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INTERVIEW
Eric Corne



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Eric-Corne-<i>Nathalie-Menigon-Meme-l-enfer-nous-est-interdit<-i>-2005-Huile-sur-toile-110-x-73-cm-©-Eric-Corne

Eric-Corne-<i>Nathalie-Menigon-Meme-l-enfer-nous-est-interdit<-i>-2005-Huile-sur-toile-110-x-73-cm-©-Eric-Corne

Eric-Corne-<i>Mes-justes-Andrei-Tarkovski<-i>-2005-Huile-sur-toile-60-x-60-cm-©-Eric-Corne

Eric-Corne-<i>Mes-reecritures-de-l-histoire-Babel-3-Belgrade-8-mai-2005<-i>-2005-Crayon-sur-papier-journal-75-x-50-cm-©-Eric-Corne

Eric-Corne-<i>L-Oiseau-mouche-fait-partie-des-especes-en-danger<-i>-2005-Huile-sur-toile-314-x-200-cm-©-Floriane-Soule

Eric-Corne-<i>Naufrage<-i>-2005-Huile-sur-toile-50-x-50-cm-©-Floriane-Soule

Eric-Corne-<i>Incendie-Frage<-i>-2005-Huile-sur-toile-160-x-130-cm-©-Floriane-Soule

Eric-Corne-<i>Le-Lieu-du-crane<-i>-2005-Huile-sur-toile-200-x-160-cm-©-Floriane-Soule

  
fabriquons-créons-bricolons en aveugle, sans recul et justes distances contemplatives. Il y a eu un passé, il y aura un futur (avec ou sans nous), mais le moment présent, contemporain, est celui de l’incertitude où l’artiste arraisonne des blocs de temps afin de lancer des passerelles (obstinément fragiles). L’œuvre d’art ne peut jamais être événementielle, elle se prononce dans l’intemporalité. C’est l’intime de Giotto qui donne à son œuvre l’intemporalité, une part inaccessible, ce noyau dur
ndéfinissable, injustifiable qui résiste dans le temps. Les oeuvres des artistes ne sont jamais figées et stupéfiantes, elles se déploient, se dé-plient dans l’espace public où, nous, regardeurs, lecteurs, passants, les appréhendons. Hannah Arendt questionne sans relâche l’intime et le public, sa définition de la crise de la culture, non formatée sur une idéologie, est une pensée de résistance à toutes les manipulations. Responsabilité face à la création contemporaine et aux artistes, il m’était important de travailler avec eux, d’être à leur écoute en connivence avec leurs oeuvres. J’ai toujours considéré mon travail comme celui d’un passeur, afin que Le Plateau soit le lieu du projet des artistes. Nous leur sommes redevables de la réussite du Plateau. Les artistes ont été les partenaires de la structure. Je crois qu’un centre d’art contemporain ne doit pas se cloisonner sur un médium, c’est le jeu entre les différentes propositions, sans exclusive, qui peut permettre l’émergence d’une création forte dans notre pays. Je pense bien sûr à la peinture qui a subi ces vingt dernières années un rejet très singulier et étrange.
Au Plateau, j’ai travaillé avec de nombreux artistes, mais l’autre pan de ma mission, était aussi de visiter beaucoup d’ateliers. Je sais très bien qu’au-delà des expositions, les artistes souffrent du manque d’interlocuteurs et d’attention envers leurs œuvres, particulièrement les plus jeunes et ceux qui ont peu de visibilité. Il est nécessaire pour eux de pouvoir échanger sur leur travail toujours in-progress. Enfin sur ce sujet, j’étais certain que les artistes vivants en France devaient être plus soutenus et mieux défendus. C’est ainsi qu’un dialogue culturel fort européen pourra s’engager. Je l’ai défini dans ma programmation comme une responsabilité. C’est à partir de lieux dévolus à la création contemporaine, comme Le Plateau, que se définit aussi un projet artistique et culturel pour notre pays, où la création contemporaine est beaucoup plus riche et singulière que la représentation et la réception dont elle bénéficie à l’étranger. On a voulu m’enfermer dans le carcan, made in France, comme personne engagée, mais j’ai montré que l’engagement n’interdisait pas la rigueur, la force des propositions artistiques et un véritable projet.
Le Plateau est un projet réussi grâce aussi à la programmation que j’y ai fait, à ses expositions, météorites comme les nommait un de mes amis. Et, je n’oublierai jamais le titre de cet article d’un journal allemand, le Plateau ce lieu où se dévoile une pensée. Heureusement l’Europe…
Enfin, j’ai souhaité créer un lieu ouvert où l’on se sente bien, pour entamer des récits. Je crois que le Plateau tel que je l’ai vécu répondait à l’exigence d’un service public de la culture.

Quel est votre point de vue sur la situation de l’art contemporain en France ?
Je parlerai plutôt de la situation des artistes qui est catastrophique. Il y a plus d’artistes polonais connus dans le monde que d’artistes français et je n’ai pas peur de l’artiste polonais, bien au contraire. Prenons modèle sur eux et leur engagement, sur la fondation Fuksal, à Varsovie, sur la disponibilité totale des responsables d’institutions pour leurs artistes… Il existe pourtant d’excellents artistes en France aussi. Mais, on ne peut pas les faire connaître si on ne leur donne pas la confiance nécessaire et les moyens de créer. Nous ne devons manquer aucune étape. Je me bats pour dire en France que l’international ne doit pas exclure le national. Je crois à la démocratie et à l’esthétique de voisinage, ce sont des déplacements permanents de frontières et non leur négation. Je voisine avec la personne qui vit à côté de chez moi, avec mon quartier, ma ville, ma région, mon pays, l’Europe et le monde. Ce sont ces seuils de compréhension, de l’un à l’autre, qui me semblent l’enjeu politique et esthétique, là où l’identitaire et le repli sur soi répondent à la nocivité de l’impulsion globalisante qui ne permet pas l’expérience. Sans relâche, est nécessaire une recherche d’un point d’équilibre où nous pouvons travailler, dans un même flux d’énergie : l’identité (l’intégrité intime) et l’altérité (l’autre, l’infiniment autre dont je suis responsable). Politique et esthétique ont l’éthique en commun pour cette conciliation, c’est leur nécessité, leur urgence.
Sortons de la schizophrénie française, celle de l’arrogance à l’étranger et de la haine de soi en France, le vrai syndrome en fait du pays colonisé.

Selon vous, qu’est-ce qui peut expliquer cette situation de blocage?
Nous sommes dans un pays idéologique qui a un «problème» avec les Etats-Unis et qui veut sans cesse montrer sa supériorité, cela a crée du désenchantement ou du cynisme. Nous vivons dans un pays clanique, aussi compartimenté qu’un jardin à la française. J’ai cohabité avec le FRAC Ile-de-France et aucun artiste exposé au Plateau n’a été acheté par la collection du FRAC. Chacun sa féodalité, toi centre d’art, moi Frac, toi artiste, moi Directeur d’institution respectable, je veux casser toutes ces entraves d’un autre temps qui brisent l’énergie de notre pays. Il y a aujourd’hui urgence.

Comment s’est passée la fin de votre collaboration avec le Plateau?
Elle s’est soldée par une violente sortie. Tout a été fait pour m’expulser même si j’étais prêt à partir comme prévu au bout de trois ans de direction. Je n’ai même pas pu être membre du jury pour

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