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INTERVIEW
Gilles Balmet
Gilles Balmet

Diplômé il y a à peine deux ans des Beaux-arts de Grenoble, Gilles Balmet est un jeune artiste plurimédia, particulièrement prometteur, actuellement en résidence à la Cité Internationale des Arts.


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Gilles-Balmet-<i>Aikido<-i>-2004-Video-transferee-sur-DVD-11min30s-©-Gilles-Balmet

Gilles-Balmet-<i>Rorschach<-i>-2005-Sculpture-Polystyrene-choc-decoupe-au-laser-©-Gilles-Balmet

Gilles-Balmet-<i>Winterdreams<-i>-2005-Peinture-glycero-sur-toile-©-Gilles-Balmet

Gilles-Balmet-trois-<i>Winterdreams<-i>-2005-Peinture-glycero-sur-toile-©-Gilles-Balmet

Gilles-Balmet-<i>Digital-Garden<-i>-2005-Video-transferee-sur-DVD-30min-©-Gilles-Balmet

Gilles-Balmet-<i>Untitled-(Rorschach)<-i>-2005-Peinture-glycero-sur-toile-190-x-140-cm-©-Gilles-Balmet

Gilles-Balmet-<i>Birds<-i>-2004-Video-transferee-sur-DVD-6min-©-Gilles-Balmet

  
Interview
Par Jean-david Boussemaer

Rencontre avec Gilles Balmet à l’occasion de sa première exposition personnelle «Digital Garden» à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design d’Amiens.

Tes œuvres sont généralement produites de manière sérielle, presque mécanique. Cela est particulièrement visible dans tes toiles – série des Winterdreams et Untitled (Rorschach) – ainsi que dans ta nouvelle série de sculptures. Apparemment, tu aimes te fixer des processus de créaion et t’y tenir durant plusieurs mois. Que recherches-tu à travers cette production d’œuvres en série? Considères–tu ta pratique comme «expérimentale»?
Le travail en série m’intéresse pour plusieurs raisons. Par la multiplicité des tentatives, il permet de déceler une essence commune à toutes les œuvres, une certaine logique interne que ne révèlerait pas chaque œuvre considérée isolément et qui apparaît très clairement lorsque l’on découvre tous les éléments d’une même série. Cette mise en évidence des enjeux de ma pratique est la condition d’un progrès qui me permet de pousser toujours plus loin l’exploration de chaque piste. J’ai d’abord procédé de cette manière pour le dessin — de manière intense et systématique — sur des ramettes de papier de différents formats. Puis, j’ai adopté la pratique en série pour la peinture. J’ai produit des dizaines d’exemplaires dans certaines séries, notamment celles que tu mentionnes, avec toutes les variations que le procédé me permet de créer. Cette recherche expérimentale concerne principalement l’élaboration des paramètres de réalisation des œuvres. C’est là que je délimite, par recherche et tâtonnement, le cadre de mes expériences. C’est évidemment un moment extrêmement plaisant, proche je l’imagine d’une certaine excitation dont s’accompagne la recherche scientifique. C’est aussi le moyen d’enrichir ma pratique d’un certain nombre de savoir-faire non conventionnels, de «recettes d’atelier» d’un genre nouveau qui emprunte aussi bien à la chimie qu’au hasard.
D’une manière un peu différente, l’idée de série est également présente dans ma pratique vidéo. J’agis, cette fois-ci, comme un collectionneur de moments choisis en fonction d’un cadre bien défini. Ainsi, Saynètes montre, mises bout à bout, des dizaines de scènes d’attente formant une sorte de microsociologie d’un moment particulier. On y voit des automobilistes arrêtés à un feu, meublant comme ils le peuvent ce moment de vacuité et s’autorisant, dans le cadre intime de l’habitacle, une gestuelle étonnement spontanée.

Très souvent, tu te plais à explorer la frontière entre figuration et abstraction. Vus de loin, tes Winterdreams apparaissent comme des paysages forestiers, de près comme des amas de taches et de coulures. Toute aussi abstraite, ta série picturale des Untitled (Rorschach) fait émerger dans notre imaginaire tout un bestiaire fantastique… A l’inverse, ta vidéo Birds transforme un fourmillement d’oiseaux bien réel en une masse de matière fluctuante quasi-informe. Comment envisages-tu cette production d’images dans l’inconscient des regardeurs?
C’est une thématique qui est au cœur de ma pratique artistique et c’est peut-être dans la série des Winterdreams qu’elle est la plus transparente. A partir de quelques coulures et taches de peinture noire raclées, apparaissent des paysages inquiétants ; on ne sait s’il s’agit de forêts enneigées, d’arbres calcinés ou encore, selon certains, de tranchées de la première guerre mondiale parcourues de fil de fer barbelé. Ces interprétations naissent de cette abstraction picturale grâce au travail que le spectateur fournit inconsciemment. Ce fonctionnement de l’œuvre rappelle le test de Rorschach qui a inspiré ma dernière série Untitled (Rorschach), où la rationalisation d’un dripping chaotique par un ordre symétrique répété propose l’expérience de modes de lectures multiples. Devant cette image complexe, à plusieurs niveaux, le regard peut s’attacher à une vision d’ensemble qui ramène le jeu des lignes et des symétries à un motif en all-over ou, au contraire, détailler chaque élément, s’attarder sur certains groupement de formes évocatrices et s’amuser à en extraire des éléments figuratifs aux formes organiques ou anthropomorphes.
Cette recherche entre abstraction et figuration est aussi présente dans 1950 da (réalisée en collaboration avec Benoît Broisat) ; une quête paysagère fictionnelle à la surface de l’astéroïde 1950 da, durant laquelle on croit survoler un paysage extraordinaire alors qu’il ne s’agit que d’un lent travelling à la surface de l’une de mes peintures. Là encore, il s’agit d’une utilisation d’éléments abstraits puisés dans ma série Elsewhere. Le spectateur est libre de se laisser emporter ou non dans ce voyage. S’il y a un plaisir un peu enfantin à céder à l’illusion d’une navigation de science-fiction, résister à l’illusion des sens — pour adhérer à une réalité plus triviale — peut aussi se révéler comme une expérience plaisante.
Il y a également Birds qui se rapproche du papier peint vidéo puisqu’elle est projetée en boucle à même le mur. Il s’agit d’une séquence filmée à Nice, en noir et blanc montrant un arbre envahi d’une nuée d’oiseaux. J’ai retravaillé les contrastes afin d’en accentuer la planéité. Cette image quasi-abstraite est en perpétuelle agitation. Les oiseaux bougent avec les feuilles des arbres, l’ensemble fonctionne un peu comme une vidéo en constante redéfinition. J’ai aussi réalisé une œuvre intitulée Translation qui part aussi d’éléments réels — ma vue de fenêtre sur la Seine — et les transforme en une sorte de neige cathodique pouvant faire écho aux expérimentations passées de l’art vidéo.

Dans tes dernières sculptures en matière plastique découpée au laser, tes peintures à la glycéro ainsi que ta vidéo Birds, le noir semble obtenir tes faveurs. Pourquoi cette

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