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INTERVIEW
Lucie Chaumont



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Lucie-Chaumont-<i>Sans-titre<-i>-1999-Buis-et-aluminium-17-5-x-2-5-cm-Lucie-Chaumont-<i>Sans-titre<-i>-1999-Buis-et-aluminium-17-5-x-2-5-cm-Courtesy-galerie-Eva-Hober

Lucie-Chaumont-<i>Sans-titre<-i>-2000-Tube-metallique-et-elastiques-40-cm-Courtesy-galerie-Eva-Hober

Lucie-Chaumont-<i>Sans-titre<-i>-2000-Bois-plastique-et-serflex-110-cm-Courtesy-galerie-Eva-Hober

Lucie-Chaumont-<i>Sans-titre<-i>-2000-Bois-ecrous-en-plastique-et-revetement-de-sol-Diametre-120cm-Courtesy-galerie-Eva-Hober

  
par exemple, ou de s’égratigner... Ils sont à l’image de notre rapport à la réalité, fait de sensualité et de souffrance, d’innocence et de perversité. Ils sont aussi une manière de rire du monde, d’en détourner l’absurdité en poésie. Mais leur fabrication compulsive aurait pu se transformer en exercice monomaniaque: cette transformation du "monde" en jouet présentait ainsi le risque de falsifier mon rapport au réel. J’en ai réalisé une trentaine qui constitue une sorte d’attirail fondateur ou
e manifeste, et que l’un de mes professeurs à Londres a défini comme un "sac de nécessaire pour affronter le monde".

Comment cette étape fondatrice s’est-elle ensuite traduite dans ton travail ?
Après l’obtention de mon diplôme aux Beaux-Arts, les contraintes sont nées de l’espace dans lequel j’étais invitée à présenter mon travail. Ainsi, l’exposition que j’ai faite dans une galerie du XVe arrondissement était complètement conditionnée par le contexte et par le lieu. J’ai procédé sur le même mode lors de l’exposition des diplômés des Beaux-Arts, en concevant une pièce spécifique au lieu dans lequel elle devait être montrée, en me servant du contexte comme point de départ. Cette relation au lieu détermine désormais mon travail.

De quelle manière ?
Le fait de s’adapter à un espace pour l’occuper de la façon la plus adéquat — qui n’exclut en rien son détournement poétique ou absurde —, nécessite d’en saisir le fonctionnement, les mécanismes intimes, la psychologie en un sens. Il s’agit enfin d’en trouver le "mode d’emploi".
Il y a trois ans, j’ai entrepris de collectionner des modes d’emploi où apparaissent des petites mains, censées guider l’utilisateur. J’ai été fascinée par la dichotomie qui existait souvent entre le schéma conçu pour aider l’utilisateur et la complexité de sa disposition, qui plutôt que d’aider, produit l’effet exactement inverse en égarant. Ce travail avec les mains exprime aussi mon rapport à la manipulation, au geste efficace, présent dès mes premiers travaux, au fait de fabriquer. En montrant des mains articulées, affublées de pouces préhenseurs, j’ai aussi le désir de parler de mon rapport à l’acte de créer.

Le fait de présenter aujourd’hui ton travail dans un cadre collectif et dans le contexte d’une galerie dotée du projet d’échanger avec le public, d’aller à sa rencontre, a compté dans ton choix ?
J’aime quand les choses coulent naturellement. En sortant de l’école, je ne cherchais pas spécialement à être dans une galerie. Ce qui comptait était de pouvoir montrer mon travail, peu importe dans quel cadre, et de pouvoir en parler avec ceux qui venaient le voir. Le fait de pouvoir, de surcroît, travailler avec des gens de ma génération qui, comme moi, essayent des choses, en expérimentent d’autres, est extrêmement stimulant. Et puis, cette collaboration qui s’inscrit dans la durée, qui impose des échéances et donc l’obligation de produire, n’est pas moins motivante.
La volonté d’Eva, de rendre accessible la création contemporaine, de la désacraliser, de ne pas séparer la réflexion de l’objet exposé, est une démarche que je trouve généreuse et ambitieuse. C’est tout le sens de ma propre démarche: s’ouvrir aux autres, saisir toutes les opportunités de rencontres. C’est-à-dire, aller aux antipodes du système actuel qui consiste en une sorte de sanctuarisation de l’art, qui participe étroitement du désintérêt grandissant du public. Je considère que l’art est essentiel au fonctionnement de la société et à sa bonne santé. Dans ce contexte, les rencontres sont capitales, elles forcent à se remettre en cause, à questionner toujours plus profondément la société. Ces questionnements prennent souvent des allures humoristiques et légères, mais ce qui les sous-tend est grave.

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