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INTERVIEW
Dan Graham
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Dan-Graham-<i>Waterloo-Sunset-for-Hayward-Gallery-Foyer-Extension<-i>-2002-2003-Concu-par-Dan-Graham-en-collaboration-avec-Haworth-Tompkins-Architects-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

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Dan-Graham-<i>Mannerism-Rococo<-i>-2007-Miroir-sans-tain-inox-240-x-330-x-720-cm-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

Dan-Graham-<i>Mannerism-Rococo<-i>-2007-Miroir-sans-tain-inox-240-x-330-x-720-cm-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris-New-York

Dan-Graham-<i>Two-Way-Mirror-Triangle-with-One-Side-Curved<-i>-1996-Nordscape-Project-Norway-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

Quentin-Douaire-<i>Dan-Graham<-i>-2007-Photographie-noir-et-blanc-Courtesy-Quentin-Douaire

  
attrape touristes, une curiosité obsolète. Pour trouver la modernité il faut se déplacer aux portes de la capitale, c’est là-bas qu’il faut faire de l’art.

Le cordon vert du tramway limite l’accès des voitures au centre de Paris ?
Non, le tramway trace un nouvel axe pour Paris. C’est un moyen de transport bon marché, qui permet aux personnes âgées et aux classes populaires de se déplacer facilement autour de la capitale. Mais contrairement aux problèmes que vous soulevez, e suis content de venir dans le Paris moderne, celui qui s’éloigne des images de cartes postales. Malgré toutes vos remarques je continue à penser que le tramway, par son infrastructure, développe et favorise les transports entre la capitale et sa périphérie. Dans sa conception et sa logique il est profitable au plus grand nombre.

Je continue pourtant à penser que les portes de Paris sont devenues des forteresses écologiques, sociales, économiques.
En 1970, New York était une ville très dangereuse et très violente. Pour le coup elle avait tout d’une forteresse. A la place de murailles elle avait adopté un système de tours-bureaux pour se défendre: les Atrium Buildings.
Dans un de mes articles, Corporate Atrium, j’interrogeais ces nouvelles constructions. Au début des années 1980, la généralisation de ces bâtiments aux vitres sans tain n’était pas sans équivoques. Tours-miroirs, elles interdisaient au regard de pénétrer à l’intérieur des bâtiments. Tours-miroirs, elles reflétaient l’environnement extérieur. Les cols blancs étaient abrités derrière ces murs vitrés, ils pouvaient voir sans être vus. Le piéton n’avait pas cette chance. Reflet pour les uns, transparence pour les autres.
Mais voyez-vous, même si le siège du pouvoir économique était protégé du regard de la rue, et même s’il occupait une position dominante, les parois réfléchissantes présentaient aussi des avantages écologiques. Elles permettaient des économies d’échelles. En réverbérant les rayons du soleil les tours étaient moins chaudes que les constructions classiques. Les Atrium Buildings dépendaient moins des systèmes de refroidissement, de climatisation que les autres immeubles. C’est à cette époque les panneaux solaires ont fleuri sur les toits de New York. Cette qualité environnementale était aussi une des particularités de ces nouvelles tours.

Mais ce sont ces type de tours qui ont favorisé le développement de la vidéo surveillance dans la ville?
Effectivement, elles abritaient également des caméras de surveillance. Vous soulignez très justement que la ville a changé, et alors? Le tissu urbain s’est doté de moyens de surveillance sophistiqués, sachez l’accepter. Ce changement est un changement parmi d’autres. Je suis très réceptif à toutes ces mutations. Mais je suis très sensible aux changements de saison qui se reflètent sur le miroir de ces tours.
Le livre sur les passages de Walter Benjamin [Paris, capitale du XIXe siècle. Le livre des passages] m’a aidé à construire mon œuvre au même titre que les centres commerciaux. Les miroirs de mes installations proviennent directement de ces lieux de passages qui sont autant miroitiques que cinématographiques. Avec Sol Lewitt nous partageons le même intérêt pour Michelangelo Antonioni, et ne parlons pas de Jean-Luc Godard et de son Une ou deux choses que je sais d’elle.

Vous êtes un pionnier de l’art vidéo. Dans vos écrits vous défendez la vidéo contre les miroirs, car elle est du côté de la vérité. Le développement de la vidéo surveillance vous a fais changer d’avis ?
Mes vidéos se servent du principe de décalage. Elles révèlent un instant qui vient juste de se terminer, elles visualisent ce moment. L’objectif que je poursuivais avec la vidéo était de créer des boucles de temps. Mais contrairement à vous, je ne projette aucun fantasme sur la ville. Je me contente de m’en servir telle qu’elle est. C’est un matériau brut que j’utilise sans le modifier. Mon travail ne parle pas des miroirs, mais se concentre sur les vitres sans tain. Ce matériau très particulier est utilisé pour les tours de bureaux. Mais c’est en lisant Walter Benjamin que je me suis rendu compte que les façades d’immeubles modernes étaient cinématographiques, cinétiques et écraniques.
Mais ce constat était déjà présent dans les passages parisiens du XIXe siècle. Les vitrines qui les ornaient jouaient sur les apparences et les reflets. Elles coupaient en morceaux l’image reflétée du flâneur. Ce dernier en associant son reflet à l’objet vendu en vitrine acquérait une meilleure image de lui-même. Son ego sortait renforcé de cette expérience. Le consumérisme et la surveillance forment un couple qui existe depuis longtemps. Son évolution est lente, elle s’adapte aux changements urbains.
Tokyo reflète bien cet état d’esprit. C’est une ville étonnante, une ville transpercée par les médias. Mais avec votre parisianisme, vous êtes restés à l’ancienne mode, et vous avez peur. Vous fantasmez sur Alphaville de Godard, qui est un film médiocre comparé au livre dont il est tiré. Initialement l’histoire se passait dans le conté d’Orange, dans la banlieue de Los Angeles. L’intérêt était de nous sensibiliser à la périphérie et non pas au centre. Il faut vous forcer à regarder les banlieues et non plus seulement les villes. La ville se trouve en dehors de la ville.

Vous êtes-vous rendu sur les Champs-Élysées récemment? Vous pouvez désormais visiter des expositions d’art contemporain à l’intérieur du nouveau concept store de Louis Vuitton. C’est drôle que la vitrine soit devenue un lieu d’exposition artistique. Comment réagissez-vous à ce phénomène? Vous nous avez toujours mis en garde contre la séduction vitrines?
Les années 1990 étaient des années narcissiques. Chaque parent voulait habiller son enfant unique avec des vêtements de luxe. Tout le monde se ruait sur les vêtements griffés pour l’enfant

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