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INTERVIEW
Patricia Dorfmann (galeriste)



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Nicola-L-<i>Terre-et-collage<-i>-1965-1966-Toile-de-coton-terre-76-x-106-cm-Courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann-photo-paris-artcom

Raphael-Boccanfuso-<i>Sans-titre-1<-I>-2001-Photo-couleur-©-Bule-et-Raphael-Boccanfuso-courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann

Zong-De-An-<i>Le-Temps<-I>-1998-Papier-bleu-82-x-180-cm-Courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann-photo-paris-artcom

Zong-De-An-<i>Le-Temps<-I>-1998-Feuilles-de-papier-vert-et-papier-rose-156-x-400-cm-Courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann-photo-paris-artcom

  
financiers, du statut du galeriste. Beaucoup de choses ont changé depuis. Peut-être qu’avec les années, je suis devenue plus sûre, plus rassurante, j’ai beaucoup appris. Pouvoir protéger les artistes c’est primordial.

Comment est disposée la galerie ?
Le galeriste est à la fois commissaire d’exposition, agent, producteur, vendeur, attaché de presse. Ses domaines de compétence doivent-être visibles et se manifester scéniquement.

C’est pour cela que l’entrée
st un endroit spécial.

L’entrée est consacrée à des projets spécifiques, elle inclut souvent des artistes invités ne faisant pas partie de la galerie. Ponctuellement je peux travailler avec des artistes que j’aime, cela me permet aussi de nouer des relations avec d’autres galeries. Cette participation s’inscrit dans une production exclusive pour la galerie. Grâce à cela, des artistes peuvent être montrés en dehors de la programmation de la galerie. Le projet peut tourner autour d’une édition. Tout cela est très ouvert, tourné vers l’extérieur, cela permet de nombreuses rencontres, c’est très enrichissant. C’est une plateforme qui permet de réunir des gens différents. C’est un peu stratégique aussi, grâce à la mode et au design, d’autres personnes découvrent un lieu consacré à l’art contemporain. Des explications, des discussions peuvent s’engager et permettre de dépasser les préjugés de chacun.

J’avais l’impression que l’art contemporain était à la mode ?
Cela va beaucoup mieux depuis un certain temps, mais les gens restent encore hésitants. J’ai toujours valorisé et favorisé les rencontres entre les disciplines. La galerie doit pouvoir, à mon sens, dresser des passerelles entre les genres et les gens, elle ne doit pas se limiter à être un lieu d’exposition.

La Fiac attire de plus en plus de monde.
D’un côté c’est bien car les gens découvrent, apprennent et c’est bénéfique, mais nous les professionnels, nous sommes là pour travailler. L’emplacement est loué très cher, l’investissement est à la hauteur de l’enjeu économique. Les foires sont une réalité sonnante et trébuchante, il faut pouvoir rentabiliser le stand. Le pragmatisme doit-être de rigueur, nous devons rencontrer des collectionneurs, des acheteurs et pouvoir faire des transactions.

Mais les ventes ne sont pas assurées lors du vernissage, avant la manifestation ?
Les ventes se font tout au long de la Foire, mais il y a aussi des périodes où il y a seulement du passage, des promeneurs.

Pour revenir à la disposition spatiale de la galerie, après l’entrée il y a un couloir qui mène à l’espace du fond.
Après l’espace consacré aux projets spécifiques, j’ai disposé de la documentation sur les artistes. Il y a aussi des vitrines où l’on peut voir les prix de certaines éditions ou de petites pièces originales. C’est important de rappeler que la galerie est un lieu commercial, ce n’est pas un musée. Ce dispositif tente de faire comprendre qu’une galerie fonctionne sur les ventes comme n’importe quelle autre entité commerciale. Annoncer certains prix permet de changer l’état d’esprit des personnes qui entrent.

Et au fond se trouve l’espace traditionnel ?
Oui, il est consacré aux artistes permanents, avec qui on travaille à long terme. Cette division est symbolique, elle n’est surtout pas figée, il arrive que tout l’espace soit monographique.

Y-a-t-il un ou des profils de collectionneur chez vous ?
Il y a pas trop de profils, par contre on peut dire que généralement mes collectionneurs ont la fibre artistique, ils sont dans la mode, le design, la musique, la photographie.

Ils commencent une collection ici ?
Non, ils sont déjà collectionneurs, ils ne recherchent pas forcément quelque chose de précis, ils fonctionnent au coup de cœur.

Comment faîtes-vous pour intégrer un art qui était au départ présent dans la rue, quels sont les pièges à éviter ?
J’ai découvert le travail de Zevs à la galerie, par la suite nous sommes devenus amis, mais je n’avais jamais fait le rapprochement entre les ombres portées qu’il dessinait sur le trottoir avec sa personne. Son travail a l’avantage de s’intégrer naturellement dans différents lieux. Que ce soit à l’intérieur ou l’extérieur son œuvre se réalise toujours in situ.

Avec le Kidnapping l’œuvre fonctionne comme une « pièce rapportée » ?
Oui, mais quand il découpe sur une bâche le mannequin Lavazza et qu’il demande une rançon, il rapporte cet élément dans la galerie et construit tout une scénographie autour. En janvier 2004, il y avait une vidéo qui accompagnait ce rapt. L’interaction avec le public continuait, il fallait décrocher un téléphone pour que la bande démarre, et ainsi de suite. Le problème entre l’intérieur et l’extérieur ne se pose pas pour lui, il évite cet obstacle. Il parvient à rester intègre que ce soit dans la rue ou en galerie, mais surtout il parvient à conserver le même impact, la même force. Il est très doué. Des artistes comme lui ont besoin d’intégrer l’espace de la galerie à leur production, il leur faut du temps. J’ai proposé depuis longtemps à Space Invader d’intervenir dans la galerie, il a mis du temps à me répondre. Nous avons réussi à organiser son exposition pour mars prochain. J’en suis très contente. Je suppose qu’il avait besoin de prendre son temps pour pouvoir réfléchir et évoluer à son aise. Je pense qu’ils ont besoin d’appréhender le lieu de cette manière.

Les mêmes problèmes se pose pour un artiste comme Raymond Hains, comment faire pour exposer des trottoirs ?
J’adore les artistes qui intègrent les mots dans leur réalisation. Raphaël Bocanfuso, Zevs, André du Colombier et Raymond Hains ont comme point commun d’utiliser le langage comme medium. Cette particularité est une évidence, mais je n’y avais pas pensé au départ. Raymond Hains fait le lien

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