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INTERVIEW
Natacha Nisic
Natasha Nisic, Haus/Raus-aus (Le Plateau)



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Natacha-Nisic-<i>Le-catalogue-de-gestes<-i>-depuis-1994-Video-projection-©-Michel-N-Guyen

Natacha-Nisic-<i>Le-catalogue-de-gestes<-i>-depuis-1994-Video-projection-©-Michel-N-Guyen

Natacha-Nisic-<i>Haus<-i>-2003-Installation-en-bois-videos-©-Michel-N-Guyen

Natacha-Nisic-<i>Alouer<-i>-1998-2003-4-photographies-eclairees-par-des-neons-©-Natacha-Nisic

Natacha-Nisic-<i>Le-suicide-des-objets<-i>-Video-projection-©-Michel-N-Guyen

  
poses trois fois sur le même film puis refilmé de manière très lente. Ces photographies sont mises bout à bout... C’est trouver des trous à l’intérieur du temps de l’image pour aboutir à une autre forme de perception qui lutte avec le temps de l’image. Je ne peux pas saisir quelque chose qui arrive trop vite. C’est quelque chose de politique. Une façon de donner une lecture qui n’associe pas sens et rythme. Il n’y pas d’unicité de lecture, on propose des sens multiples, des choses intermédiaire. L’image est très piégeante en ce sens.

Eric Corne: Est-ce que tu peux nous parler du titre de l’exposition?
Le titre Haus/raus - aus est un titre en allemand. "Haus", signifie la maison, "raus", en langage familier "casse-toi" et "aus" désigne un mouvement vers le dehors. C’est quelque chose de contradictoire. On est à la fois dans le lieu, chez soi, on parle de sa propre expérience. On est en même temps exclu, amené à l’extérieur. On est entre les deux.

Maëlle Dault: Ton travail semble fouiller le réel. Tu passes d’un resserrement autour de la réalité à des écarts ou à une déréalisation pour mener à un retour vers plus de perception. Comment envisages-tu cette question du réel? Y a-t-il pour toi une nécessité à passer par ces différentes étapes?
Dans le cinéma, on est d’emblée dans le réel. Comment construire un langage, comment placer la caméra. L’histoire de l’art a transformé ces représentations, ce réalisme. Dans ma façon de penser je suis d’avantage proche de l’histoire de l’art que de l’histoire du cinéma. Il n’y a pas un réel, ce que je montre n’est pas le réel. C’est une position politique par rapport à l’image, car l’image tente de nous faire croire que c’est réel, ce n’est que de la mise en scène, du protocole. Ma tentative est de montrer ce dispositif, il y a la volonté de montrer la mise en scène. Le leurre est vite désamorcé c’est ce qui crée la distance. On n’existe qu’à partir du moment où on crée de la distance. On ne s’en sort que si on désaxe le regard. La situation de la France, si on la voit de l’extérieur, devient différente. Par exemple, la cité pavillonnaire, telle que je la filme dans Haus vue du dessus, ressemble à une maquette.

Eric Corne: C’est la question de l’ubiquité au Moyen Age, on ne donne pas un regard à voir, mais plusieurs points de vue. Alors quel serait ton rapport au cinéma ? Dans l’exposition, par exemple, je pense à Pierrot le fou, Providence et Blow up?
Le cinéma, est beaucoup trop fini pour moi, j’ai envie de le déstructurer. Le cinéma expérimental m’attire beaucoup plus. Il y a beaucoup de choses dans le cinéma, parfois il y a des moments magiques dans un plan qui me séduisent, mais il ne s’agit pas d’être dans la narration. La question du réel, la question du temps m’est posée. Le cinéma apporte des solutions aux choses. Indice Nikkei, a été réalisé à partir de tabloïds de la Bourse que l’on peut lire dans le journal, c’est très banal. Cela fait partie de nouveaux langages pseudo- scientifiques, en même temps ce n’est pas évident, c’est étranger. L’incidence du niveau de la bourse est folle, c’est quelque chose de dramatique. La position est d’avoir de l’humour là-dessus, c’est à la fois de la gravité et de l’ironie. Comment jouer ou ne pas jouer, la courbe est un écran. C’est une pureté graphique, une simple ligne.

Maëlle Dault: En même temps, avec la bande sonore, tu réintroduis de l’humain dans cette pièce, cette voix est toujours prête à faillir.
Il y a quelque chose de dérisoire devant l’étendue de l’implication réelle des choses. C’est l’impression du dérisoire.

Public: C’est poser une attitude graphique. C’est quelque chose d’abstrait mais en même temps des gens de toutes les cultures peuvent comprendre, cela traduit un sentiment.
Non, c’est la lecture de cette courbe qui devient un sentiment, la courbe est on ne peut plus neutre, quasiment scientifique. En même temps, ce sont des courbes exactes, la chanteuse chante juste, elle chante de façon exacte, comme si ces courbes étaient redessinées agrandies, il n’y a pas de sentimentalisme. C’est une proposition de distance.

Public: C’est vous qui avez choisi de peindre cette salle en rouge?
Oui, je l’ai choisi, ça pouvait être un cardiogramme, c’était pour introduire un doute sur la bourse. C’est un point chaud.

Public: Pouvez-vous parler de Zones Taboues, c’est une pièce à part dans l’exposition.
C’est un travail qui est en cours, comme tous les travaux que je fais. Je suis partie du livre de Desmond Morris, La Clé des gestes. Je suis partie de schémas qui étaient simplifiés. Au départ, je pensais introduire des mises en scènes filmées. J’ai finalement réalisé des photos où les personnes sont mises en scène. Cela crée une distance par rapport à l’objet.

Public: Dans ce travail, on pense à l’icône.
C’est aussi l’idée du négatif à partir du moment où on expose les zones qu’on touche. Si elles sont désignées, on ne peut pas les toucher. C’est l’effet du négatif et du positif, c’est le problème de la vision de l’image et du contact, la métaphore du mot "toucher". C’est la limite. Le texte de Desmond Morris devient un projet artistique sans qu’il s’en rende compte.

Public: Sur 3 x 36 aide mémoire est-ce que vous aviez le souvenir de ce qui avait été pris avant?
C’est un mélange des deux: hasard et souvenirs. C’est un jeu de technicité, c’est la même pellicule imprimée trois fois.

Public: En regardant A louer, j’ai pensé à une mise en abîme du lieu, l’architecture qui est photographiée ressemble à celle du Plateau.
Ce sont des bureaux témoins photographiés sur la Friedrich Strasse à Berlin. Où il y avait de nombreux chantiers avec des espaces achevés et des espaces non achevés. Une entreprise proposait de s’équiper avec ce matériel. Effectivement, ce sont des photos

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