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INTERVIEW
Kamel Mennour

Esthète et promoteur français de nombreux photographes incontournables, Kamel Mennour se confie sur les principales étapes de sa carrière, aussi laborieuse que significative.


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Marie-Bovo-<i>Una-Estrella<-i>-2004-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Marie-Bovo

Stephen-Shore-<i>American-Surfaces<-i>-1972-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Stephen-Shore

Kader-Attia-<i>La-Piste-d-atterissage<-i>-2001-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Kader-Attia

Nobuyoshi-Araki-<i>Sans-titre<-i>-Photographie-Courtesy-galerie-Kamel-Mennour-Paris-©-Nobuyoshi-Araki

  
Interview
Par Pierre-Évariste Douaire

Kamel Mennour réussit le tour de force d’exposer des photographes incontournables mais invisibles en France comme Araki ou Stephen Shore. La réussite de sa galerie peut se mesurer au renouveau de Saint-Germain-des-Près auquel il participe avec d’autres. Depuis peu, il préfère s’éloigner de la photographie et se consacre à de jeunes plasticiens de sa génération dont il partage l’enthousiasme.

Depuis quelques années, Saint-Germain reno
e avec l’art contemporain. Ta galerie participe à cet élan.

Depuis vingt ans, le quartier s’était assoupi malgré la richesse de son histoire. Il ne restait plus que des galeries commerciales présentant des peintures peu intéressantes, les autres faisaient du courtage. Mon implantation a répondu à une opportunité.
En 1999, je souhaitais ouvrir une galerie ; le cahier des charges était très simple, il fallait que le loyer soit tout petit. En prenant possession du local, je savais pertinemment, qu’il ne se passait rien dans le quartier, au niveau de l’art contemporain. La rue Louise Weiss n’existait pas encore, et contrairement à ces galeries, qui se regroupaient pour proposer une alternative au Marais, je n’avais pas l’intention de faire bande à part.
Deux ans plus tard, Loevenbruck est arrivé. Petit à petit, avec Vallois et Le Gaillard, nous avons accouché d’une nouvelle entité à Paris et nous avons alors créé Parcours Saint-Germain-des-Près pour marquer le coup. Il présentait l’avantage de nous réunir sous une identité et une programmation communes, sans pour autant nous obliger à faire des vernissages communs. Cette association a très bien fonctionné grâce à la presse et aux collectionneurs. Ces derniers viennent désormais dans le quartier, alors qu’il était méprisé il n’y a encore pas si longtemps. Le changement va au-delà du simple effet de mode. La crédibilité du quartier se mesure au nombre des nomminés pour le prix Marcel Duchamp. Cette année, trois sont issus du Parcours Saint-Germain. Cette reconnaissance nous place au même niveau que les autres professionnels, nous sommes des interlocuteurs à part entière. Au-delà de nous, d’autres rassemblements de galeries sont visibles à Paris. Le Marais occupe une position centrale et dominante, mais d’autres pôles existent et offrent des alternatives grâce à de vraies identités : le treizième, Saint-Germain et l’est parisien sont des centres actifs et intéressants à visiter.

Est-ce que cette concertation et cette concentration sont possibles à l’échelle nationale ?
Je ne pense pas que l’on puisse exister tout seul. J’aime beaucoup l’idée d’échanger des idées avec d’autres galeristes ; c’est seulement en se regroupant que l’on pourra rivaliser avec les grosses structures anglo-saxonnes. Une programmation et des actions communes sont possibles.
La concentration des moyens et des personnes permet une communication plus facile. Nous nous battons actuellement pour que l’art contemporain de Saint-Germain-des-Près s’exporte. A l’étranger, nous jouissons d’une véritable identité. Nous avons moins de quarante ans et nous avons envie de faire bouger les choses, d’innover et de créer. Nous ne sommes pas une particularité géographique de la rive gauche, mais bien les promoteurs d’un art différent.

Que propose la réunion des galeries autour du label Parcours Saint-Germain ?
Pour la Fiac (Foire internationale d’art contemporain), nous allons organiser — avec la galerie Vallois — une fête à l’Alcazar. Après la foire, les gens pourrons se réunir, continuer à parler d’art et s’amuser dans une ambiance différente. A Bâle, tous les soirs, il y a une programmation off qui mélange art et fête. Il faut aller dans ce sens et multiplier les initiatives associant culture et joie de vivre. Il faut se battre contre l’austérité des vernissages en privilégiant l’enthousiasme, le côté pétillant et surtout l’envie. C’est une nécessité. L’art contemporain doit s’ouvrir sur le monde et arrêter d’être un microcosme.

L’austérité ambiante explique-t-elle la place de Paris ?
Paris est nettement derrière New York, Berlin et Londres. La capitale n’est pas l’endroit incontournable de l’art contemporain. Ce constat est partagé par l’ensemble de la profession, que ce soit les galeristes, les commissaires d’exposition ou les artistes. Cette situation ne demande qu’à être changée, cette tendance doit s’inverser par la mise en place de nouvelles propositions. L’énergie et l’inventivité des jeunes galeristes peuvent apporter une partie des réponses.

Pourtant un frémissement existe à Paris, grâce à la rue Louise Weiss et au Palais de Tokyo...
Ces deux exemples significatifs font beaucoup parler à l’étranger. Chacun à sa manière, ils apportent un vent nouveau. Grâce à eux, le regard des étrangers sur la création française s’est modifié.

Pourquoi te focalises-tu sur la photographie ?
Je sentais qu’il se passait quelque chose d’intéressant autour de la photo, j’avais envie de participer à cet engouement, à cette envie. La configuration de la galerie n’était pas évidente pour présenter de la peinture, la photographie s’intégrait mieux dans l’espace.

Comment devient-on galeriste ?
Je n’ai pas de formation artistique, j’ai seulement une maîtrise d’économie. Mais comme j’étudiais au Panthéon, pas très loin d’ici, je me suis intéressé à l’art. Je me baladais et ce que je voyais me donnait envie d’en connaître plus. Les œuvres présentées étaient très accessibles, il s’agissait de peintures hyper réalistes américaines. Je pouvais les décrypter et les intégrer à mon parcours. Malgré mes lacunes, j’étais très intéressé par l’art contemporain, j’avais envie de m’y plonger, de m’y confronter.

Comment es-tu passé des sciences économiques au métier de galeriste ?
La vie est remplie de hasard, je crois beaucoup aux rencontres. Une œuvre d’art peut

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