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INTERVIEW
Paella (Art urbain)

Paella est peintre mais depuis les Beaux-Arts il a toujours, en marge de sa peinture, collé des petites sérigraphies dans la rue. Depuis 1985, sur les gouttières de Paris, on peut lire les chroniques et les aventures de son personnage fétiche. Actuellement il expose à la Nuts gallery avec nos Super Héros de tous les jours.


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Paella-<i>On-f-ra-pas-d-vieux-OGM<-I>-2000-Affichette-a-coller-©-Paella

Paella-<i>Nos-super-heros<-I>-2004-Affichette-a-coller-ou-a-donner-15-x-21-cm-©-Paella

Paella-<i>Rue-Paella-1985-1990<-i>-1992-Couverture-du-livre-©-Paella

Paella-<i>On-n-arrete-pas-l-progres-d-certains<-I>-2003-Affichette-a-coller-15-x-21-cm-©-Paella

Paella-<i>Big-Loft<-I>-2001-Affichette-a-coller-©-Paella

  
Interview
Par Pierre Évariste-Douaire

paris-art.com ouvre ses colonnes à une longue série d’interviews consacrée aux artistes urbains. La succession des portraits permettra de découvrir les visages et les pratiques de ces artistes qui transforment la ville en galerie à ciel ouvert.

Paella Chimicos a commencé à s’afficher dans la rue dès 1985. En marge des palissades du Louvre et de Beaubourg, il a très vite opté pour la discrétion des gouttières. Grâce aux presses sérigraph
ques de l’École des Beaux-Arts, les mêmes que celles de Mai 68, il a pendant cinq ans collé ses petites affiches au cœur de Paris. Depuis il se sert de la rue pour chroniquer son quotidien. Ses affiches sont autant des tracts que des éditos, elles lui permettent de toucher directement les gens.

Pierre-Évariste Douaire. Ta première expérience avec la rue s’est déroulée sur les palissades du Louvre au début des années 1980.
Paella. J’étais aux Beaux-Arts avec une bande de copains, et c’est à ce moment là qu’il y a eu le grand chantier du Louvre et des tas de palissades autour de Beaubourg. Je me suis joint au groupe qui y allait, j’étais déjà assez actif au sein de l’École des Beaux-Arts. Il y avait un besoin de s’exprimer sur des surfaces plus grandes. Sur les palissades, ce qui était un peu marrant, c’est que les gens se répondaient. Il y avait plusieurs groupes qui passaient, le soir ou le jour, pour essayer de prendre des territoires. C’est à ce moment que j’ai commencé à voir que la rue pouvait créer d’autres formes de dialogues. C’était autant une prise de position que de terrain, c’était autant manifester des revendications que prendre une place et une surface dans la ville.

Sur les palissades tu faisais de la peinture ?
C’est ça. Je faisais sur des palissades ce que je faisais par ailleurs en peinture.

Est-ce que tu laissais ton numéro de téléphone sur tes peintures pour nouer des contacts, comme cela se faisait à l’époque ?
J’ai mis mon numéro de téléphone, mais peut-être deux ans après avoir commencé mes affiches, pour voir si les gens étaient curieux de savoir qui se cachait derrière. Cela n’a pas débouché sur beaucoup d’appels. L’affiche n’a pas trouvé un public intéressé par ce que l’on pourrait vendre. Mes affiches ont toujours été faites dans une démarche de gratuité, elle ne renvoient pas forcément à ma peinture ou à mon art. L’idée de gratuité et de geste vers le public était présente dans mon travail à ce moment-là.

Par ce travail en extérieur, que recherchais-tu ?
Au début, j’étais dans une optique d’expression. Par la suite, quand j’ai envisagé la rue comme un mode de travail, j’ai opté pour l’affichage. Il y avait dans la rue plusieurs personnes qui avaient déjà acquis un langage particulier, Mesnager, Speedy Graphito, Miss. Tic, donc j’ai voulu me démarquer d’eux. Ma formation est proche de celle d’un graphiste, je suis un publicitaire quelque part, en plus aux Beaux-Arts j’étais dans l’atelier de sérigraphie, celui qui avait servi pour Mai 68. Tout ça m’a donné envie de trouver un langage propre, qui ne soit pas un appel au public directement.

Je connais tes affiches sur les gouttières, à l’époque tu utilisais déjà le même support ?
Oui, quand j’ai commencé en 1985 j’en ai posé sur les gouttières. En marge de ça j’en ai posé dans le métro, puis sur les culs des bus, j’ai fait quelques campagnes comme ça. Mais j’intervenais principalement sur les gouttières.

Tu as été le premier à investir ce mobilier urbain ?
Oui, enfin le premier de cette génération. Quand je collais sur les gouttières, il y avait des petites annonces pour les cours de bodybuilding avec un monsieur-muscle dessus. C’était un espace intermédiaire, c’était entre les affiches publicitaires et les affiches sauvages qui nécessitent des endroits assez grands. Mes affiches font une petite dizaine de centimètres, ça me permettait de me mettre dans des endroits intermédiaires comme des boîtes électriques, des gouttières, des conduits d’évacuations, autant d’endroits qui sont en marges.
Ces endroits sont moins nettoyés, ils semblent n’appartenir à personne ni aux riverains, ni à la municipalité. C’est pourquoi les affiches vivent plus longtemps que dans un autre endroit, le rythme des affichages a pris son rythme naturel. Au bout d’un certain moment, il y a eu une certaine accumulation de ces affichettes. Les gens qui les appréciaient notaient surtout qu’elles n’étaient pas mises en évidence, un jeu de piste s’établissait entre les différents arrondissements de Paris.

C’était un acte gratuit d’aller coller dans la rue, c’était en marge de ton travail de peintre ?
En 1985 j’ai entamé un travail en peinture et j’ai voulu trouver une forme qui vienne de la peinture, mais qui n’en soit pas une traduction directe. Ce que j’avais à dire dans la rue était différent de ce que j’exprimais dans ma peinture. J’ai vraiment adapté mon travail d’atelier à la rue. Je n’ai gardé que ce personnage à la tête étrange qui pouvait représenter tout le monde et personne à la fois. Parfois je pouvais caricaturer une personne en particulier, mais le plus souvent ce personnage oscillait entre l’incognito et l’universel. Je pouvais lui donner plusieurs étiquettes qu’elles soient politiques ou sociales. Le seul élément pictural qui se retrouve dans mes affiches c’est cette tête en forme de spirale, mais en lui-même le personnage ne représentait pas ce que je faisais en peinture à ce moment-là. Il n’avait pas les propriétés élastiques du personnage que je peignais alors.

Et les gens l’ont appelé Paella immédiatement ?
Ils l’ont appelé Paella parce qu’il y avait écrit Paella sur les affiches, tout simplement, un peu comme on nomme un Picasso ou un Matisse. Le nom s’est collé à au personnage puisqu’on ne savait pas comment l’appeler. Dans la rue on ne savait pas ce que

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