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INTERVIEW
Bernard Utudjian (galeriste)



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Yto-Barrada-<I>Pastorale<-I>-(Tanger)-2001-Photo-C-print-125-x-125-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Eric-Larrayadieu-<i>Quelle-vie<-I>-2002-Photo-23-x-18-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Wout-Berger-<I>Ditch<-I>-2003-Photo-50-x-65-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Nigel-Rolfe-<I>Between-the-Devil-and-the-Deep-Blue-Sea<-I>-2002-C-print-50-x-60-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Nigel-Rolfe-<I>Between-the-Devil-and-the-Deep-Blue-Sea<-i>-2002-C-print-50-x-60-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Olivier-Rizzo-<i>Metempsychose<-I>-2003-Acrylique-sur-toile-60-x-72-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Anthony-Hernandez-<i>Belmont-3<-I>-serie-Pictures-After-L-A-2002-Photo-111-x-111-cm-Courtesy-galerie-Polaris

Stephane-Couturier-<i>Tijuana-New-Mexico-—-Calle-Villamar<-I>-2001-Cibachrome-123-x-154-cm-Courtesy-galerie-Polaris

  
Comité des galeries d’art qui nous envoie régulièrement des informations sur la représentation du métier à l’étranger, les nouvelles lois… Mais en dehors des réunions du comité, nous nous voyons peu. Nous sommes beaucoup moins offensifs que nos confrères étrangers qui travaillent davantage en commun pour attaquer les marchés étrangers, arriver ensemble sur les foires, et convaincre les institutions, les collectionneurs et les journalistes. Toutefois, des changements se dessinent, mais c’est là
ussi une question de temps.

Depuis quelques années, les livres, les expositions et les festivals dédiés à la photographie se multiplient. Peut-on parler d’un engouement ?
C’est vrai que davantage de gens s’intéressent à la photographie. Mais il reste encore beaucoup d’amateurs de peinture. Le fait est que la France a une quinzaine d’années de retard sur les autres pays. Dans les années 1970, la photographie contemporaine était déjà beaucoup plus populaire aux Pays-Bas, en Suisse, en Belgique, en Allemagne ou aux États-Unis. Chez nous, elle a été acceptée, reconnue et mise en avant par les institutions à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Pourtant il existait des galeries depuis vingt ou vingt cinq ans, qui faisaient un travail de fond passionnant. Mai peu d’artistes français utilisaient la photographie à l’époque, nous étions alors plutôt dans une tradition picturale. Puis nous sommes directement passés de la peinture à la vidéo et aux installations. La photographie n’est arrivée qu’après pour le public qui s’intéressait à l’art contemporain. Nous sommes aujourd’hui dans une période de redécouverte.
Il s’agit plus d’une mise à niveau que d’un engouement, qui est d’ailleurs sans danger pour la peinture. En France, les médias ont souvent tendance à annoncer la fin de ceci ou le retour de cela, mais ce n’est ni une question de retour ni de fin. Tant qu’il y aura de bons peintres et de bons photographes, ils d’existeront les uns à côté des autres. Les artistes n’ont pas à cesser d’utiliser tel ou tel médium sous prétexte qu’il n’intéresse plus. Heureusement…

Dans Le Monde du 14 novembre 2003, vous parliez de photos « plasticiennes ». Pouvez-vous précisez ?
Oui, à l’époque, on faisait une distinction entre la photographie utilisée par des artistes plasticiens comme un support au même titre que la peinture ou la vidéo, et la photographie allant dans le sens unique de l’histoire de la photographie. Mais les deux se sont ensuite vite mélangées, bien qu’il y ait encore du chemin à faire.
A l’étranger, de nombreux conservateurs et collectionneurs ne font plus la différence. Ils acceptent et encouragent ces deux courants. En France c’est le combat des cinq prochaines années. L’idéal serait d’acheter une photographie de Doisneau et de la mettre à côté d’une photographie de Georges Rousse ou de Stéphane Couturier. Au salon « Paris-Photo », j’incite les collectionneurs à regarder des petits chefs-d’œuvre de 1840 ou 1950 aussi bien que le travail d’un jeune artiste contemporain. Il est important que l’œil accepte les deux formes visuelles et que le collectionneur achète les deux types d’œuvres.

La France est-elle un pays de collectionneurs ?
Il y en a beaucoup plus qu’on ne le pense. Mais c’est aux galeries de créer des collectionneurs. L’accueil dans les galeries parisiennes laisse un peu à désirer en comparaison de nos confrères européens. Quand vous voyez avec quelle timidité les visiteurs entrent dans une galerie, il paraît nécessaire que le galeriste, en France, développe cet aspect. Il faut les rassurer, leur parler sans les agresser, les informer en les laissant partir tranquillement avec un maximum de documents et les inviter à revenir plus tard. Souvent les meilleures collections sont parties d’un sujet anecdotique qui a enclenché les plus grandes et les meilleures passions.
En France, nous n’encourageons pas assez le jeune collectionneur à acheter des petites pièces, ou à crédit, pour commencer sa collection. Et puis maintenant beaucoup de gens jugent le travail d’un artiste par internet. Ils ont un mauvais premier regard.
C’est dommage, car en photo comme en peinture, ou même pour une installation, l’écran d’ordinateur ne peut donner l’équivalent de la pièce grandeur nature. La qualité d’un tirage ou celle d’un tableau varie énormément selon qu’on la voit sur internet ou en réalité.

Qui sont ces clients virtuels ?
Il y a le simple curieux désireux de rester anonyme et que nous renseignons automatiquement parce que l’on ne peut réclamer aux gens leur carte d’identité. Il y a aussi, fort probablement, des artistes qui nous demandent des renseignements en se faisant passer pour des acheteurs. Sinon ce sont principalement des collectionneurs qui, au départ, ont peur de venir en galerie par crainte de déranger en faisant sortir les pièces, et qui préfèrent choisir dans leur coin avant de venir nous voir.
J’encourage ces clients potentiels à se déplacer pour être en contact physique avec un tableau ou une photographie. S’ils le souhaitent, je leur envoie par la suite des tirages de lecture, des CD ou des catalogues.
Nous avons aussi des acheteurs à l’étranger que l’on ne connaît pas physiquement mais qui achètent directement sur internet en demandant au préalable des photos ou des CD des œuvres qui les intéressent.

L’art devient une marchandise qui s’achète à distance à partir de reproductions électroniques ?
J’ai la chance d’avoir des artistes qui travaillent avec des laboratoires et du matériel de qualité, mais il est vrai que sur internet, il est difficile de juger de la qualité d’un tirage ou d’une peinture.
Maintenant que les gens se tournent davantage vers le DVD, la vidéo, la photographie…, la qualité du support, même si elle reste très importante, est encore sous estimée par l’acheteur.
De l’autre côté, beaucoup trop d’artistes ont encore recours à

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