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INTERVIEW
Ernest Pignon-Ernest
Ernest Pignon-Ernest
01 mai 2008


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Ernest-Pignon-Ernest-<em>-Maurice-Audin<-em>-Alger-2003-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Neruda<-em>-Chili-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Commune<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Commune<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Naples<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Rimbaud<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

  
d’anachronisme.

Ce travail a été très médiatisé à l’époque.
Ernest Pignon-Ernest. Son aspect politique a retenu l’attention de la presse issue de Mai 68. Les journaux maoïstes ont parlé de l’intervention, mais aussi l’Idiot international. Le Monde m’a consacré une page, ce qui était assez inattendu.

La

Le créateur :
  • Ernest Pignon-Ernest


    L'interview :
  • Ernest Pignon-Ernest


    Autre expo liée aux artistes :
  • Extases


  • Commune est un des rares travaux où vous couchez vos affiches par terre.

    Ernest Pignon-Ernest. Je préfère utiliser les murs car il y a une rencontre qui se produit. Ce face à face est important dans ma démarche. L’idée de la Commune consistait à obliger les gens à fouler l’image au sol. Le but était de rappeler, un peu schématiquement, que les valeurs de l’insurrection avait été éliminées, méprisées, oubliées.

    C’est curieux mais, vos premières interventions sont en rapport avec le sol.
    Ernest Pignon-Ernest. Les pochoirs sur le plateau d’Albion mettaient en évidence l’enfouissement des têtes nucléaires sous la terre de Provence. Mais d’un point de vu pratique, c’était une région qui n’avait pas beaucoup de murs [rires]. Il fallait donc s’organiser pour proposer un parcours autour du site militaire. Des affiches accompagnaient la déambulation, mais je ne connaissais pas encore la technique pour réaliser des personnages en grandeur nature. Bien qu’utilisant simultanément la technique de l’affiche et du pochoir, je ne mesurais pas l’impact que pouvait avoir ce genre d’intervention.

    1966 a été l’année de toutes les expérimentations.
    Ernest Pignon-Ernest. Effectivement. J’ai brûlé et plastifié la végétation d’un terrain que l’on m’avait prêté. J’essayais d’exprimer les craintes du nucléaire en montrant ses effets possibles sur la nature et les hommes. Je cherchais des moyens plastiques pour rendre compte de ce traumatisme. Rétrospectivement, je peux dire que je n’ai pas vu que les silhouettes noires sur les murs annonçaient mieux mon travail que la cire plastifiante.

    Quels sont les gens qui ont inspirés votre travail dans la rue ?

    Ernest Pignon-Ernest. Personne. De toute façon je ne vois pas qui travaillait avant moi dans la rue? Je ne les connaissais pas.

    Je pense à Raymond Hains et Jacques Villeglé, les «voleurs» d’affiches lacérées, juste après guerre.
    Ernest Pignon-Ernest. Non, de toute façon je n’ai jamais pensé que nous avions de vrais points communs. Leur approche est celle du Nouveau Réalisme. Elle consiste à prendre un objet et à l’exposer. Nous n’entretenons pas le même rapport avec le lieu. J’utilise le potentiel plastique et poétique de la rue. Eux n’en prennent qu’un bout. Je ne les critique pas, mais nos démarches divergent. Villeglé est, à mes yeux, plus proche d’Arman que de moi. Comme lui, il prend des objets du quotidien et les expose. L’inscription de mon travail dans la vie diffère de sa pratique. Ce n’est pas du tout pareil, c’est vraiment une autre attitude.

    Vous avez vu les affiches rayées de Buren à vos débuts ?
    Ernest Pignon-Ernest. C’est à la même période que moi ?

    Les premières Affiches sauvages datent de 1967, 1968.
    Ernest Pignon-Ernest. Je ne connaissais pas. Je n’étais pas du tout dans le milieu des arts plastiques. Je venais du théâtre. Je voulais peindre, mais je ne voyais pas tous ces gens. Venant de Nice, je ne connaissais qu’Arman, c’est lui qui m’a montré comment utiliser la résine pour plastifier les arbres. Il y avait Ben, mais à par eux, c’était le néant. C’est par la suite que les expériences de Support/Surface me sont devenues familières. Bernard Pagès, Dolla, ont ponctuellement expérimentés l’espace. Toutefois leurs motivations s’inscrivaient dans la droite ligne de l’histoire de la peinture, ce qui n’était pas mon cas. Je n’avais rien à voir avec leurs attitudes.

    C’est dommage, mais personne n’ose cette comparaison. Pour moi il y a deux grands artistes in situ en France : vous et Buren.
    Ernest Pignon-Ernest. Un jour nous avons été invités à un débat. Les organisateurs espéraient sans doute que nous allions nous rentrer dedans, mais au final j’ai dit la même chose que lui. Ses rayures produisent le même effet que mes images dans les lieux. La différence entre nous c’est qu’en plus de travailler l’espace physiquement, j’essaie d’y incorporer ce qui ne se voit pas. Nos travaux changent l’appréhension du lieu et posent les mêmes questions.

    Contrairement à lui, vous avez le défaut d’être figuratif. C’est pour cette raison que la critique passe sous silence votre travail. Elle ne peut pas concevoir que vous soyez entre guillemet in situ.

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