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INTERVIEW
Kamel Mennour



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Marie-Bovo-<i>Una-Estrella<-i>-2004-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Marie-Bovo

Stephen-Shore-<i>American-Surfaces<-i>-1972-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Stephen-Shore

Kader-Attia-<i>La-Piste-d-atterissage<-i>-2001-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Kader-Attia

Nobuyoshi-Araki-<i>Sans-titre<-i>-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Nobuyoshi-Araki

  
marquer un homme au point de changer le cours de sa vie. Je viens d’un milieu assez modeste, ce qui m’obligeait à travailler durant mes études. J’étais démonstrateur télé, mais très vite j’ai arrêté. Grâce à un ami, mes week-end ont changé et je suis passé de la grande surface à la vente de lithographies. Je suis très vite tombé amoureux de ce travail, il m’a permis de me projeter en galeriste.
L’aspect commercial ne m’intéressait pas plus que les œuvres que je vendais. Ces débuts étaient
rès ingrats car mes amis étaient diplômés et travaillaient dans la finance, ils gagnaient très bien leur vie, alors que moi je galérais à faire du porte-à-porte.

C’était du porte-à-porte ? Tu ne vendais pas de lithographies de peintres anciens ?
Cette aventure a duré cinq ans. J’ai vraiment galéré, mais en contrepartie je me suis forgé un mental d’enfer. Je n’ai pas ouvert ma galerie en claquant des doigts. Je n’avais pas d’argent, pas de savoir, pas de connexions. Pour combler mes lacunes, j’ai dévoré les livres. J’ai compris l’art en achetant des anciens catalogues de vente aux enchères et j’ai pu découvrir ce qui se vendait. Je ne connaissais pas César et encore moins la côte de ses Compressions, mais loin de me freiner cela aiguisait ma curiosité, j’avais envie de comprendre et de le connaître. A partir de là, je me plongeais dans les livres, pour découvrir son travail et comprendre son importance dans l’histoire de la sculpture. Je me nourrissais de livres pour forger mon savoir et éduquer mon goût. J’allais aux puces de Vanves acheter ces précieux sésames. Je me suis lancé dans l’édition d’ouvrages d’art en partie pour ça ; parce que les livres m’ont permis de m’ouvrir à ce monde que j’ignorais complètement.
J’ai acquis ma culture grâce aux livres ils m’ont tout expliqué. Je fais un point d’honneur à éditer un livre pour chaque exposition.

Comment passe-t-on de camelot à galeriste ?
Cela passe par une évolution. J’ai fait du porte-à-porte en licence. En maîtrise, j’ai décidé de me faire licencier pour bénéficier d’une aide à la création d’entreprise. J’avais déjà une petite idée sur ce que je voulais faire. Avec un ami, nous avons arrêté le porte-à-porte pour créer une S.A.R.L. grâce aux 43 000 francs (6500 €) de l’État. Après avoir démarché les particuliers, nous avons tenté notre chance avec les entreprises. Nous passions à l’étape supérieure, qui consistait à abandonner les lithos pour nous consacrer à la vente de peintures de chevalet. Désormais, nous vendions des images avec un cadre autour.
Travailler dans ces conditions permet de se construire et d’affronter l’adversité. J’ai continué à faire mes armes pendant que je passais mes classes. Tandis que mon ami abandonnait ce travail ingrat, j’ai continué à explorer l’art. Je me suis intéressé aux artistes de Montmartre, puis à la peinture Espagnole et ainsi de suite… Je ne suis pas né galeriste mais j’ai été conseillé et j’ai visité beaucoup d’expositions pour affiner mon goût. La première année, la programmation de la galerie a été réalisée par d’autres. Chacun me recommandait d’aller voir untel et untel. Ma formation est empirique, elle s’appuie autant sur la lecture que sur les rencontres.
J’ai beaucoup appris en écoutant les gens et en rencontrant des commissaires d’expo. Grâce à eux, j’ai gagné un peu de temps. J’aurais pu en gagner plus si j’avais été assistant dans une grosse maison parisienne. Aujourd’hui, je ne regrette pas mon parcours, et à l’inverse d’autres galeristes, je n’ai pas peur de l’avenir, car le pire est derrière moi. Rien ne peut être plus dur que de faire du porte-à-porte.

Après ces chemins de traverse comment parviens-tu à exposer des artistes internationaux comme Araki ?
J’ai rencontré Araki un an après avoir ouvert ma galerie — je l’ai contacté au culot. L’astuce résidait dans le fait qu’Araki ne connaissait pas les galeries parisiennes. Grâce à cette méconnaissance, il n’était pas à même de distinguer une grosse galerie d’une petite. Heureux hasard, il répond favorablement à mon courrier électronique. Je saute sur l’occasion et sur le premier avion pour le rejoindre à Tokyo. Arrivé au Japon, je lui soumets un projet très précis. Le culot était nécessaire pour mener à bien cette aventure, mais avec le recul, je pense qu’il fallait encore plus de naïveté pour réaliser ce projet un peu fou. Lors de notre premier entretien je le félicite pour son œuvre et lui fais part de mon admiration, ensuite je lui soumet le projet : je veux à la fois l’exposer et l’éditer. Un préfacier a été contacté, tout est bien huilé, il ne manque plus que son accord pour mettre en branle la machine. Il accepte et vient exposer à Paris, chez moi, après seulement deux ans d’existence.
Le plus important c’est que cette tranche de vie accouche d’un très beau livre de cent-vingt pages, préfacé par Germano Celent. Pour le convaincre d’écrire la préface, j’ai agi de la même manière. Au téléphone, je lui ai parlé de son texte préfaçant le livre sur Robert Mapplethorpe. Il a immédiatement accepté l’idée — il trouvait intéressant d’écrire sur un photographe japonais.
Araki n’avait pas besoin de moi, mais force était de constater que sa visibilité en France n’était pas à la hauteur de sa renommée, paradoxalement il était assez peu montré dans l’Hexagone. J’ai très vite compris qu’il fonctionne à l’instinct et qu’il arbitre toujours ses décisions par l’émotion. Il est très sensoriel, un simple regard lui suffit pour prendre une décision. L’aboutissement de cette rencontre a débouché sur des cessions de travail. Ensemble, nous avons choisi les photos et le titre du livre — Tokyomania — voulait rendre compte de la boulimie d’images d’Araki. Cette même année, le Centre National de la Photographie (C.N.P.) lui rendait hommage ainsi que la galerie Almine Rech (dans le 13ème arrondissement). J’ai pris contact avec le directeur du centre, Régis Durand, et avec

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