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INTERVIEW
Paul Pouvreau (Semaine)



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Paul-Pouvreau-<i>La-Cabane<-i>-2003-2004-Video-et-photo-©-Paul-Pouvreau

Paul-Pouvreau-<i>La-Cabane<-i>-2003-2004-Video-et-photo-©-Paul-Pouvreau

Paul-Pouvreau-<i>Paysage<-i>-1997-Photo-85-x-124-cm-©-Paul-Pouvreau

Paul-Pouvreau-<i>Paysage<-i>-1997-Photo-85-x-124-cm-©-Paul-Pouvreau

  
absolument parfaite. Il avait sans aucun doute une connaissance complète de l’espace, comme de son outil, un simple balai. Il a réussi à tracer cette ligne comme un très beau dessin sur le sol. Et je me suis dit que c’était une performance extraordinaire!! C’était superbe.

D’après ce que tu dis, tu recherches aussi une forme de beauté.
Oui, Je pars de matériaux très sommaires, dans le but d’opérer une transformation.

Il y a une forme d’optimisme chez toi : avec d
s choses ou des actes très simples, banals, il peut se passer quelque chose. Dans ce même ordre d’idée, je pense à une photo que tu viens de réaliser ici... Tu as d’abord apporté ces deux documents tirés d’un catalogue de La Redoute: deux femmes en blouse à fleurs, deux mannequins qui portent des blouses plutôt destinées aux grand-mères de la campagne. Ces deux images sont en elles-mêmes des paradoxes. Ont-elles le même statut que les cartons?

Cet optimisme tient en effet à la part de beauté qui potentiellement réside en toute chose, même la plus rudimentaire, la plus banale ou la plus déconsidérée. Il est aussi présent pour contrecarrer la part sombre du travail, son aspect plus pessimiste. J’aurais tendance à dire que le travail se résout souvent par la traduction de formes ou d’attitudes tragi-comiques.
Quant aux documents prélevés dans le catalogue de La Redoute, ils m’ont permis d’élaborer une photographie qui traite également du paysage mais comme d’un motif, allusion répété dans l’histoire de la représentation, au corps de la femme. Il en résulte une image un peu tendre et violente, désuète et étrange, qui fait appel à l’enfance, à ces cartes florales que l’on a pu envoyer pour la fête des mères. C’est aussi "la femme cachée dans la forêt", celle que je ne vois pas, et le désir sexuel qui s’y attache. J’ai réalisé deux propositions de cette image. L’une avec Elsa, qui était stagiaire au centre d’art cet été, à qui j’ai demandé de poser. Finalement, l’image ne m’a pas paru satisfaisante et j’ai gardé celle où je pose moi-même. Peut-être parce que cette relation entretenue entre le paysage et le corps de la femme n’est qu’une projection masculine, et que pour cette image, il était plus juste d’y faire figurer un homme.

Les personnages dans tes photographies ont une certaine neutralité. On ne peut absolument rien supposer sur ce personnage que tu joues toi-même, à part qu’il a des postures un peu invraisemblables.
Oui, il n’y a pas de représentation du visage, je m’arrange pour que le visage ne soit pas identifiable, parce que justement, je n’ai pas envie d’en faire des autoportraits, au sens classique du terme. S’il y a une notion d’autoportrait, c’est dans l’ensemble de la construction de l’image. Tous les éléments font signes pour éventuellement définir la teneur du personnage, sa fragilité, son intention, mais aussi cet inconscient de l’image qui le figure.

La photographie que tu as faite avec Damien, lui aussi stagiaire au centre d’art, n’est pas issue d’un élément que tu avais déjà, comme ces images découpées dans les catalogues.
Non, en effet. Mais c’est tout de même le parc et l’image qu’il véhicule comme espace grandiloquent et sublime qui a suscité cette photographie avec Damien. Il me semblait que cette situation privilégiée de silence, de contemplation ne correspondait pas aux relations que nous entretenons au quotidien avec l’espace. Il est souvent plus bruyant, plus violent, sujet à convoitise ; pas seulement d’un point de vue sonore mais aussi dans sa forme. À partir de ce sentiment-là, j’ai effectué un repérage dans le parc et je suis arrivé sur ce terrain de tennis, un peu délabré, un peu à l’écart du parc. Et ce lieu a attiré mon attention et ma curiosité, parce qu’il constituait un contrepoint à cette atmosphère quelque peu idyllique.

C’était aussi davantage dans ton registre.
Oui, en effet, j’aime bien les espaces délaissés, ceux qui ne sont pas entretenus, parce qu’ils laissent entrevoir, par les objets ou les traces qui s’y sont déposés, les marques d’histoires ou d’actions passées. D’une certaine façon ils constituent des scènes multiples, dont les scénarios sont à déchiffrer ou à activer. Finalement pour cette photo, j’ai fait poser Damien en lui demandant d’effectuer un geste. Il jette un sac de vêtements au-dessus du grillage. Le geste enregistré par la photo se perçoit comme gracieux et violent à la fois. Tout le plan de l’image est barré par la trame du grillage. On se demande si le personnage s’est échappé ou s’il est prisonnier, prisonnier de lui-même peut-être, ou de l’image, on ne sait pas trop. Et à l’arrière-plan de l’image figure le parc, mais il semble moins paisible qu’il n’est censé l’être.

En fait, le lieu de résidence, Pougues-les-Eaux, est en contradiction avec ce que tu cherches en général pour ton travail. Le cadre est bucolique et champêtre alors que tes photographies montrent en général des lieux beaucoup plus communs, ordinaires, voire sordides, où tout pittoresque est exclu…
Je ne cherche pas systématiquement des endroits sordides ou terrifiants, mais en effet, des lieux plus familiers, plus communs. Ces lieux que je repère m’intriguent pour la capacité qu’ils ont à porter une contradiction ou une ambivalence quant à l’ambiance qu’ils dégagent. Ils peuvent être beaux et terrifiants à la fois, comporter une certaine drôlerie et être tragiques, prendre l’apparence de décors et pourtant être bien ancrés dans notre réalité. Il y a une certaine fragilité quant à l’identification des lieux ou des actions qui s’y passent. Le mouvement du travail se construit sur ce point de tension, sur cet équilibre précaire.

Tu refuses que ces volumes soient assimilés à de la sculpture. Tu ne parles que d’architecture.
Oui. Ces architectures sont sommaires, au même titre que les matériaux que j’utilise dans le travail. Comme tu le faisais

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