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INTERVIEW
Dominique Renson



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Dominique-Renson-<i>Dominique-Renson<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Roland-dans-sa-boite<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-120-x-65-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Catherine-Robegrillet<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Claude-Roland<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Ali-Mahdavi<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Vue-de-l-exposition-de-Dominique-Renson-a-la-galerie-Bertin-Toublanc-du-6-juin-au-15-juillet-2007-a-Paris-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

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ce fameux premier jet et puis il y a toujours une sorte d’insatisfaction parce qu’en fait, je cherche à aller au-delà des traits, j’essaie d’imaginer des choses qui sont derrière la façade… Je ne peux y arriver qu’à travers une sorte de déséquilibre. Avec la figure, avec la peinture, il y a cette espèce de notion un peu ringarde. On est toujours comme une sorte de funambule. Il y a ce moment où l’on peut très vite tomber dans un côté psychologique de la peinture, moi, ça m’énerve, la peinture p
ychologique…

C’est pourquoi, on a l’impression, en regardant de près les multiples touches qui forment le visage ou le corps de vos figures, toujours très ressemblants, que s’il y avait un choc, tout pourrait se disloquer et anéantir la représentation. Votre façon de peindre questionne l’intégrité physique Vous entretenez une idée de déstabilisation permanente alors que paradoxalement, vos toiles sont traversées par une énergie vitale puissante. En avez-vous conscience?
Les gens croient souvent que mes tableaux sont signés par un homme assez costaud! On a encore dans l’idée que la peinture appartient plutôt aux hommes. Probablement à cause de son côté un peu sale, un peu barbare, un peu cuisine, un peu gros œuvre.

Comment travaillez-vous? Vous avez besoin d’être dans un état particulier pour attaquer un tableau?
Oui. Pour attaquer un tableau, il faut que je me mette en condition. Je repousse toujours le moment parce que je me dis, oh là là, je sais que ça va être une souffrance, mais j’aime bien. Je ne peux pas me passer de cette souffrance, quand je ne peins pas, je recherche toujours une souffrance ailleurs. Mais je retarde quand même le moment de m’y mettre. Je trouve mille autres activités à faire. Préparer mes couleurs, par exemple. Je peins toujours à l’huile, alors il faut qu’elle réagisse, qu’elle prenne, qu’elle devienne un peu plus vive, un peu plus vivante, un peu plus collante. Il me faut une grande journée devant moi sans avoir de rendez-vous, sans interruption. Et alors, quand je sens que je commence à avoir le bas des mâchoires un petit peu crispé, je sens que ça commence à venir, que je commence à pouvoir peindre. C’est ce moment que je recherche: rentrer dans la peinture.

C’est quoi exactement pour vous, rentrer dans la peinture?
C’est dépasser la seule question de la représentation. Accepter, par exemple, des traits comme ça, qui paraissent vraiment bizarres. Il y a ce moment où il faut laisser une sorte de place à la chance, je ne dirais pas au hasard mais à la chance. Au-delà de la technique, il faut une certaine chance pour réussir à peindre à peu près correctement.

Vous voulez dire qu’il faut se mettre dans un état particulier?
Il y a cette montée d’adrénaline. Je transpire. Je sens mauvais. Ça me rassure! J’aime beaucoup la peinture pour ça. Parce que quand je fais des photos à partir desquelles je peins, ce n’est pas du tout pareil. Il y a un contentement immédiat. Alors qu’avec la peinture, je ne suis jamais satisfaite, au contraire. Je suis toujours déprimée à la fin de la journée. Mais après, je sais que j’ai eu ces moments de contentement, mais quand ces moments de contentement arrivent, ils sont aussi plus intenses, et ils durent beaucoup plus longtemps.

Un tableau est terminé à quel moment pour vous?
D’abord j’aime terminer vite une toile. Je ne supporte pas de la reprendre, je n’en ai plus envie… Ça m’ennuie et me dégoûte presque… Et puis de toute façon, je ne m’y repérerais plus. Il y a une telle alchimie entre le geste et la concentration… J’ai une forme d’impuissance à reprendre une toile. Quand elle est finie, pour moi, c’est déjà du passé. C’est plus excitant d’en reprendre une autre parce qu’on se dit toujours qu’elle sera beaucoup mieux!

Votre façon de parler de votre travail est assez métaphorique de la jouissance, sexuelle ou autre. Il y a une montée du plaisir suivi d’une redescente. Est-ce ce genre de référence qui vous a fait un jour écrire : «la peinture est un moyen barbare de deviner…»? Deviner quoi?
De deviner ce qui se passe chez les autres. Quand je peins une personne, je suis comme un cannibale, je la mange, je rentre à l’intérieur. Je comprends plein de choses. Du reste, il y a des gens que je n’ai plus envie de revoir. Mais la plupart du temps, les personnes que je choisis de peindre sont des personnes que je connais et dans la peau desquelles j’ai envie de rentrer. Et donc, quand je dis «un moyen barbare de deviner…», c’est deviner des choses chez ces personnes, mais des choses qui se passent aussi à l’intérieur de moi. Car regarder l’autre comme ça, droit dans les yeux, sans aucune anecdote, en essayant d’aller au plus profond de son être, c’est finalement se regarder soi-même.

Votre peinture dégage une forte gravité au point que votre œuvre ne peut absolument pas laisser indifférent. On y adhère immédiatement ou on la rejette violemment. C’est voulu?
Non, je ne peux pas faire autrement. Je n’ai pas le choix. C’est-à-dire qu’à un moment donné, je ne suis plus maître du jeu. Je pense que ma peinture est traversée par une forme d’obsession: la mort. Elle est toujours présente… Mais ce n’est pas voulu consciemment.

Vous aimez représenter des corps nus, pourquoi?
Moi, je pense que le sujet de la peinture, ce n’est pas l’homme, mais l’âme humaine, au sens poétique du terme. Même les peintres abstraits comme Rothko ou Ryman souhaitaient traduire cette chose mystérieuse qui sous-tend les questions métaphysiques: d’où vient-on? Où va-t-on? Moi, j’ai besoin de passer par la représentation du corps, le plus souvent dans sa nudité, pour essayer d’atteindre désespérémment cette dimension. C’est peut-être un peu naïf ou prétentieux, mais c’est pour ça que je continue à peindre. A chaque fois, je pense que je vais réussir et puis à chaque fois ça m’échappe.

Il émane de vos modèles,

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