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INTERVIEW
Isabelle Gaudefroy



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Flavia-Da-Rin-<i>Sans-titre<-i>-2004-Photographie-marouflee-sur-bois-30-x-40-cm-Courtesy-Fondation-Cartier-Paris-©Flavia-Da-Rin

Ron-Mueck-<i>Wild-Man<-i>-2005-Materiaux-divers-285-x-162-x-108-cm-Courtesy-Fondation-Cartier-et-galerie-Anthony-d-Offay-(Londres)-©-Photo-Patrick-Gries

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longtemps, ils sont restés très cloisonnés. Il s’agit donc de proposer aux publics des expositions de découvrir d’autres formes et aux publics du spectacle vivant de découvrir des spectacles en même temps que des expositions. C’est vrai qu’on a un peu cherché à se faire rencontrer tel artiste, tel danseur, avec tel artiste comme ça arrive de temps en temps. Mais j’ai tendance à penser que sauf si l’idée vient des artistes ou si il y a des correspondances entre leurs œuvres, le résultat de ces c
mmandes est souvent artificiel.

Les Soirées Nomades se passent parfois hors les murs, en plein air ou dans d’autres lieux. Travaillez-vous quelque fois dans le cadre de partenariats?
Il est arrivé une fois qu’on fasse un concert à la Cigale dans le cadre d’un partenariat. Je ne suis pas pour. Cela brouille les pistes. Nous n’avons rien à y gagner car nous sommes un partenaire financier et on identifie malgré tout la programmation au lieu. Hors les Murs correspond à des projets au sens particulier. Par exemple, nous avons fait plusieurs fois des spectacles en appartement notamment avec la chorégraphe américaine Sarah Chase et également avec François Chaignaud. On a aussi emmené un groupe finlandais, Houkka Bros, hors les murs, dans un lieu inconnu du public à proximité de la Fondation: dans une vieille imprimerie magnifique rue du Montparnasse.
Les projets hors les murs peuvent être d’autre part l’objet de commandes de programmation de la part d’autres institutions.C’est quelquechose que nous avons toujours voulu développer, mais nous n’en avons jamais eu le temps. Nous avons toutefois une programmation régulière comme pour le Printemps de Septembre extrêmement complète.

Et vous n’avez pas peur de brouiller les pistes en programmant à Toulouse alors que la Fondation est à Paris?
Nous ne brouillons pas les pistes pour le public parisien car nous ne communiquons pas vraiment auprès de lui sur cet évènement. Pour les Toulousains, la Fondation Cartier est fortement identifiée dans le cadre du festival.
Par ailleurs, ce dernier est lié historiquement à la Fondation puisque Mathé Perrin, la présidente du festival, est une des personnes à l’origine de la création de la Fondation Cartier car elle est la femme d’Alain-Dominique Perrin.

Les Soirées Nomades se tiennent le jeudi. Il y a peu, leur fréquence habituelle a été perturbée par la mise en place d’une série d’évènements quotidiens. Est-ce qu’on pourrait imaginer par la suite un festival annuel?
On y pense depuis longtemps. Au début, on estimait ça très bien d’identifier les Soirées Nomades aux jeudis. Aujourd’hui, on essaye d’être un peu plus souple avec cette formule. La forme des spectacles qu’on présente change un peu, on a tendance à faire des choses plus lourdes – des choses hors les murs – et il s’agit de rentabilisation en termes de quantité de public. Cet été, nous avons fait une programmation extrêmement dense pour l’expo «J’en rêve» avec trois soirées par semaine. C’était difficilement gérable par l’équipe en termes programmatiques. On aimerait en fait privilégier deux moments bouillonnants durant l’année: l’été et le printemps. C’est possible, sans vraiment partir sur l’idée d’un festival, que l’on travaille sur des moments forts de l’année.

En travaillant sur les arts de la scène, il s’agit aussi pour vous de donner une place et un statut nouveaux au spectateur. Que pensez-vous de la position du spectateur dans l’art?
Le concept des Soirées Nomades correspond un peu à l’idée de changer la place du spectateur, d’être à l’opposé du spectacle « sédentaire », qui s’apprécie bien calé dans son fauteuil, dans l’ombre d’une salle de spectacle Ici le spectateur est dans une position radicalement différente car il est au cœur du spectacle. Cela crée un rapport d’intimité, car les jauges sont très petites, et les gens se voient entre eux car on n’est pas dans une boite noire. Cela crée l’impression d’être dans un moment privilégié et de vivre une vraie rencontre avec la performance. Et en même temps, on se rend compte que l’attention du spectateur est très concentrée. Un espace d’exposition reste très sacralisé et le public se place donc dans un grand respect. Placer une œuvre à mi-chemin entre culture populaire et culture savante dans un tel contexte, surtout pour la musique, la place dans une position autre. Par ailleurs, je pense que dans le spectacle vivant, la frontière entre le performeur et le spectateur ne disparaît jamais complètement malgré ses possibles atténuations. Les danseurs, par exemple, ont tendance à investir le lieu en faisant des parcours. Mais le spectateur ne pourra jamais être actif au même titre que le performeur car il ne maîtrise pas la suite des évènements.

La Fondation Cartier et les Soirées Nomades donnent la part belle aux cultures internationales. Que pensez-vous de la situation de l’art contemporain français?
C’est un peu compliqué. Ce qui m’agace dans ce débat est justement qu’on n’arrête pas de débattre sur l’art français. On dit que la décision de Pinault est dramatique pour les artistes français, on se plaint qu’il n’y a pas assez d’artistes français, on compare la façon dont les artistes français et anglais sont traités, comment les artistes français sont présents sur la scène internationale, etc. Nous sommes en Europe et il faudrait défendre l’art français…

Vous estimez cela un peu comme une sorte de chauvinisme artistique?
Honnêtement, c’est un débat qui me choque. J’ai envie de défendre des artistes de qualité. Par exemple, lorsque nous avons présenté notre programmation à Toulouse lors d’une conférence de presse l’année dernière, une personne du public est intervenue afin de questionner la présence d’artistes américains, ceux-ci étant omniprésents. Elle nous a reproché de ne pas avoir choisi des artistes français de même envergure. Je trouve cela extrêmement choquant de

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