travail n’est pas que séduisant. Derrière la séduction apparente des matériaux et des scénographies, des aspects plus secs apparaissent. Le dessin porte en lui cet ascétisme à travers des lignes plus radicales, plus franches. L’absence et l’intime précèdent souvent la réalisation des dessins. Chaque aquarelle est à lire. Elle introduit une narration, mais souvent elle engendre de l’abstraction, génère sa propre disparition. L’eau colorée est une évanescence. Cette incertitude plane dans chacun
e mes projets, mais elle est visible dans les réalisations et devient évidente dans les dessins. A mes yeux ces œuvres graphiques rendent plus palpable la profondeur de mon travail. L’exposition répond à cette demande de rendre visible et concrète cette nécessité intérieure.
Comment intervenez-vous dans les lieux? Chaque intervention est différente, mais il est important que l’œuvre d’art se révèle surprenante, qu’elle provoque de l’émerveillement, procure une vrai émotion. La surprise doit-être au rendez-vous. Le hasard est déterminant et doit s’intégrer à l’œuvre autant qu’être engendré par elle. Le
>Kiosque des noctambules est incontournable sans pour autant être imposant. L’émotion qu’il procure vient en grande partie de sa découverte. Il accueille les gens. Chacun se dit qu’il a été conçu pour lui. L’art public doit aller à la rencontre des gens et les toucher, le partage et l’échange doivent être des objectifs à atteindre. La première touche, le premier effet doit attirer le regard. Le défi consiste à sortir le promeneur de sa torpeur. Ce simple résultat est déjà en soi un succès. La bouche de métro de la place Colette rempli pleinement cette première étape, elle parvient à provoquer des sourires. C’est un moment de grâce. Cette porte d’entrée permet d’accéder par la suite à un univers plus profond, plus complexe, plus duel. «Dessins 1996-2006» montre bien cette volonté.
Vous m’avez dit travailler sur un anti Kiosque en ce moment. Le projet du collège Arthur Rimbaud d’Amiens est en quelque sorte l’anti Palais Royal. Le quartier est défavorisé, culturellement pauvre malgré la présence d’un centre culturel, pas très beau à l’inverse des façades protégées et classées de Paris. Toutes ces contraintes m’intéressent, elles ouvrent la voie à de nouvelles perspectives. Suzanne Paget me disait que je parvenais à transformer les lieux, à les améliorer. Grâce aux œuvres, ils entrent dans une autre logique. La place Colette avant l’intervention était une place sans grâce, elle se résumait à sa fonction routière: simple rond point pour les bus en transit. Seule la vendeuse de violettes, qui n’existe plus aujourd’hui, aiguaillait le tableau. En intervenant il fallait changer ça et créer une évidence. Le
Kiosque pouvait s’intégrer à ce paysage car il ne pouvait pas être ailleurs, il fallait qu’il soit là. Il agissait comme une météorite, arrivant d’on ne sait où. A Amiens la démarche est tout autre. Le projet s’est construit en concertation avec toute la population. C’est la première fois que chacun est invité à construire l’œuvre. Chacun à participé à inventer un abécédaire que je scénographie. Le poème
Voyelles de Rimbaud sert de base à ce travail. Un grand réceptacle va recevoir des sculptures aux couleurs du poème. Cet immense aquarium sera suspendu à quatre mètres du sol. Les sculptures y flotteront et accueilleront les abécédaires des gens du quartier. Ces formes symboliques seront à la fois investies par les habitants et interprétées à ma manière.
Votre travail oscille entre fluidité et épaisseur, entre verre et fer forgé. Est-ce une volonté de travaillez ces deux aspects ou bien une impossibilité d’aller vers la transparence complète? C’est un choix formel que j’assume pleinement. Le fer a la particularité d’ancrer plus profondément l’œuvre dans la réalité. La fonte d’aluminium renforce l’aspect brut que je recherche. C’est volontairement que je renonce à toute idée de dentelle, que j’évite de travailler le bronze qui se prête facilement au cisèlement. Les mémoires de LagaKan expliquent que le summum du raffinement pour les princes russes était de présenter sur leur table, des pierres précieuses engoncées dans leur roche. Le mélange du verre et du métal rejoue ce mariage improbable. Le joyau raffiné éclôt de son écrin sauvage. L’extravagance, la préciosité du verre est renforcée par cette gangue de métal. La fonte d’aluminium permet de faire émerger le verre. Sa lourdeur, sa masse fait fleurir la perle de verre.
Il y a un très grand mélange de support chez vous, le verre, l’or, le tissu... Mon travail est souvent rattaché au verre, mais ce matériaux n’est pas une fin pour moi. Je me sens très libre de passer d’un matériau à l’autre. Je ne suis pas verrier, et si je travaille encore le verre aujourd’hui c’est parce qu’il continue à m’amuser, à m’intéresser. Mais pour les nécessités d’un projet, je m’autorise à changer de support. Seul le projet prédestine au choix des matériaux à utiliser. Ce sont les émotions qui dictent mes choix. La broderie flottante, pour
Crystal Palace, de 11 mètres sur 7 remplissait pleinement ce critère d’extravagance.
Vos installations se situent entre le boudoir et le cabinet de curiosités. Le cabinet de curiosités joue beaucoup sur l’émerveillement et comme je vous le disais, j’attache beaucoup d’importance à la surprise, le mot même de curiosité est important à garder en tête quand on regarde mes travaux. Ces deux dimensions, que sont l’émerveillement et la curiosité, permettent de proposer des projets incroyables. C’est parce qu’ils sont fous, irréalisables et utopiques qu’ils font l’unanimité chez les artisans. Plus le projet est difficile, plus ils ont hâte de se mettre au travail. Chacun est partant pour ce genre d’entreprise. Le dessin préparatoire soude l’adhésion des intervenants. Il est jubilatoire et donne autant d’envie que