difficile d’exposer des artistes stars avec la concurrence actuelle?
Non car vous établissez des liens affectifs avec les artistes. Un climat de confiance se tisse au fil des années. Il faut pouvoir leur garantir des retombées économiques, de belles expositions et de beaux projets. Vous ajoutez à cela une complicité de dix ans et au final il n’est pas difficile de travailler avec eux. Pour autant rien n’est jamais acquis d’avance et il faut se battre continuellement. C’est ça qui est bi
n !
Daniel Templon me disait dans une interview précédente que les galeries anglo-saxonnes ne permettaient plus à leurs artistes d’exposer à l’étranger, car elles imposent des conditions financières prohibitives. La France est moins attractive sur des données purement commerciales. Si vous traitez par l’intermédiaire de ces galeries ce n’est pas financièrement intéressant. Par contre si vous passez outre et que vous traitez directement avec les artistes, les barrières et les réticences tombent d’elles-mêmes.
Il me disait qu’il pouvait librement accueillir les artistes conceptuels... C’est vrai que Daniel a connu les années 1970. C’était un véritable no man’s land commercial pour l’art. Les opportunités étaient beaucoup plus faciles à lancer. Dès les années 1980 les choses ont changé et les affaires sérieuses se sont mises en place. Encore une fois tout dépend des relations privilégiées que vous entretenez avec les artistes.
Comment les choisissez-vous justement? Certaines galeries se spécialisent dans un type d’art, moi je préfère me laisser guider par mon plaisir. Une galerie, malgré le travail en équipe, reste à l’image d’un homme. Elle reflète le choix d’une personne. Il faut créer des liens très étroits avec les artistes et les collectionneurs. C’est une alchimie très particulière à obtenir. Je choisis les artistes que j’aime, qui me questionnent, qui recoupent mes propres préoccupations, qui m’amènent à douter. Leur esthétisme me touche et m’influence beaucoup.
Vous avez utilisé le terme de «passeur» pour définir votre rôle de galeriste, pourquoi? C’est très important de rendre visible l’art de notre époque. Cette mission passe par la vente et par les expositions. Il faut permettre aux œuvres d’être visibles. Cette étape achevée, il faut penser à ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir acquérir une pièce unique. Eux aussi ont le droit d’accéder à la création. C’est pour cette raison que nous fournissons un gros effort d’édition. Nous publions beaucoup de catalogues de nos expositions. Tout le monde peut se l’offrir contrairement aux œuvres exposées. Il permet de garder une impression de l’exposition.
Donner la photographie d’un moment précis permet d’œuvrer pour la postérité. Mais c’est aussi un bon argument de vente, il ne faut pas le nier, ils facilitent les ventes. Leur diffusion dans le monde permet aux artistes de toucher un public très large. Le spectateur lambda comme le directeur d’un musée ont accès à l’exposition. Pour les textes, nous privilégions des auteurs qui s’intéressent aux artistes et qui amènent un regard nouveau. Des grands conservateurs étrangers et des critiques français travaillent de concert avec les artistes et la galerie. Cet échange est bénéfique. Il illustre bien selon moi, la façon dont fonctionne l’art contemporain aujourd’hui.
Vous avez pensé votre site internet comme vos catalogues. Internet est un outil de communication très important. Les galeries sont très en retard dans ce domaine, elles ne pensent qu’en terme de rentabilité immédiate. Nous soignons particulièrement la mise à jour des visuels et des textes pour rester crédible.
Il y a dans votre galerie un goût pour le travail bien fait, pour le rendu impeccable. Si vous parlez du côté méticuleux du travail de Pierre et Gilles, je pense qu’il favorise l’accessibilité à l’œuvre exposée. Par ce biais elle se donne plus facilement. C’est un marche pied qui aide le spectateur. Ensuite vient le temps de la complexité et des interprétations. Ce genre de facture permet un accès immédiat. Le public n’est pas rejeté, il peut grâce à cette politesse tourner la première page du livre qui lui est proposé.
Vous êtes la galerie des couples : Pierre et Gilles, McDermott et McGough, Eva et Adèle. Le travail à quatre mains est-il plus intéressant que les autres? C’est un hasard que je n’explique pas. Je travaille avec eux sans doute parce qu’avec mon épouse nous formons aussi un duo. Mais nous n’avons pas voulu cela. Cette situation s’est imposée d’elle-même. Je vous rassure nous n’avons pas encore cherché à débaucher Gilbert et George. Nous ne nous destinons pas à devenir la galerie des couples d’artistes. Par contre le travail en collaboration m’a toujours intéressé. Quand Warhol et Basquiat peignent ensemble le résultat me fascine toujours. J’ai toujours été frappé par les ateliers hollandais du XVIe et surtout du XVIIe siècle, qui mélangeaient la peinture du père et du fils. Réaliser une œuvre à deux ou quatre mains ne m’intéresse que si le résultat est satisfaisant. La signification d’une œuvre m’importe plus que sa réalisation. Peu importe qu’elle soit le fruit d’une ou plusieurs personnes.
Comment vous répartissez-vous les tâches avec votre épouse? Je m’occupe de la partie artistique, de la création, de la production des œuvres. Elle prend en charge la communication et l’aspect administratif. Tout cela en relation étroite avec les artistes. Elle est la moitié de moi-même dans la création et l’activité de la galerie. Elle est essentielle.
Est-il vrai que les galeries choisissent leurs collectionneurs comme à l’entrée d’une boîte de nuit (se reporter à Adam Lindeman, Collectionner l’art contemporain, éd. Taschen)? Certaines galeries s’ingénient à créer des files d’attentes fictives en expliquant que l’artiste ne produit que