?
Pierre. Notre travail se mélange avec notre vie. Les rencontres que nous faisons donnent naissance à des envies, à des désirs, notre curiosité est excitée et c’est le point de départ des histoires que l’on raconte par la suite. Les photos viennent après les rencontres.

Vous êtes plus intéressés par percer le mystère de votre modèle ou plus attirés par lui faire endosser un personnage à jouer ?
Pierre. Les deux nous intéressent. Il n’y a pas de règles. Parfois nous cherchons la meilleure personne pour jouer un personnage historique ou mythologique, et d’autre fois la rencontre avec un modèle éveille notre envie, créé le désir spontané de travailler avec lui.

Gilles. Mais à chaque prise de vue la surprise s’invite sur le cliché. Le public reconnaît notre travail par notre style, nos mises en scène, les décors avec toutes les petites étoiles. Mais je crois surtout que les gens nous reconnaissent par les jeux de regards, les expressions du visage que nous mettons en place. Invariablement nous revenons toujours vers ce type de pose. Quelque chose se passe et une légère tristesse perle inconsciemment dans ces photos joyeuses, c’est ça qui nous caractérise beaucoup plus que les paillettes et les décors. C’est vrai Pierre ? Quand tu photographies, tu cherches à aller chercher ça chez la personne, tu la sondes, tu cherches...
Pierre. [Grand sourire] A percer son âme.

L’arrivé du numérique a changé quelque chose dans votre travail ?
Gilles. Notre façon de travailler ne diffère pas d’avant, mais nous sommes très intéressés par le numérique. Nous l’utilisons en plus des outils traditionnels. Pierre photographie toujours de la même façon, ensuite il scanne ses photos, ce qui nous permet de travailler un peu plus les images avant le tirage. Les impressions se font désormais grâce à des imprimantes qui utilisent des pigments. Cette technologie nous permet d’utiliser de la toile et non plus du papier. C’est paradoxal, mais le numérique nous rapproche de la peinture ! Le tirage sur toile de la photo place notre travail dans l’idée de la peinture la plus classique. Nous employons cette technique depuis un an.

Pierre. Le numérique permet de préparer des étapes futures. C’est un travail plus long, cela rajou te une phase supplémentaire qui nous permet de gagner en précision et de nous rapprocher au plus près de ce que nous imaginons. Mais fondamentalement, le travail reste le même puisque in fine Gilles peint toujours par dessus la photo. Le numérique permet de retoucher les couleurs, de faire un ciel plus bleu, de modifier la silhouette d’un modèle. On reste ouvert à toutes les techniques, mais nous n’avons pas été des pionniers dans le numérique.

Gilles. Nous ne sommes pas les précurseurs du numérique certes, mais dans un certains sens nous avons toujours fait de la retouche. Qu’elle se fasse à la pointe d’un pinceau ou d’une palette graphique ne change rien, c’est toujours le même principe.

Vous êtes-vous intéressés aux néo-pictorialistes qui au début du XXe siècle rehaussaient leurs tirages photographiques avec de la couleur?
Pierre. Non, par contre nos voyages en Orient nous ont ouvert sur la retouche des photos. Dans les pays arabes, en Asie et en Inde, les photo s sont très souvent retravaillées.

Avez-vous conscience de véhiculer un corps archétypal ?
Pierre. Non, tous les types de corps sont représentés. Les garçons sont androgynes et viriles, fluets ou athlétiques, les filles peuvent être rondes ou minces, nos personnages sont jeunes ou âgés. Nous ne recherchons pas des dimensions et des tailles précises. Ce sont les rencontres et les gens qui viennent à nous qui motivent notre travail. Par contre nous aimons idéaliser.

Gilles. A la différe nce d’un Thierry Mugler, qui n’aime que les corps très minces, nous ne sommes pas attachés à un physique particulier. Nous aimons les physiques et les races différentes. Pour ce qui est de l’âge, on peut dire que nous réussissons à rajeunir les gens qui passent entre nos mains.

Est-ce que l’imagerie gay impose une dictature du corps ?
Gilles. Nous ne représentons jamais un seul type de corps. Les modèles ne sont pas uniformes, nous n’alignons jamais les mêmes petits soldats. Si vous prenez Hercule, le garçon est champion de bodybuilding, quand à L’As de trèfle, il est tout menu. Chez nous aucun diktat, aucune dictature.

Mais vous ne photographiez pas de gens laids par exemple ?
Pierre et Gilles [en cœur]. Ça dépend des goûts.

Gilles. On ne peut travailler qu’avec des gens qu’on aime et qui nous inspirent. On peut pas travailler avec des gens qu’on aime pas, qu’ils soient célèbres ou pas. Nous idéalisons beaucoup, mais notre travail est aussi très morbide. Comme chez Warhol, nos personnages sont presque momifiés. Ce sont des masques mortuaires. Ils ressemblent à Grace Kelly dans son cercueil, très maquillée et bien coiffée.

Que représente l’autoportrait chez vous ?
Pierre. C’est un petit rituel.

Gilles. C’est un besoin qui

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